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Il fallait l’inventer : Claude Grison, verte chercheuse

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La chimiste se sert des plantes pour dépolluer l’eau ou pour fabriquer des médicaments.

La biodiversité
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Claude Grison, dans les jardins du Laboratoire ChimEco- CNRS-Université de Montpellier, le 2 juillet 2026. 
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Olivier Monod
 05/08/2026

Ils sont à l’origine d’une évolution scientifique ou écologique, d’une trouvaille farfelue ou d’une astuce pratique inespérée :  à la rencontre d’inventeurs et inventrices de tous horizons.

Claude Grison marche vite. Petite, cheveux courts, yeux bleus, la chercheuse nous oblige à accélérer le pas pour la suivre dans les méandres de son laboratoire, en banlieue de Montpellier (Hérault). L’amatrice de trail préfère aussi prendre les escaliers pour grimper les trois étages. «Elle est hyperactive», prévient Claire Grison, sa fille unique, également membre de l’équipe. Claude, la mère, a mis son hyperactivité à profit. A 65 ans, elle dirige le laboratoire de chimie bio-inspirée et d’innovations écologiques, a monté quatre start-up, et a reçu une pelletée de récompenses dont la médaille de l’innovation du CNRS, la Légion d’honneur, ou encore le prix de l’Inventrice européenne. On connaît peu de chercheurs qui peuvent prétendre à un tel bilan. «Je considère avoir le devoir de chercher des solutions dont certaines conduisent parfois à des innovations», commente sobrement la mère de l’éco-catalyse.

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Derrière ce néologisme, une démarche élégante. Tout tourne autour des plantes. Notamment les moins nobles, les mauvaises herbes, les envahissantes, les empoisonnées. Claude Grison les étudie pour leur capacité à extraire du sol les métaux lourds, comme le zinc ou le palladium. Elle leur trouve deux intérêts révolutionnaires. Sur le terrain, elles sont des alliées dans la lutte contre la pollution des sols ou des eaux. Au laboratoire, réduites en poudre, elles deviennent des facilitatrices des réactions chimiques industrielles, des «catalyseurs» dans le jargon. Des éco-catalyseurs, en l’espèce, puisqu’ils ne proviennent ni de mines polluantes ni de l’industrie pétrolière. Et voici Claude Grison pionnière de la chimie verte.

«Son grand mérite est d’avoir réconcilié deux disciplines, la chimie et l’écologie, qui ne s’appréciaient guère», commente Jacques Bessière, l’un de ses premiers profs de chimie à la fac de Nancy. Elle a pris des uns la conscience écologique, et des autres, l’envie de travailler avec tout le monde. Ainsi, quand le géant minier Eramet la contacte pour se pencher sur ses vieux sites en Nouvelle-Calédonie, elle étudie la proposition, sans remords : «J’ai rencontré des gens passionnants et sincèrement intéressés par leur sujet.» Claude Grison étudie les plantes qui poussent à proximité du site et identifie les plus à même de restaurer le sol. Résultat, depuis dix ans, elle enlève 2 % par an des métaux lourds présents sur la zone et permet le retour de la flore locale. «Ce n’est pas de la dépollution au sens strict du terme, mais de la restauration écologique», précise-t-elle. Elle ne s’arrête pas là. Chaque année, elle ramasse les feuilles tombées, les broie et les valorise en éco-catalyseurs. Une action simple en apparence, mais qui lui a valu des années de travail.

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Loin de l’esprit de clocher, Claude Grison s’est longtemps cherchée. «J’aimais toutes les disciplines, sauf peut-être l’histoire.» Pour cette fille de deux employés de la Banque postale de Verdun, l’histoire, «ce sont d’horribles récits de guerre». Son grand-père, lui aussi employé à la Banque postale, a combattu en 1914-1918 dans les tranchées. En 1939-1945, sa maison a été occupée. Il a aussi dû aller chercher en Allemagne l’un de ses fils, déporté pour ses opinions politiques. Aussi, quand ses petits-enfants invitent un touriste allemand auquel ils faisaient visiter la ville, le grand-père refuse dans un premier temps de le laisser franchir le seuil. «Il ne voulait pas qu’un Allemand rentre chez lui. Notre invité a compris la situation, il s’est mis à jouer du violon et il a pu rentrer», se souvient-elle.

Claude Grison évolue au gré des rencontres. Elle est ainsi capable de maintenir un lien avec un enfant lui ayant présenté un exposé lors d’une fête de la science, raconte Valérie Cibot, qui a tourné deux documentaires sur ses travaux. Elle décrit la chercheuse comme un mélange de «concentration», de «délicatesse», d’«acuité» et d’«intérêt». Si elle a finalement choisi la chimie, c’est grâce à des profs «formidables». L’un d’eux deviendra même son mari, décédé il y a deux ans. «C’est très dur de se retrouver seule», reconnaît-elle. Un événement qui fait nécessairement penser à sa propre disparition. «Cela se prépare, pas pour soi, mais pour ceux qui sont derrière.»

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Alors que la retraite approche, pour août 2027, la chercheuse espère pouvoir pérenniser une équipe pour lui succéder. Avec sa fille dans le casting, comme un juste retour des choses, car Claire Grison a joué un rôle déterminant dans l’émergence de la grande idée sur laquelle sa mère a construit sa carrière.

En 2007, Claude Grison est à la tête du Laboratoire de chimie biomoléculaire de Montpellier. Sa fille, elle, est alors en classe préparatoire. Elle demande à sa mère – avec laquelle elle entretient une relation «fusionnelle» – de l’aide pour un projet autour d’un sujet qu’elle a découvert dans un documentaire : la dépollution par les plantes. Ensemble, elles identifient un écologue de Montpellier, qui travaille sur le tabouret bleu, une plante considérée comme contaminée, car seule capable de pousser sur les sols pollués d’une friche industrielle. La rencontre est déterminante.

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«J’étais vraiment en admiration devant ce que cette plante est capable de faire.» Alors que Claire passe son concours et poursuit son parcours par une thèse de chimie – au grand désarroi de sa mère -, Claude quitte le domaine pour rejoindre un laboratoire d’écologie. Une prise de risque qui colle avec son caractère. Chez les Grison, les vacances ressemblaient à «des aventures», dit en souriant Claire. Elle se souvient notamment de «l’escalade du Puy-de-Sancy» quand elle avait 7 ans : «On s’était perdues.»

Dans son travail, ce goût du risque se traduit aussi par une capacité à monter des entreprises pour concrétiser ses travaux. Là encore, malgré certaines incompréhensions. «Quand j’ai créé ma première start-up, il y a eu des tracts à la cantine pour dire que je faisais rentrer le grand capital dans le labo», se désole-t-elle. C’est mal connaître l’éthique de cette végétarienne depuis vingt ans. «Quand il est apparu que le financeur était beaucoup plus intéressé par le côté chimique que par la restauration écologique, j’ai mis fin au partenariat, et le CNRS m’a suivie», précise-t-elle. Ce qui ne l’a pas empêchée de développer d’autres projets. L’un permet de dépolluer l’eau à l’aide de poudre de plantes envahissantes, l’autre, plus surprenant, est un antimoustique. «Je me suis aperçue que l’un de mes éco-catalyseurs pouvait faciliter la réaction de fabrication d’un répulsif antimoustique et augmenter son activité», explique Claude Grison. Fidèle à elle-même, elle est allée au bout de la piste, jusqu’à la commercialisation d’un produit «100 % d’origine végétale», mais qui ne se trouve pas en grande surface, «ce ne sont pas nos valeurs».

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Fonceuse, bosseuse, ouverte au dialogue, Claude Grison a été approchée par des politiques. Elle les a éconduits. On ne saura pas non plus pour qui elle vote. «Je préfère consacrer mon énergie à chercher ces solutions», nous glisse-t-elle. Selon ses derniers résultats, ses éco-catalyseurs issues de la jussie rampante, une plante envahissante, seraient particulièrement efficaces pour aider à la fabrication de médicaments récents. Un nouveau défi à relever.

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Claude Grison,

10 août 1960 Naissance à Verdun-sur-Meuse.

1990 Naissance de sa fille.

2022 Prix de l’Inventrice européenne de l’année.

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