Du « pacte vert » à la dérégulation, la volte-face et les trahisons d’Ursula von der Leyen
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Ursula s’est échappée. Ce 15 juillet 2026, la réunion hebdomadaire du collège des commissaires européens, qui se tient chaque mercredi à Bruxelles, n’aura pas lieu. C’est assez rare pour être noté. À la place, la présidente de la Commission a préféré se rendre en Ukraine. C’est la onzième fois qu’elle prend le chemin de Kiev depuis le début de l’invasion russe, le 24 février 2022. Certains trouvent que ça fait beaucoup, surtout vu le nombre de sujets à l’agenda. « Il n’y a aucune raison qu’elle soit de nouveau en Ukraine cette semaine », râle un observateur.
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Car au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, l’attend un dossier aussi technique qu’explosif : l’assouplissement du système d’échanges de quotas d’émission. Un pilier de la politique climatique de l’Union européenne. L’affaiblir, c’est mettre un coup de canif de plus dans cette ambition verte dont Ursula von der Leyen s’était pourtant fait le porte-étendard dès sa nomination en 2019. Pas de quoi la réjouir, pourrait-on croire. Du moins, à première vue. Car, au fond, personne n’en sait trop rien.
Il y a une énigme von der Leyen. Depuis Jacques Delors, aucun de ses prédécesseurs n’avait à ce point incarné les institutions européennes. Difficile pourtant de dire avec certitude quelles sont les convictions de cette présidente toujours impeccable, à la communication aussi soignée que verrouillée. À l’heure où les dangers s’accumulent, jamais l’Europe n’a semblé avoir autant besoin d’une stratégie claire. La présidente de la Commission, elle, paraît pétrie de contradictions. Et sa volte-face sur le climat ne fait qu’épaissir le mystère.
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To the moon and back
Il faut revenir en arrière pour saisir le contraste, à ces images de 2019 qui paraissent si loin aujourd’hui. Ursula von der Leyen, tout juste intronisée à l’âge de 61 ans, annonçait la couleur au Parlement européen : vert pétant. Un Green Deal, gigantesque paquet de réformes visant à faire de l’Europe le premier continent à atteindre la neutralité carbone dès 2050. Et ces mots : le « pacte vert » sera, pour l’Europe, l’équivalent d’un premier pas sur la Lune.
Mais les temps ont changé. Moscou a envahi l’Ukraine, Donald Trump est de retour, la Chine menace l’industrie européenne, et les partis populistes ne cessent de monter. Reconduite à la tête de la Commission en 2024, Ursula von der Leyen doit tenir compte de la nouvelle donne au Parlement, où sa famille politique, le Parti populaire européen (PPE, centre droit), n’hésite plus à voter des textes avec des groupes d’extrême droite. La fin d’un tabou. Et surtout, les Vingt-Sept sont inquiets. L’ex-président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a qualifié la menace : une lente agonie de l’économie européenne. Les capitales veulent des solutions. La Lune attendra.
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La réponse d’Ursula von der Leyen ne va pas traîner. Début 2025, à peine la nouvelle Commission en place, elle produit une série de paquets législatifs fourre-tout, des « omnibus », pour simplifier tous azimuts des domaines d’activité variés. Les études d’impact sont expéditives, ou absentes. Le mot « dérégulation » est lâché. « Je la vois défaire le Green Deal avec le même enthousiasme qu’elle l’a construit », s’étonne un cacique du PPE. Au Parlement, les sociaux-démocrates et Les Verts, qui l’avaient soutenue pour un deuxième mandat, crient au parjure.
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« Von der Leyen ? Laquelle ? »
Côté Commission, on nie avoir changé d’objectif. Juste de chemin pour y parvenir. Il n’empêche, le « pacte vert » en fait les frais. Des textes aussi ambitieux qu’emblématiques sont assouplis, quitte à devenir quasiment des coquilles vides. « Ursula von der Leyen a une contradiction à gérer entre son premier et son deuxième mandat, reconnaît le commissaire à l’industrie, Stéphane Séjourné. Elle porte la continuité, mais avec un collège renouvelé à 80 %. » D’où l’impression qu’elle assume presque seule cet héritage.
Cette solitude, Ursula von der Leyen l’a organisée elle-même, en se débarrassant habilement de tous les poids lourds de la précédente Commission – Margrethe Vestager à la concurrence, l’architecte du « pacte vert » Frans Timmermans, ou le remuant Français Thierry Breton. Plus que jamais, elle est le visage incontesté de cette institution. On l’appelait déjà « la reine Ursula » ; la presse la couronne « impératrice ». Mais l’absence de rivaux signifie aussi la perte de relais pour défendre son action. Seule, elle endosse toutes les critiques. Sur la faiblesse de l’Europe face à Donald Trump. Sur cette Commission qui, sous son mandat, semble vouloir se mêler de tout. Sur l’excès de normes, ou leur détricotage.
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Allez savoir comment elle vit cette volte-face imposée. D’un mandat à l’autre, « VDL » est demeurée la même : équanime, courtoise, ne laissant rien paraître. Travailleuse acharnée, elle textote toujours ses commissaires sur Signal jusque tard dans la soirée, réunit son cabinet passé minuit les soirs de Conseil européen, et continue de dormir en semaine dans cette pièce aveugle du 13e étage de la Commission, où elle s’est fait aménager une chambrette. Au point qu’on s’interroge. « Von der Leyen ? grince une figure du PPE. Laquelle ? »
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L’art du contre-pied
La « vraie Ursula » est-elle plutôt celle du premier, ou du second mandat ? L’actuel virage à droite paraît mieux coller à l’ADN de son parti, la CDU. Mais comme souvent avec elle, rien n’est tout blanc ni tout noir. Fille d’Ernst Albrecht, un baron de la CDU issu d’une famille patricienne de Hanovre, elle s’est longtemps tenue éloignée de la politique, préférant d’abord se consacrer à la médecine. Ce n’est qu’en 1999, à 41 ans, que cette mère de sept enfants a commencé à s’intéresser sérieusement à la politique, après avoir été repérée par Christian Wulff, président du Land de Basse-Saxe et ami de son père.
Surtout, c’est en portant des combats progressistes qu’Ursula von der Leyen s’est fait une place à la CDU. Nommée par Angela Merkel au ministère de la famille en 2005, elle consacre son énergie à défendre le retour des mères sur le marché du travail, quitte à brusquer les ténors du parti conservateur. Un style apparaît : aller vite, occuper l’espace médiatique, lancer des idées sans toujours consulter ceux qui doivent l’être. Effet garanti, elle se taille une carrure d’étoile montante, et se fait ses premiers ennemis.
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Promue au ministère du travail, elle y peaufine son art du contre-pied en promouvant à l’occasion des mesures sociales allant plus loin que les sociaux-démocrates. Le Spiegel, mordant, la surnomme « Ursula la Rouge ». Le charme n’opérera pas au ministère de la défense. Première femme à ce poste, elle commet des bourdes, apparaît déconnectée, et fait l’objet d’une commission d’enquête parlementaire pour ses recours à des cabinets de conseil. Si bien qu’en 2019, beaucoup d’Allemands la croient en bout de course quand, au terme d’un arrangement pensé par Emmanuel Macron, le Conseil européen la désigne pour diriger la Commission. Une idée qui, croient encore certains, l’aurait rendue redevable au président français…
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« Nous sommes tenus responsables »
D’où une certaine méfiance parmi les eurodéputés PPE, échaudés par un premier mandat « trop à gauche » pour leur goût. Lors de leurs réunions au Parlement européen en 2025, il est arrivé que les élus insistent auprès de Manfred Weber, le président du groupe PPE : « Il faut que tu rappelles à Ursula que la majorité a changé ! » À gauche, de nombreux critiques accusent Ursula von der Leyen d’avoir cédé trop vite. D’autres lui savent gré d’avoir, pour le moment, préservé l’essentiel : l’objectif de neutralité carbone en 2050. « Au sein du PPE, Ursula von der Leyen est restée l’une des plus attachées aux ambitions climatiques », déclare Stéphane Séjourné.
Il y a là, bien sûr, des considérations politiques : ne pas sabrer son propre héritage, et ne pas s’aliéner définitivement les forces de centre gauche au Parlement. Mais pas que. Depuis qu’elle a pris ses fonctions, nombre d’observateurs ont remarqué la propension du 13e étage à amender jusqu’au dernier instant les propositions de la Commission. Beaucoup y voient une tendance déplorable à vouloir tout contrôler. D’autres, un côté bonne élève. D’autres, enfin, un manque de confiance.
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Peut-être aussi y a-t-il autre chose, que cette luthérienne a dévoilé en 2022 lors d’un séjour de deux jours dans la communauté œcuménique de Taizé, en Bourgogne. Ce jour-là, Ursula von der Leyen, qui ne parle presque jamais de sa foi en public, évoque la parabole des talents. « Je suis la personne que je suis parce que je crois. Tout ce que je fais, tout ce que je dis, est influencé par cela, déclare-t-elle devant un parterre de jeunes venus de toute l’Europe. Je crois profondément dans l’idée que nous sommes tenus responsables. Nous pouvons aller à gauche ou à droite, devant ou derrière, ce sont nos décisions. Mais un jour il faudra que j’explique pourquoi j’ai fait cela. »
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« L’arbre se redresse quand il est jeune ; l’homme, quand il est à temps. » : Proverbe chinois — la confiance perdue peut se reconstruire, mais seulement si l’on agit avant qu’il ne soit trop tard. MCD
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« La confiance est le produit de la vulnérabilité qui grandit avec le temps et qui se construit dans les moments difficiles. »— Brené Brown, chercheuse et conférencière américaine, spécialiste de la vulnérabilité et des liens humains. MCD
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« On ne pardonne pas facilement la trahison parce qu’on ne pardonne pas d’avoir été assez naïf pour faire confiance. »— Simone de Beauvoir, écrivaine et philosophe française. MCD.
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« Construire la confiance exige des années ; la détruire, quelques secondes ; la reconstruire, peut-être une éternité. »— Nelson Mandela, homme d’État sud-africain, figure mondiale de la réconciliation. MCD.
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