.Dans un courrier laconique adressé à l’Université Savoie Mont Blanc et que Spotlighted s’est procuré, la commune savoyarde s’est désengagée du projet Agir pour les glaciers. Sur fond de backlash écologique, la décision sidère l’opposition municipale, et tétanise les associations environnementales.
« Par la présente, je vous informe de la volonté de la Commune de Bourg Saint Maurice – Les Arcs de se retirer de l’accord cité en objet à effet immédiat. » C’est par ces quelques mots, dans une lettre à destination de l’Université Savoie Mont Blanc (USMB), que Cécile Utille-Grand, maire de Bourg-Saint-Maurice (divers droite), a officialisé le désengagement de la commune du projet Agir pour les glacier.
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Agir pour les glaciers, c’est un des projets du programme Érable, un dispositif de recherche-action porté par le ministère de l’Environnement. Le projet vise notamment à « explorer l’évolution des glaciers et des marges sauvages qu’ils libèrent [pour] mieux comprendre le monde à l’heure du changement climatique, de la sixième extinction de masse et de la raréfaction de l’eau douce dans les territoires. »
À Bourg-Saint-Maurice, ce projet s’est notamment concrétisé par la création d’une zone protégée sur l’Aiguille des glaciers et le festival Agir pour les glaciers, dont la première édition s’est tenue en mars 2025.
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Un projet « dogmatique » de « greenwashing »
Un choix justifié par la maire dans la suite et fin de ce courrier laconique : « Cette décision est motivée par la volonté de préserver une cohérence entre notre niveau d’engagement et le périmètre réel des obligations attachées à cet accord de consortium. Sans remettre en cause l’intérêt porté à la préservation des glaciers, il me paraît plus opportun de concentrer les moyens sur les dispositifs relevant directement des compétences communales. »
Si la tournure paraît alambiquée, la maire a été beaucoup plus claire lors du dernier conseil municipal, le 25 juin dernier, déclarant : « Nous, notre réelle volonté c’est vraiment de nous orienter sur des actions qui nous paraissent plus efficaces ».
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Et pour être sûr de lever toute ambiguïté, Jean Jovet, son adjoint à l’urbanisme, au logement et à l’agriculture, n’a, quant à lui, pas fait dans la langue de bois : « C’est quand même antinomique ce que tu dis [s’adressant à Guillaume Desrues, élu d’opposition, NDLR]. Tu dis effectivement le glacier fond suite à la canicule et au réchauffement global de la planète, et il faut le protéger. Nous pensons que ce type d’action c’est du greenwashing, c’est pas autre chose. […] Ce n’est pas ça qu’il faut mettre sur la table. […] Pour moi, ça rime à rien. […] Au-delà du greenwashing, pour nous c’est dogmatique. Le fait de pouvoir faire de la com’ sur ce genre de choses…. Derrière qu’est-ce que ça va apporter de réel ? […] Combien ça nous rapporte ? […] Aujourd’hui, on peut aussi considérer que des gens qui sont des scientifiques et qui ont un niveau d’expertise reconnu, peuvent aussi commettre des erreurs. Si on en était pas là, on serait tous plus malin parce qu’il n’y aurait jamais d’accident… »
Un désengagement et des propos qui sidèrent Guillaume Desrues. L’ex-maire (divers) déchu après un scrutin serré lors des élections municipales de mars dernier, et maintenant chef de file de l’opposition, avait adhéré au programme en 2025 : « Cette décision, sans concertation, sans débat en conseil municipal, sans vote, alors que la délibération d’adhésion est toujours valable. Cela soulève une question democratique. » Cécile Utille-Grand a assuré lors du dernier conseil municipal que le sujet sera débattu en septembre, mais « les échéances avançant, [l’USMB] avait besoin d’une réponse très précise pour enclencher les conférences ».
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« On vit un retour en arrière qui est assez édifiant, dans un contexte climatique d’autant plus préoccupant. Il n’y a pas de prise de conscience malgré l’actualité. Malheureusement la protection de l’environnement c’est même pas que c’est relégué, mais ce n’est même plus à l’ordre du jour. Avec les canicules qui arrivent, on voit qu’on arrive dans un moment terrifiant », nous précise Guillaume Desrues quelques jours plus tard par téléphone.
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« […] Si ce n’est pas concret, je ne sais pas ce que c’est d’être concret […] » Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et directeur de l’association Marge Sauvage
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Si la décision est ouvertement contestée par l’opposition municipale, les associations environnementales semblent moins enclines à critiquer ouvertement et frontalement cette décision. L’USMB n’a pas donné suite à nos sollicitations, abandonnant Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et directeur de l’association Marge Sauvage (en copie du courrier, et qui pilote le projet pour l’université), dans la délicate mission de réaffirmer avec diplomatie l’utilité du projet :
« L’aboutissement de ce projet de 3 ans de travail avec les acteurs locaux, les enfants, les citoyens, c’est la création d’une zone protégée sur l’Aiguille des glaciers. Je ne suis pas d’accord quand la mairie dit que ce n’est pas concret. La création d’une zone protégée, avec une réglementation associée, dans le but de préserver des écosystèmes naturels uniques et ainsi l’habitabilité du territoire, si ce n’est pas concret, je ne sais pas ce que c’est d’être concret dans notre monde en crise climatique, écologique, hydrologique ».
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Dans ce contexte politique, quel avenir pour le label Flocon Vert, décerné à la station de ski des Arcs par l’association Mountain Riders depuis 2020 ? Le label, qui « a pour objectif d’engager et de structurer la transition écologique des destinations de montagne en impliquant les parties prenantes du territoire » doit être audité sur place en fin d’année, et renouvelé en 2030 sur la base d’un « cahier des charges mis à jour en 2027 pour s’adapter aux exigences de la transition ». Comprenez : plus exigeant encore.
Estelle Chatellier, cheffe de projet Flocon Vert, « regarde les choses attentivement » : « On est confrontés régulièrement à des discours qui sont parfois un peu compliqués à accepter, mais justement notre volonté, c’est aussi de travailler avec tous, et d’accompagner aussi des territoires qui ne sont pas toujours d’accord avec nous, pour faire du changement une démarche collective. Ce qu’on évalue, ça n’est pas un parti politique, ce sont les actions qui sont mises en place sur le territoire. Et c’est sûr que dans une logique d’amélioration continue, d’abandonner certains projets qui semblaient être en cohérence avec la transition écologique, ça interpelle tout de même. »
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Laureline Chopard, présidente de Protect our Winters France et cofondatrice d’une agence basée à Bourg-Saint-Maurice « qui accompagne marques et territoires outdoor dans des projets de transformation », estime, « sans faire de procès d’intention » qu’ « il y avait sûrement une volonté de la commune de marquer le pas par rapport à la municipalité précédente. Et dans ces cas-là, on s’attaque un peu aux mesures vitrine. […] c’est dommage parce que pour le coup c’est un projet qui touchait les gens. […] J’ai envie de dire vigilance pour la suite et ok, on fait pas ça, mais du coup concrètement qu’est-ce qu’on fait ? La nouvelle municipalité est là depuis quatre mois donc on peut aussi leur laisser un peu de temps. De mémoire, les précédents avaient mis aussi un peu de temps quand même à prendre leurs marques. »
Sans remettre en cause le projet Agir pour les glaciers, elle s’interroge : « Qu’est-ce qu’il y a dans la manière dont on présente ces projets-là qui fait que ces derniers sont perçus de cette manière et génèrent un rejet avant même d’aller s’interroger ou creuser un peu le bien fondé du truc ? »
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Une ligne de crête que nous résume sans détour une source du secteur de la transition en montagne qui souhaite rester anonyme : « Il y a eu du backlash un peu partout sur ces communes qui avaient ces sensibilités. Il faut avancer ses pions prudemment. Le risque c’est la sanction électorale et le rétropédalage. […] On reste sincère mais on essaie de ménager certaines susceptibilités, parfois à rebours de ce qu’il faut faire ».
Fiona Mille, présidente de Mountain WIlderness France, salue un projet « nécessaire et courageux » et déplore une décision « politique » : « c’
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Un report à Tignes… en 2027
Pour des questions d’organisations et de calendrier, la deuxième édition du festival Agir pour les glaciers, prévue cet automne, est définitivement compromise et reportée à l’année prochaine à Tignes.
Quand on interroge Olivier Duch, premier adjoint en charge du développement économique et de la transition du territoire à la mairie de Tignes, sur l’événement « peu efficace » que sa commune récupère, l’élu reste diplomate : « J’ai pas vocation à commenter les décisions des autres. Si on le fait, c’est qu’on pense que ça a du sens et une certaine efficacité. Cela s’inscrit dans du temps long. Le terme efficacité, chacun le mesure à travers son prisme. Pour autant, je ne doute pas que Bourg-Saint-Maurice est attentif et pragmatique sur la manière dont ils veulent gérer ce sujet-là. »
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Mais que pense-t-il des propos de l’adjoint à la maire de Bourg-Saint-Maurice ? « Ça traduit l’importance d’avoir, sur ces sujets complexes de transition et d’évolution, un maximum d’écoute et de partage des enjeux et des positions de chacun, pour agir de manière apaisée. Nous, à Tignes, on s’appuie sur des études scientifiques extrêmement précieuses. Et derrière, il y a un travail de médiation qui est extrêmement précieux également ». Et préfère conclure sur une note positive : « Depuis qu’on a récupéré l’événement j’ai beaucoup de messages de reconnaissance. On veut faire de cet événement tout le contraire de quelque chose de clivant. On veut rassembler. »
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Contactée, la mairie de Bourg-Saint-Maurice n’a, à ce jour, pas répondu à nos sollicitations.
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