Rentrée des insoumis : Jean-Luc Mélenchon prend son clash en patience
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A huit mois de l’élection présidentielle, le chef de file LFI va-t-il arrondir les angles pour rassembler autour de lui ou conserver sa radicalité pour asseoir son socle ? Une équation de plus en plus périlleuse.

Quel visage nous réserve le leader insoumis en cette dernière rentrée politique avant la présidentielle ? Débonnaire et patelin, pour tenter de séduire celles et ceux qui lui reprochent son autoritarisme et son agressivité permanente, ou énervé et éruptif pour satisfaire les électeurs en colère ? Pour lui, qui vise le second tour face à Marine Le Pen, l’enjeu est énorme. S’il est l’un des rares leaders politiques à pouvoir compter sur un socle solide d’électeurs, prêts à le suivre quoi qu’il dise ou fasse, il sait qu’il n’a aucune chance de gagner la présidentielle s’il ne parvient pas à rallier ces électrices et électeurs de gauche que rebutent son hystérisation permanente, ses positions très complaisantes sur la Russie ou la Chine et ses ambiguïtés malsaines sur l’antisémitisme. Sa marge de manœuvre est donc étroite. Qu’il s’assagisse et se renie et il perdra ses fidèles, qu’il sorte les crocs et il ne parviendra pas à élargir son assise électorale.
Jean-Luc Mélenchon, au fil des ans, s’est enfermé dans un personnage qui finit par faire douter même certains de ses partisans. Ce n’est pas son programme qui pêche, au contraire. Beaucoup, au vu de l’état de la société, entre le creusement vertigineux du fossé entre très riches et très pauvres et les reculs dramatiques sur les questions environnementales, pensent qu’il est temps de renverser la table et que lui seul en est capable. Mais les mêmes lui reprochent le fonctionnement interne très vertical de LFI. Avec lui, aucune tête ne doit dépasser, comme l’a montré l’éviction brutale de celles et ceux qui avaient osé émettre des points de vue différents. Tant qu’il la joue solitaire, c’est une force – ses troupes se tiennent à carreau et lui obéissent au doigt et à l’œil – mais s’il rêve de rassembler la gauche, c’est une immense faiblesse. Alors que les socialistes ne savent plus où ils habitent et qu’une partie des écologistes se montre prête à se rallier à LFI, il n’envoie aucun signe de souplesse et d’ouverture au compromis. L’insoumission, c’est lui. La soumission, c’est pour les autres !
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Alexandra Schwartzbrod
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En meeting aux universités d’été des insoumis ce dimanche, le quadruple candidat à la présidentielle, qui a enchaîné les polémiques, semble se montrer plus fédérateur à l’égard de ses potentiels alliés verts voire communistes.
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Sous le soleil revenu dans le ciel de la Drôme après une nuit de pluie, les insoumis ont le sourire. Comme prévu et surtout espéré, les militants sont venus en nombre ce vendredi 21 août sur le lieu des Amfis, leurs universités d’été, à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). Plus de 6 000 ont fait le déplacement pour la journée selon l’organisation. Une telle affluence entraîne toutefois son lot de désagréments. Des embouteillages monstres ont fortement compliqué l’accès au site poussant certains députés comme Aurélien Le Coq et Bastien Lachaud à faire la circulation. Certains – dont Libé – ont dû patienter plus d’une heure avant d’atteindre le lac autour duquel l’évènement de rentrée est organisé. Paul Vannier, député du Val-d’Oise et membre de la direction, se frotte les mains : «C’est un signal très positif pour la suite.»
Officiellement lancé dans la campagne présidentielle depuis le début du mois de mai, Jean-Luc Mélenchon compte sur ces Amfis et notamment son meeting de ce dimanche matin pour confirmer son avance sur le reste de la gauche. D’ailleurs, les insoumis estiment ne pas jouer dans la même cour que les autres partis et notamment le PS et les Ecologistes. «Raphaël Glucksmann et les socialistes ne font pas la même chose que nous, ils cherchent à prendre la main pour être à la tête de leur espace pour la suite car ils estiment que c’est déjà perdu. Nous, on cherche à gagner la présidentielle», matraque un membre de la direction. A LFI, la confiance est donc de rigueur. «On observe dans notre campagne une dynamique équivalente à celles des dernières semaines des fois précédentes», affirme Antoine Léaument, chargé de la communication du mouvement.
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Vers une mue ?
Si, compte tenu de ses sondages qui n’ont jamais été aussi bons aussi loin de l’élection, Jean-Luc Mélenchon a des raisons de croire à une qualification au second tour, la victoire finale semble loin d’être acquise pour le tribun insoumis. Les polémiques et les accusations d’antisémitisme de ces dernières années ont laissé des traces. Résultat : aucune enquête d’opinion ne le donne vainqueur dans un éventuel second tour, quel que soit l’adversaire. De quoi alerter LFI et pousser le quadruple candidat à la présidentielle à lisser son discours ? Absolument pas. Pour le moment du moins.
«Jean-Luc Mélenchon va faire les choses dans l’ordre et commencer par mener une campagne de premier tour en continuant de mobiliser notre socle électoral», prévient Vannier. A savoir, les grandes métropoles, la jeunesse et les quartiers populaires que l’ancien député des Bouches-du-Rhône a, jusqu’ici, en partie, attirés en clivant. «Mener une campagne de deuxième au premier tour est une erreur fondamentale, poursuit le député du Val-d’Oise. Je ne crois pas qu’on gagne des électeurs en lissant, on le fait en impliquant, en convainquant.» Les mélenchonistes préviennent donc que, dans leur agenda de campagne, aucune date à partir de laquelle leur candidat apparaîtrait plus sympathique n’est fixée. «On n’a aucune volonté de créer un personnage, ça ne marcherait pas», explique un cadre.
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Victoire possible
D’ailleurs, malgré ces sondages négatifs, les insoumis affirment que la messe n’est pas dite en cas de qualification de Jean-Luc Mélenchon pour le second tour. Si l’ancien sénateur socialiste venait à affronter Marine Le Pen, LFI mise sur un nouveau front républicain pour envoyer leur champion à l’Elysée. De même, si l’ancien ministre de Lionel Jospin était en duel face à un héritier du macronisme, comme Edouard Philippe ou Gabriel Attal, «beaucoup de gens voudraient mettre fin au système actuel» et voteraient pour l’insoumis, misent ses proches. Ces derniers conviennent tout de même qu’il faudra, durant un hypothétique entre-deux-tours, se montrer rassembleur.
Il n’empêche que, quoi qu’en disent les insoumis, Jean-Luc Mélenchon a déjà commencé, par petites touches, à se montrer plus rassurant. Certains, par exemple, n’ont pas manqué de relever le ton mielleux de sa réponse sur X à la ministre de la Transition écologique qui, dans Libé, expliquait qu’il est «celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales», lui qui, d’ordinaire, étrille les membres du gouvernement sur les réseaux sociaux. L’entourage du candidat a également pris grand soin de glisser dans la presse qu’il s’est, disent-ils, entouré d’un réseau de hauts fonctionnaires prêts à l’aider à gouverner et insiste sur la ribambelle d’artistes comme le musicien Yann Tiersen ou les écrivains Annie Ernaux et Eric Vuillard qui le soutiennent publiquement.
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Duel avec Gabriel Attal
Durant l’été, Mélenchon a également adressé à Marine Tondelier un message de soutien alors que la secrétaire nationale des Ecologistes s’était faite insulter par la FNSEA. Rappel pour mesurer le changement de tonalité vis-à-vis de la patronne des verts : quelques mois plus tôt, l’insoumis en chef la traitait encore de «venimeuse».
Cherchant à attirer dans ses filets les Ecologistes et les communistes, Jean-Luc Mélenchon devrait d’ailleurs se montrer moins cruel vis-à-vis des rouges et des verts désormais. Aux Amfis, la patronne des députés écolos, Cyrielle Chatelain, qui pousse pour des discussions entre les directions de son parti et LFI, a été accueillie en majesté. «L’écologie est un bien commun. Ravi d’accueillir Cyrielle Chatelain aux Amfis», a écrit Mélenchon sur ses réseaux dans un post accompagné de photos où il est tout sourire et bienveillant envers la députée de l’Isère.
Dans les prochaines semaines, le quadruple candidat a plutôt l’intention de consacrer son énergie à affronter un candidat bien précis : l’ancien Premier ministre Gabriel Attal. Après un duel à distance tout l’été, l’insoumis joue les prolongations. Le meeting qu’il tiendra le 11 octobre à Clermont-Ferrand a été pensé comme une réponse au rassemblement organisé la veille à Lyon par le patron de Renaissance. «On va continuer le match avec Attal qui bordélise le bloc central, décrypte le coordinateur de LFI, Manuel Bompard. On a intérêt à ce qu’il tienne le plus longtemps possible.» D’autant que, plus l’ancien Premier ministre reste haut, moins il a de raisons de se retirer au profit d’Edouard Philippe. Et tout ce qui affaiblit le candidat Horizons, principal concurrent de Mélenchon pour l’accession au second tour, est bon à prendre.