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Incendies du Sud de la France : l’hécatombe invisible de la faune sauvage

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Les feux de forêt de cet été ont tué de nombreux petits animaux, incapables de fuir les flammes. Les rescapés doivent faire face à un habitat brûlé où la nourriture est rare.

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Un animal mort gît au bord d’une route, à Biscarrosse, dans les Landes, le 28 juillet 2026.
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Louise Deshautels

Ce 26 juillet, la fumée noire qui dévore une parcelle de pins entre Saint-Jean-d’Illac et Marcheprime, en Gironde, rend l’air irrespirable. Soudain, un lièvre surgi de la forêt, passe à toute vitesse devant le mur de flammes. Pas un coup d’œil en arrière ni en direction des pompiers : en quelques secondes, l’animal déguerpit au loin tandis que son habitat continue de se consumer.

Lorsque le monstre de feu a embrasé l’ouest de la Gironde, fin juillet, les habitants de la région ont été évacués. Les animaux domestiques les ont accompagnés ou ont été recueillis par des bénévoles. Mais les animaux sauvages, eux, ont été pris au piège dans les bois ravagés.

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Echapper aux flammes ne garantit pas la survie

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Un nombre considérable a probablement péri durant l’incendie, même s’il reste impossible à établir. Signe de cette hécatombe invisible : les refuges pour animaux sauvages blessés n’ont accueilli que très peu de rescapés. Et échapper aux flammes ne garantit pas la survie : beaucoup succombent dans les jours qui suivent le sinistre, intoxiqués par les fumées, brûlés, déshydratés ou privés d’abri ou de nourriture.

Seuls les animaux les plus rapides parviennent à fuir les murs de flammes, parfois hauts de plusieurs dizaines de mètres. Des massifs rougeoyants se sont échappés des sangliers, des renards ou des chevreuils, selon plusieurs témoins.

Les oiseaux disposent, eux aussi, d’un avantage décisif : ils s’envolent pour échapper au brasier. Ces derniers jours, lors de leurs tournées d’inspection dans les zones incendiées, les équipes de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Aquitaine rapportent n’avoir trouvé aucun cadavre de volatile. Ce qui ne signifie évidemment pas que tous ont survécu.

Moins mobiles, les petits animaux sont bien plus vulnérables. Ils vivent près du sol, là où le feu est le plus destructeur et se déplacent plus lentement. Au côté des pompiers, seules victimes humaines, reptiles, amphibiens, escargots, tortues ou hérissons sont parmi les premières victimes des incendies. En somme, «tous ceux qu’on ne voit pas au premier coup d’œil et qui, pourtant, peuplent les forêts», rappelle Aurore Morin, chargée de mission au sein du Fonds international pour la protection des animaux (International Fund for Animal Welfare – Ifaw), qui lutte pour la protection des animaux sauvages. La plupart meurent lors du passage du feu, brûlés.

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Recherche de nourriture dans un habitat réduit en cendres

Pour les espèces incapables de fuir, une solution existe : se cacher sous terre. Des terriers sont creusés et les pierres deviennent des abris antiflammes. S’ils parviennent à atteindre une profondeur suffisante, «au-delà de dix centimètres dans le sol», selon Romain Garrouste, ingénieur de recherche en taxonomie à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité, la chaleur émise par l’incendie ne les affecte pas. Les insectes sont les premiers à utiliser cette technique. L’entomologiste l’a observé : «Vous pouvez revenir le lendemain d’un brasier et voir des fourmilières. Elles ne sont pas revenues, elles n’ont jamais quitté les lieux.»

Pour les survivants, la priorité redevient, une fois la menace éloignée, la recherche de nourriture dans un habitat réduit en cendres, pareil à une surface lunaire inhospitalière. Après un incendie, la végétation disparaît. «Le feu est un herbivore qui consomme tout d’un coup, illustre Romain Garrouste. Toutes les espèces qui dépendaient de cette ressource végétale vont être impactées.»

Comme le rappelle une étude publiée dans la revue scientifique Conservation en 2023, une fois le feu passé, «l’habitat se simplifie et s’appauvrit […], les arbustes et les herbes remplacent les forêts». Il faut patienter jusqu’aux premières pluies pour que de jeunes pousses sortent des cendres, au moins un an pour que la végétation tapisse entièrement le sol, et plusieurs décennies pour retrouver une forêt dense.

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Une lente régénération des milieux

C’est d’ailleurs pour laisser le temps à la végétation de se régénérer, et offrir une pause à la faune, qu’une pétition intitulée «Pas de fusils sur les cendres» a été lancée sur le site change.org par Bruno Valentin, gérant d’un refuge pour animaux dans le Cantal.

Le texte, qui cumulait près de 415 000 signatures vendredi 7 août, vise à interdire «toute forme de chasse» dans les forêts «ayant subi des incendies durant l’été 2026» pendant trois ans minimum. «C’est juste une question de bon sens, soutient Aurore Morin, membre de l’association Ifaw. Il y a déjà trop de victimes des feux cette année. Pas besoin de leur imposer une pression supplémentaire.»

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Du temps, les animaux sauvages en ont également besoin pour se réapproprier les terres brûlées. Certains n’y reviennent pas du tout dans les premières années. C’est le cas des grands mammifères ou des oiseaux forestiers. Arbres et végétation dense sont nécessaires pour que ces derniers puissent vivre, se cacher, se reproduire, nicher…

Or les flammes créent des espaces plus aérés, composés de jeunes pousses, d’arbustes et de taillis. «Durant la période de régénération du massif, les espèces se succèdent, à chaque fois adaptées à l’évolution de la végétation», remarque Marc Cheylan, naturaliste et chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (Hérault).

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En Gironde, deux ans après les incendies de 2022, le courlis cendré, un oiseau qui n’avait pas été observé dans le département depuis vingt ans, est revenu. «Il a besoin de grands espaces de landes humides, dominés par une plante appelée la molinie, disparue avec les grandes plantations de pins mais qui a repoussé lorsque ces derniers ont brûlé», se réjouit Nicolas Mokuenko, chargé de la mission Biodiversité à la LPO d’Aquitaine.

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Vers un déclin de la biodiversité ?

Si le feu est un phénomène naturel, le changement climatique le rend plus récurrent et plus intense. Cette répétition, parfois tous les dix ans ou même moins dans certains territoires très à risque, pose problème : «Après trois incendies dans la même zone en moins de trente ans, la résilience des plantes et des animaux diminue», détaille Marc Cheylan. La flore n’a pas le temps de repousser avant le retour des flammes et la faune ne retrouve jamais son habitat d’origine. «Dans les décennies à venir, un changement de milieu va se produire, et la biodiversité telle qu’on la connaît va être complètement modifiée», prévient Romain Garrouste.

La situation est particulièrement alarmante pour certaines espèces endémiques des territoires qui subissent de fréquents incendies, comme la tortue d’Hermann. Il était possible de voir sa carapace jaune et noire tout autour de la Méditerranée jusqu’à ce que l’espèce se raréfie au point d’être aujourd’hui menacée d’extinction.

En France métropolitaine, elle ne subsiste plus que dans le Sud-Est, dans les Maures et l’Estérel (Var). En août 2021, des bénévoles ayant mené une opération de sauvetage dans la réserve naturelle de la plaine des Maures, ravagée par un feu de 7 000 hectares, avaient observé une mortalité de 40 % chez les tortues. Cette année, heureusement, l’écrin de verdure a été épargné par les incendies.

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Louise Deshautels

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