C’est devenu le malheureux tube de nos étés. Depuis plusieurs années, le Canadair est le bombardier d’eau le plus demandé pour lutter contre les incendies. D’un jaune et rouge flamboyants, long de presque 20 mètres pour une envergure de 28 mètres, il peut récupérer plus de 6 000 litres d’eau en seulement 12 secondes, et intervenir dans un rayon maximum de 150 kilomètres. Ce qui fait de lui un incontournable dans le combat contre les flammes, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Aujourd’hui, la France en compte 12. Un nombre très bas, alors que l’Hexagone a subi 16 356 incendies depuis le début de la décennie, d’après la base de données sur les incendies de forêts en France.

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Une seule entreprise pour les Canadairs

S’il y en a si peu, c’est pour une raison assez simple : une seule entreprise au monde les produit. Elle s’appelle « Canadair », est basée au Canada, et a lancé son tout premier hydravion en 1969.

« C’est une compagnie qui venait de la production militaire. Ils ont construit des avions CF-101, des anciens Voodoo, des avions à réaction que les Allemands ont utilisé », explique John Gradek, professeur en aviation à l’université McGill de Montréal. Cet expert des Canadairs, qui a découvert le modèle en 1965, avant même sa sortie d’usine, détaille que l’entreprise a « vraiment créé, d’un morceau de papier blanc, un appareil pour vraiment écoper de l’eau dans les lacs ou dans les étangs, pour combattre les feux de forêts. C’est un appareil assez unique, ça fait soixante ans qu’il opère, et la demande ne lâche pas. »

Au début des années 1970, tout le monde commande ces bombardiers d’eau et s’en équipe. En 1978, la sécurité civile française disposait déjà de douze hydravions. Mais les décennies passent, et la demande se fait de plus en plus rare. En difficulté économique, Canadair passe de propriétaire en propriétaire. L’entreprise est rachetée par le gouvernement canadien en 1976, qui la vend dix ans plus tard au constructeur aéronautique Bombardier. D’où la dénomination « bombardier d’eau ».

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Un savoir-faire spécifique

En 2015, le niveau de commandes est trop faible, et Bombardier suspend la ligne de production des Canadairs. Pour autant, aucune autre entreprise, en Europe ou en Amérique du Nord, n’a su prendre la place de ces impostants avions rouges et jaunes. Et la raison derrière cette incapacité est très simple.

« L’appareil est difficile à concevoir, à produire », souligne John Gradek. « C’est manuel, il y a très peu de robots, très peu d’automatisation. C’est vraiment une main-d’œuvre très spécialisée pour le faire. Si on veut créer une ligne compétitive avec les Canadairs, il faut venir ’voler’ les gens », précise-t-il.

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Pourtant, avec le dérèglement climatique et la multiplication des feux à travers le monde, la demande pour ces bombardiers d’eau n’a cessé de croître ces dernières années. En 2022, six pays de l’Union européenne – la France, la Grèce, l’Italie, la Croatie, l’Espagne et le Portugal – commandent 22 bombardiers d’eau auprès de l’avionneur canadien De Havilland, qui a récupéré les activités de Canadair. Cet achat sauve économiquement Canadair, mais soulève une question au sein des pays européens : que faire si l’intégralité du stock dépend d’un seul et unique acteur, qui plus est non-européen ?

« La ligne de production des Canadairs n’est pas en situation de livrer l’ensemble des commandes qui lui sont faites au plan mondial, et nous ne sommes pas aujourd’hui maîtres de cette ligne de production. Nous sommes dépendants des cadences d’une ligne de production qui se situe hors Europe », déplorait le 21 juillet sur FranceInfo l’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher.

Grégory Allione, député européen Renew et président d’honneur de la Fédération nationale des Sapeurs-pompiers de France, avance même un scénario plus poussé. « Quand je vois la capacité de Donald Trump à imaginer que le Groënland lui appartient, je me dis que demain matin, avec quelques milliers de dollars, il serait capable de renchérir sur des marchés que De Havilland aurait contracté avec d’autres partenaires. On est soumis à une contrainte et à la logique du plus fort en matière monétaire », avance-t-il.

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Un Canadair, made in France ?

Pour éviter de se retrouver pris de court face aux flammes, il reste une solution : construire français. Plusieurs personnalités politiques ont déjà formulé ce vœu pieu. Le président de Horizons Édouard Philippe affirme haut et fort que « le prochain Canadair sera souverain ». Le leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon pointe lui l’urgence « d’avoir un avion français, fait en France, réparable en France »

Cet avion français est déjà en train de voir le jour dans le sud du pays. À Toulouse, les start-ups Positive Aviation et Kepplair Aviation sont en train de transformer des ATR 72, des avions de transport de personnes, en bombardiers d’eau avec une capacité de stockage estimée entre 7 500 et 8 000 litres d’eau. Et à Bordeaux, Hynaero s’est associé à Airbus pour le développement de sa Frégate F-100, un avion amphibie qui serait capable d’emporter jusqu’à 10 tonnes d’eau.

Mais la mise en service de ces modèles français n’est pas prévue pour tout de suite. Il faudra attendre au moins 2027 pour les premiers, et aux alentours de 2030 pour le plus gros. Soit à peu près en même temps que les deux Canadairs commandés à De Havilland en 2024, qui seront livrés en avril et novembre 2028.

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 Florian Huvier