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Bilan carbone : les incendies de 2026 en France sont à l’origine d’émissions de CO2 record

Le mégafeu de Gironde, entre autres, pèse sur la facture climatique du pays. De janvier à début août, près de 4 millions de tonnes de dioxyde de carbone ont été émises par les incendies, bien plus qu’en 2022 et 2003 sur la même période. Tous les feux pèsent sur les économies locales…
Depuis le début de l’été, les feux ont embrasé de nombreux endroits en France, avec des conséquences dramatiques pour les habitants, les forêts et la faune des régions touchées. Aggravé par le réchauffement climatique et la sécheresse record que traverse actuellement le pays, le mégafeu de Gironde, tout comme les brasiers qui ont dévoré ces dernières semaines les Landes, le Var, la Drôme, les Pyrénées-Orientales, Fontainebleau et même le Cap Fréhel, dans les Côtes-d’Armor, ont aussi une incidence sur le climat. De fait, les incendies de 2026 ont d’ores et déjà relargué quantité de gaz à effet de serre, surpassant, pour la même période, les saisons de feux déjà historiques de 2022 et 2003.
A la date du 3 août, le Service européen de surveillance de l’atmosphère de Copernicus «indique une estimation de 3,9 millions de tonnes de CO₂ (MtCO₂) émises en France», précise Mark Parrington, spécialiste des données relatives aux incendies au sein de ce programme de référence d’observation de la Terre. En 2022, à la même période, les brasiers avaient émis 3,23 MtCO₂ et 2,82 MtCO₂ en 2003.
Ainsi, depuis ce début août, «l’année 2026 présente les émissions estimées liées aux feux les plus élevées pour la France au cours des 24 années couvertes par notre ensemble de données», poursuit l’expert. Toutefois, sur douze mois, 2022 et 2003 ont, en toute logique, enregistré des totaux plus élevés. La comparaison définitive ne pourra donc se faire qu’à la fin de l’année.

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Le calcul des émissions liées aux feux se fonde sur un produit en croix, à partir de l’estimation des superficies parties en fumée. «D’abord, on détecte les hotspots par satellite, c’est-à-dire les anomalies thermiques liées à la chaleur des flammes. A partir de leur localisation, on évalue ensuite combien de biomasse [c’est-à-dire la matière vivante végétale, ndlr] a été brûlée. De ça, on tire les émissions carbone approximatives», décode Lilian Vallet, chercheur postdoctoral en écologie du feu à l’Université du Colorado.
C’est sur cette arithmétique que s’appuie le Système mondial d’assimilation des incendies de Copernicus. Mais des versions de cet outil irriguent deux plateformes européennes de suivi distinctes : la toute récente Fire Emissions Watch (sur laquelle Mark Parrington s’appuie), et l’Effis, le Système européen d’information sur les feux de forêt, aboutissant à des chiffres légèrement différents. «Les deux versions sont fiables, mais comportent des incertitudes, notamment liées à l’observabilité des feux et aux limites de détection des satellites», assure Mark Parrington. De plus, Fire Emissions Watch ne mentionne que le carbone émis par les incendies dans le monde ainsi que la trajectoire des panaches de fumée, tandis que l’Effis, qui se concentre sur l’Europe, informe plus largement sur les substances rejetées.
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Nombreux polluants
De fait, outre les gaz à effet de serre (CO₂, méthane, protoxyde d’azote), la combustion de la végétation émet un grand nombre de polluants, «notamment des gaz (comme le monoxyde de carbone, les oxydes d’azote, les composés organiques volatils tels que le formaldéhyde et le benzène), dont beaucoup ont des effets néfastes sur la santé humaine, ainsi que des particules (carbone noir, carbone organique)», détaille Mark Parrington.
Par exemple, le carbone noir est un composé lourd à la durée de vie courte mais au fort pouvoir réchauffant, pouvant même modifier l’albédo des zones glaciaires (c’est-à-dire leur capacité réfléchissante), et participer à leur fonte, pointe Lilian Vallet. Si bon nombre de ces polluants sont directement émis par les feux de forêt, d’autres sont formés chimiquement dans le panache de fumée, tels que l’ozone.
Malgré toutes ces connaissances, le bilan carbone des incendies est probablement sous-estimé. Auteur d’une étude sur le sujet publiée en 2025 dans la revue Biogeosciences, Lilian Vallet théorise que la combustion lente du sol dans les forêts tempérées est un facteur négligé. Dans le pire des cas, cela donne des feux zombies, ces brasiers enterrés qui grignotent la matière organique et qui peuvent ressurgir à la surface des mois plus tard. «Le sol est largement plus riche en carbone que la végétation en surface, comme dans le Sud-Ouest où il y a de grandes zones de lignite [une roche sédimentaire proche du charbon]. Ailleurs en France, les tourbières, notamment lorsqu’elles sont asséchées, peuvent facilement brûler et libérer une quantité folle de carbone dans l’atmosphère», soutient le spécialiste. Actuellement, les fumerolles parsèment encore les forêts des Landes et de Gironde, de Fontainebleau et dans le Var, où les pompiers sont à pied d’œuvre pour noyer définitivement les brasiers.
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Baisse de 30 % du puits de carbone
Résultat, en 2022, les estimations officielles ont tablé sur des émissions annuelles liées aux incendies de 4,2 millions de tonnes d’équivalent CO₂ en France. Lilian Vallet et son équipe, eux, suggèrent plutôt un résultat à hauteur de 8 millions de tonnes d’équivalent CO₂. Avec ces nouvelles données, les feux auraient ainsi contribué à 2 % des émissions françaises de gaz à effet de serre cette année-là, tout en réduisant de 30 % le pouvoir absorbant du puits de carbone forestier, en déclin constant. De fait, une partie des arbres qui absorbent les émissions liées aux activités humaines a été détruite.
Sans compter les disparités régionales et la nature des végétaux réduits en cendres, également peu prises en compte. «Pour calculer les émissions d’un feu, on s’arrête à la surface brûlée, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Un hectare de garrigue qui brûle dans le Sud est sans commune mesure avec un hectare de forêt ancienne dans le Jura, ajoute le chercheur. Il faut regarder le temps long, la résilience de la zone et surtout la quantité de biomasse réellement stockée dans les espaces brûlés. Par exemple, un hectare de forêt dans le Nord peut facilement atteindre plus de 200 tonnes de biomasse par hectare, mais dépasse rarement 50 tonnes pour une forêt de pins.»
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Récit
En effet, les mesures sont réalisées à grande échelle, sans mesure fine de la biomasse réellement présente. «Les modèles globaux utilisés pour les estimations font des carrés de 9 kilomètres de côté, dans lesquels on estime qu’il y a une forêt ou une garrigue par exemple, ce qui simplifie énormément la végétation», décrypte Lilian Vallet. D’autres outils, utilisés par le chercheur, ont une lecture beaucoup plus fine et permettent d’affirmer qu’il y a souvent plus de biomasse qu’estimé, donc plus de carbone émis lorsqu’il y a un incendie. De même, le feu fait partie du cycle naturel des forêts du Sud-Est, tandis que, plus au nord, les espèces n’ont aucune adaptation aux incendies dont les conséquences écologiques se mesurent sur quarante ou cinquante ans. Et se répercutent sur l’efficacité des puits de carbone. En prenant en compte tout cela, «on pourra au moins multiplier les chiffres officiels par 1,5» en 2026, estime le chercheur.
Malgré tout, les émissions liées aux incendies en France «restent marginales par rapport à celles d’origine humaine», recadre Pierre Friedlingstein, spécialiste du cycle du carbone à l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni, et directeur de recherche au Laboratoire de météorologie dynamique. Selon lui, même en rajoutant les gaz à effet de serre dégagés lors de la combustion du sol, «cela ne change pas la face du réchauffement climatique, comparé à ce que les Français émettent chaque année en brûlant des combustibles fossiles, de l’ordre de 300 à 400 millions de tonnes de CO₂».
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L’angle mort des bilans carbone
Ailleurs dans le monde, comme en Amérique du Nord, la facture climatique est bien plus lourde. «En 2023, les mégafeux qui ont ravagé l’Est canadien ont émis 1 700 millions de tonnes de CO₂, soit trois fois plus que ce que les Canadiens rejettent annuellement par leurs propres activités. Là, les feux commencent à avoir un rôle non négligeable», expose Pierre Friedlingstein. De plus, les forêts finissent par repousser et par absorber à nouveau du carbone, même si cela prend des décennies. «Le problème des feux en France a d’autres conséquences plus immédiates, comme la biodiversité et les personnes déplacées», nuance-t-il encore.
Toutefois, il existe un «bug» dans la prise en compte des émissions liées aux feux, malgré les accords internationaux pour le climat et le décompte des gaz à effet de serre par pays. «Le système actuel est biaisé : les bilans officiels prennent en compte les forêts lorsqu’elles agissent comme un puits naturel et absorbent le carbone. Par contre, s’il y a un feu dans ces espaces boisés, ce ne sera pas compté comme une émission, parce que les Etats considèrent cela comme un événement naturel», même si les feux sont plus intenses et plus fréquents à cause de la main de l’homme, remarque Pierre Friedlingstein. De quoi compromettre l’objectif mondial de «zéro émission nette» et la stabilisation réelle du climat à long terme.
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