Canicules, incendies et sécheresse : catastrophes à répétition
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En Gironde, la colère des « sacrifiés » du village de Porge
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Chez les autres ( que le Diois ) aussi ces incendies ont été lamentablement gérés. Et il ne s’agit aucunement de complotisme.
Quatre jours après sa destruction partielle par les feux, et alors que la menace persiste, la préfète du département de la Gironde a fait un déplacement express lundi dans le village du Porge, toujours coupé du monde. Elle a été confrontée au puissant ressentiment des rares habitants à être restés ou revenus.
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Le Porge (Gironde).– Il est 17 heures, lundi 27 juillet, et le ciel est à nouveau bleu au-dessus du Porge, en Gironde. Enfin ! Depuis près d’une semaine, on n’avait plus vu ici ni le soleil ni les étoiles : un voile orangé aussi fascinant qu’effrayant s’était abattu sur ce village niché au cœur d’une interminable forêt de pins, situé à mi-distance du bassin d’Arcachon et de l’étang de Lacanau.
Il y a quatre jours, à la même heure, Le Porge, 3 500 habitants et habitantes, était plongé dans un noir dantesque, avant de subir la loi du feu. Une scène d’apocalypse : une marée de flammes qui déferle à une vitesse folle et qui détruit tout sur son passage, les arbres comme les maisons. Au total, 183 habitations ont été entièrement détruites selon la mairie, soit 12 % des bâtiments du village – sans compter ceux qui ont subi des dommages moins importants : un appentis calciné, une véranda effondrée, un jardin brûlé…
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Le ciel est bleu, donc, mais la colère est noire, quand la préfète de Gironde, Sophie Brocas, arrive à bord de son SUV escorté par des motards de la gendarmerie, dans la commune la plus meurtrie par l’incendie qui, depuis son déclenchement le 21 juillet, a déjà détruit 42 000 hectares de forêt. Passage éclair. Quelques minutes seulement pour témoigner de « la solidarité de l’État ». Pas vraiment le temps d’expliquer pourquoi, quand le feu s’est abattu sur les lieux, les pompiers n’étaient plus là.
Ni de répondre aux innombrables interrogations de celles et ceux qui, en dépit de la menace qui rôde toujours alentour, sont resté·es sur place ou sont revenu·es : pourquoi les avoir forcé·es à fuir jeudi dernier, alors qu’ils et elles auraient pu combattre le feu ? Pourquoi ne pas avoir autorisé des agriculteurs et des agricultrices des environs à venir prêter main-forte, avec leurs citernes pleines d’eau ? Pourquoi faire confiance à des pompiers venus de l’autre bout du pays, certes formés comme il faut, mais étrangers à ce terroir si particulier, à ses secrets et à ses pièges ? Resté sur place après le départ de la préfète, un de ses collaborateurs affronte la tempête de récriminations.
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Autour de lui, le maire, quelques anciens du village, membres de l’Association de défense des forêts contre l’incendie (plus connue dans le Sud-Ouest par son acronyme : DFCI) dont ils portent le gilet jaune, et des volontaires au discours rugueux. « Ces technocrates, ils ne connaissent rien à rien », déplore l’un d’eux, furieux, avant de lâcher des noms d’oiseaux. Il y a quelques minutes encore, il donnait un coup de main aux pompiers pour arroser les terres encore fumantes qui bordent la route reliant Le Porge au Temple. Spectacle de fin de monde sur dix kilomètres : les arbres sont encore debout, mais leurs pieds sont noirs comme du charbon. « Le feu est allé tellement vite qu’il n’a fait que passer », souffle-t-il, avant de refuser de donner son nom.
À ses côtés, Alain Deyres, l’ancien maire de la commune qui revient de l’entrée du village où il jouait le gendarme pour faire respecter l’interdiction de circuler, a du mal à retenir ses larmes. Sa maison a tenu, « grâce aux voisins qui l’ont arrosée », dit-il, mais pas la forêt héritée de ses aïeux : 21 hectares partis en fumée. En tout, la commune a peut-être perdu entre 7 000 et 8 000 hectares, soit la moitié de sa forêt.
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Le vieil homme a fui quand on lui a dit de fuir, dans la nuit du jeudi au vendredi. C’est peut-être ce qui lui a sauvé la vie, à lui comme à d’autres – il n’y a eu aucun blessé, et tout le monde admet que cela relève du miracle, vu la violence du feu. Mais quand il est revenu le lendemain, il en a eu des haut-le-cœur. « Je ne reconnais plus mon beau village », se lamente-t-il en parcourant l’avenue du Bassin-d’Arcachon, longue ligne droite qui mène à Lège-Cap-Ferret et dont la plupart des maisons sont calcinées. Avenue de la désolation, qui donne à voir l’arbitraire des flammes : curieusement, certaines bâtisses sont intactes au milieu du chaos de toits décapités, de murs effondrés, de fenêtres explosées…
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« C’était un choix : on nous a laissés brûler »
Le feu destructeur est passé deux fois au Porge, ainsi que le raconte Pierre Haurouard, ancien conseiller municipal installé ici depuis dix-sept ans. La première fois en venant du nord, de Saumos, où il est « né » et d’où il tire son appellation. C’était le mercredi : les pompiers envoyés en renfort étaient encore là.
La deuxième fois, plus virulent encore – « une déflagration nucléaire », raconte un témoin, un mur jaune « de dix mètres de haut », ajoute un autre – en revenant du sud, à la suite d’un changement de vent subit. C’était dans la nuit du jeudi au vendredi : les pompiers envoyés en renfort n’étaient plus là cette fois, il ne restait plus que ceux du village et leurs deux seuls camions. « Tout d’un coup, à 1 heure du matin, après l’ordre d’évacuation, ils ont disparu sans explication », témoigne Pierre Haurouard.
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D’autres habitants restés sur les lieux confirment. « C’était un choix : on nous a laissés brûler », accuse Alain Blanc, président de la DFCI du Porge depuis vingt-cinq ans et ancien pompier volontaire. Le vieil homme fait partie du petit groupe d’énervés qui entourent le collaborateur de la préfète et l’agonisent de reproches. Personne ne le dit franchement, mais tout le monde croit savoir pourquoi les renforts ont disparu au plus fort de la tempête : le feu menaçait Lège-Cap-Ferret, ses résidentes et résidents deux fois plus nombreux, ses milliers de touristes et ses quelques célébrités.
« Il y a surement de très bonnes raisons à ce départ, cela a dû être réfléchi », commente Pierre Haurouard. Mais celles avancées par le fonctionnaire ne convainquent personne. « L’impression d’avoir été sacrifiés » par les autorités, pour reprendre les termes d’Alain Blanc, passe difficilement. « On n’a pas de grands pontes ici », réagit Alain Deyres, en guise de résumé du ressentiment général.
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« Il fallait sauver les richards de la pointe », ajoute un agriculteur qui dit avoir dormi quinze heures depuis jeudi. Lui a pu sauver sa maison en arrosant tout autour et en combattant les flammes jusqu’au bout de la nuit. Mais ses voisins, qui avaient répondu à l’ordre de fuir, n’ont pas eu cette chance. « Leur maison est partie en fumée », se désole-t-il, avant de s’éloigner.
Alors que le représentant de la préfecture quitte les abords de la salle des fêtes, transformée en PC opérationnel, et reprend la route de Bordeaux, promettant une discussion plus approfondie avec la préfète et se réjouissant de cet échange viril mais sincère, une équipe revient du front, épuisée : ses membres viennent de passer des heures à arroser la terre encore brûlante. Au loin, un panache de fumée rappelle que le monstre de feu n’a pas dit son dernier mot. On annonce du vent pour mardi, et l’on craint de voir le ciel à nouveau se noircir.
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