En début d’été, dans la foulée d’une polémique sur des propos de Yann Barthès, des élites découvraient avec stupeur que la canicule était un truc de pauvre. Bien climatisés, les plus fortunés n’y voyaient pas le problème. Sans surprise, l’histoire se répète aujourd’hui avec la conséquence des vagues de chaleur à répétition : la sécheresse..

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Près de 70 % de la France fait actuellement l’objet de mesures de restrictions des usages de l’eau, sous l’effet d’une sécheresse, a indiqué ce lundi 10 août le gouvernement. Ce dernier a annoncé une réunion de crise exceptionnelle pour mercredi, jour de l’éclipse mais aussi de très grosse chaleur. Dans le détail, au 9 août, 99 départements, soit l’ensemble du territoire métropolitain, sont a minima en seuil de vigilance. Sur 99, 67 départements sont placés en situation de crise et 21 sont en alerte renforcée.

Autre indicateur inquiétant : au 1er août, la quasi-totalité (94 %) des réserves souterraines en eau de la métropole présentent des niveaux en baisse et la situation des nappes « se dégrade », a indiqué le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique national, dans son bulletin mensuel également publié ce lundi.

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Les chevaux mieux lotis que les hommes ?

Dans ce climat, les esprits s’échauffent (forcément) et les polémiques se multiplient. Certains sujets, comme l’arrosage des cultures ou le remplissage des piscines de campings, font l’objet de saines négociations ; d’autres sont plus questionnables.

Ainsi, le 27 juillet dernier, un élu d’opposition de Dinard (Ille-et-Vilaine) dénonce l’arrosage fort généreux d’un terrain d’entraînement du Jumping international de sa ville, un concours hippique qui attire les passionnés des chevaux… et les riches touristes de la station balnéaire. Or, le secteur était classé — et l’est toujours — en alerte sécheresse renforcée.

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Heureusement, les fervents supporters de compétition équestre ont pu voir le Jumping international bénéficier d’une dérogation au titre de son statut de « compétition à enjeu national ou international ». Ce passe-droit peut déjà soulever des interrogations quand une partie de la population a vu, dans le même temps, le débit d’eau au robinet être régulé. Mais ce privilège n’aurait même pas été respecté : en effet, précisent Le Télégramme et France 3 Bretagne, la dérogation ne concernait que le terrain de compétition, enherbé, et non celui d’entraînement, en sable, pourtant arrosé.

Depuis, le Jumping international a obtenu l’autorisation nécessaire et le directeur de la compétition s’est même fendu d’une explication auprès de la radio ICI : « Plus le sable (du terrain) est trempé, plus c’est bon pour les chevaux. » Là encore, les particuliers, bien moins traités que les étalons, apprécieront. Et si le sable trempé est un enjeu de santé équine, pourquoi alors ne pas décaler la compétition à une saison plus propice ?

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Tout augmente, sauf les cours d’eau

Des polémiques comme celles-ci émaillent la presse quotidienne régionale depuis quelques semaines. Ici, ce sont des élus locaux de la presqu’île de Crozon qui défendent le maintien du Festival du Bout du monde alors même que ce genre d’événement est très consommateur en eau. Là, c’est l’opposition communiste à Besançon qui réclame l’annulation de la dérogation accordée à leur ville de puiser dans le cours du Doubs — dont le niveau est très bas — pour arroser les petites fleurs de la ville. Ailleurs encore, ce sont des maires qui contestent en justice une décision de la préfecture des Alpes-Maritimes d’interdire les douches de plage.

Loin de nous l’idée de dénoncer la tenue d’un concert ou l’entretien des jardins d’agrément, mais les préfectures doivent faire, ces jours-ci, des choix cruciaux afin de s’assurer que tout le monde puisse avoir de l’eau potable — dans le Doubs par exemple, plusieurs villages étaient déjà ravitaillés en eau potable par camions-citernes dès le début du mois de juillet. Un golf vaut-il mieux qu’un champ céréalier ?

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En 2023, une étude menée par des scientifiques suédois et publiée dans la revue Nature Sustainability constatait : les ménages les plus aisés consomment davantage d’eau pour des usages de confort (remplissage de piscines privées, arrosage de grands jardins), tandis que les foyers modestes n’ont souvent que des usages contraints (alimentation, hygiène).

Dans le même temps, la multiplication des vagues de chaleur augmente le risque de sécheresse et… le prix de l’eau. Une étude de La Banque postale, publiée en juin dernier, alerte sur la nécessité « d’augmenter les tarifs du service d’eau potable d’au moins 3,5 % à 6 % par an et ceux du service d’assainissement de 3,5 % à 4 % par an jusqu’en 2040 », et ce, afin d’adapter les infrastructures au changement climatique et à la hausse de la demande. Peut-être est-il temps de limiter les dérogations pour des activités pas forcément essentielles à la vie de tous ?