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Dérèglement climatique en Roumanie, Roumanie, le Danube asséché fragilise l’économie dépendante du fleuve…

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Le deuxième plus long fleuve d’Europe connaît un niveau historiquement bas en Europe centrale et orientale, notamment en Roumanie. La sécheresse perturbe la navigation, menace l’irrigation et commence à affecter les infrastructures énergétiques du pays.

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Le Danube, en partie asséché, à Corabia, Roumanie, le 29 juillet 2026. 
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Maria Gerth-Niculescu, envoyée spéciale à Bechet (Roumanie)
 02/08/2026
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Sur la terrasse de son restaurant, Constantin Ionele s’installe toujours face au Danube. Né sur la rive roumaine du deuxième plus long fleuve d’Europe, il ne se lasse jamais de la vue, qui change au fil des heures et au rythme des navires qui passent. «En une journée, vous pouvez apercevoir une dizaine de paysages différents», assure ce père de famille. Depuis début juillet, il est aussi le témoin d’un phénomène de plus en plus fréquent : la chute drastique du niveau de l’eau.

A l’entrée du fleuve en Roumanie, les autorités hydrologiques constatent un débit historiquement bas, près de trois fois inférieur aux normales de saison. Sur certaines portions du Danube, de larges bancs de sable sont désormais visibles. «Ces dernières années, cela débutait en août et se terminait en septembre», constate Constantin Ionele, qui a ouvert son restaurant près du petit port fluvial de Bechet en 2013. Son établissement accueille souvent des voyageurs en route vers la Bulgarie, qui se trouve de l’autre côté du fleuve, ou la Grèce. Mais en raison du niveau trop bas de l’eau, le bac reliant Bechet à Oryahovo, en Bulgarie, est à l’arrêt depuis le 10 juillet. Les visiteurs ont déserté les lieux, mis à part quelques navires de croisière qui se ravitaillent avant de faire demi-tour, faute de pouvoir poursuivre leur itinéraire en aval.

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Le transport de marchandises perturbé

Artère vitale pour le commerce européen, le Danube traverse le continent depuis l’Allemagne jusqu’à la Roumanie avant de se jeter dans la mer Noire. Chaque année, plus de 50 millions de tonnes de marchandises, dont des céréales ukrainiennes, sont transportées sur le fleuve. Pour limiter les risques d’échouement, le trafic commercial est désormais restreint. «Les navires circulent toujours, mais ils ne sont plus chargés à leur capacité maximale. Leur tirant d’eau [la distance entre la surface de l’eau et le bas de la coque, ndlr] est limité à 2 mètres, contre 2,5 mètres auparavant», détaille Adrian Maizel, représentant de l’administration fluviale du bas Danube. Les convois poussés, qui transportent habituellement jusqu’à neuf barges, sont limités à deux barges par trajet. «Cette situation rallonge considérablement les temps de transport et réduit les volumes de marchandises acheminées sur le fleuve», précise Adrian Maizel.

Des restrictions qui perturbent les exportations alors que la saison agricole bat son plein. En Roumanie, certains agriculteurs peinent à écouler leurs stocks. L’entreprise de Daniel Nica cultive 10 000 hectares à quelques kilomètres du port de Bechet. Ses bureaux jouxtent d’immenses silos argentés. «Nous avons 20 000 tonnes de marchandises qui attendent d’être livrées», regrette l’agriculteur, qui craint de manquer d’espace pour stocker sa récolte de maïs d’ici la fin de l’été.

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Dans le Danube, la sécheresse rend visible des bancs de sable, d’ordinaire submergés, à Roseti, Roumanie, le 29 juillet 2026. 
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La chute du niveau du Danube empêche aussi l’irrigation des champs dans la région, l’eau ne pouvant plus être pompée vers certains canaux. Une situation particulièrement préoccupante pour les producteurs de taille moyenne, comme Mugurel Ionuț Stancu, qui n’a toujours pas amorti les coûts de ses installations d’irrigation, achetées en 2021. «Le besoin d’irriguer est apparu à cause des sécheresses récurrentes qui se répètent chaque année. Les cultures de printemps n’étaient tout simplement plus rentables», affirme l’agriculteur devant son champ de tournesols verts et jaunes. Dans le sud de la Roumanie, les épisodes de sécheresse extrême sont fréquents, avec des températures dépassant régulièrement les 40 °C. L’été dernier, des épisodes de canicule extrême ont détruit une grande partie des récoltes. Cette année, Mugurel Ionuț Stancu espère que les pluies des derniers mois permettront de compenser les canaux desséchés.

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«Nos prévisions ne sont pas favorables»

Mais les prévisions météorologiques n’augurent pas d’amélioration pour les semaines à venir. Les experts annoncent des températures caniculaires pour une grande partie du mois d’août, couplées à un nouveau déficit de précipitations. La baisse des eaux du Danube pourrait donc se poursuivre. «En raison de la sécheresse et du changement climatique, à l’heure actuelle, nos prévisions ne sont pas favorables», souligne Adrian Maizel. L’activité des barrages, notamment celle du complexe hydroénergétique des Portes de fer, situé à la frontière entre la Roumanie et la Serbie, pourrait également jouer un rôle dans le faible débit actuel.

Afin de faciliter l’écoulement de l’eau vers les pompes d’irrigation et d’élargir les chenaux navigables du fleuve, les autorités roumaines ont dragué plus de 50 000 m³ de sédiments depuis le mois d’avril. Des solutions ponctuelles qui, selon Camelia Ionescu, chargée du projet Eau et Climat pour WWF Roumanie, pourraient à terme fragiliser davantage les réserves d’eau souterraines. Celles-ci sont pourtant essentielles au fonctionnement du Danube : le fleuve recharge les nappes phréatiques lors des crues, tandis que celles-ci soutiennent son débit pendant les périodes sèches. Un équilibre naturel progressivement mis à mal par l’activité humaine. «La connexion naturelle entre le Danube et sa plaine inondable a été interrompue, notamment par la construction de digues, l’assèchement de certaines zones humides et par la conversion des marais en terres agricoles», explique Camelia Ionescu.

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Autour de Bechet, faute d’eau suffisante dans les nappes phréatiques, un projet prévoit d’approvisionner la population directement grâce au Danube. Plusieurs grandes villes, comme Calafat ou Galați, prélèvent depuis longtemps leur eau dans le fleuve. Pour l’instant, les autorités roumaines assurent que les habitants ne doivent pas craindre de coupures d’eau dans les foyers, mais certaines industries sont d’ores et déjà touchées.

Un des deux réacteurs de la centrale de Cernavodǎ, ont le système de refroidissement dépend du Danube et qui produit environ 20 % de l’électricité du pays, a été mis à l’arrêt mardi 28 juillet. Les autorités affirment que le second pourrait être déconnecté à tout moment. Un état d’alerte énergétique a été déclaré pour tout le mois d’août et mardi, pour tenter de rediriger les eaux du fleuve vers la centrale, la marine roumaine a fait sauter lundi un gros rocher qui obstruait le cours d’eau au moyen de 180 kilos d’explosifs.

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Maria Gerth-Niculescu, envoyée spéciale à Bechet (Roumanie)
 02/08/2026

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