« Les forêts ne brûlent pas à cause des écologistes, et encore moins à cause de la biodiversité »
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Le morcellement foncier de la forêt française et l’imprudence humaine sont les deux causes principales des feux, rappelle, dans une tribune, Yann Wehrling, vice-président de la région Ile-de-France chargé de la transition écologique, du climat et de la biodiversité.
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A chaque catastrophe, ses polémiques. Les incendies majeurs qui ont touché plusieurs régions françaises ces dernières semaines n’y échappent pas. Certains ont choisi d’en faire un procès politique : les incendies seraient la conséquence de politiques favorables à la biodiversité ou d’une influence excessive des écologistes dans la gestion des forêts.
Cette accusation appelle une clarification : non, les forêts ne brûlent pas à cause des écologistes, et encore moins à cause de la biodiversité. Pour commencer, il faut s’entendre sur les mots. Le terme « écologiste » recouvre des réalités très différentes. Aux côtés de formations politiques qui s’en réclament existent des milliers de femmes et d’hommes qui, chaque jour, professionnellement ou bénévolement, travaillent à comprendre, à gérer et à protéger les milieux naturels.
Forestiers, scientifiques, gestionnaires d’espaces naturels, agents des collectivités, associations de protection de la nature : l’immense majorité d’entre eux accomplit un travail sérieux, exigeant et fondé sur des connaissances scientifiques. Beaucoup, d’ailleurs, ne se reconnaissent pas dans les prises de position politiques ou dans les polémiques portées par le mouvement Europe Ecologie-Les Verts (EELV) rebaptisé abusivement « Les Ecologistes ». Ils souffrent aujourd’hui d’un amalgame injuste qui consiste à leur attribuer des responsabilités qui ne sont pas les leurs.
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Compromis écologique
Certes, quelques forêts font l’objet d’une gestion particulière, destinée à préserver une biodiversité remarquable. Cela peut conduire à maintenir des sous-bois ou des bois morts indispensables à de nombreuses espèces. Mais ces espaces répondent à des règles précises, définies par les pouvoirs publics et mises en œuvre par des professionnels. Ils ne représentent qu’une part limitée de la forêt française. Prétendre qu’ils seraient responsables des incendies qui frappent notre pays relève davantage du slogan que de l’analyse. Faut-il, pour prévenir les incendies, éliminer systématiquement tout sous-bois au risque de détruire des habitats précieux ? Ce serait un non-sens.
En revanche, il existe un problème sans doute bien plus important puisqu’on parle là de plus de 75 % des surfaces forestières françaises : celles qui appartiennent à des propriétaires privés. Dans certains cas, le morcellement foncier, les successions ou l’absence de gestion active conduisent à un entretien insuffisant des parcelles. Cette réalité est connue depuis longtemps des professionnels de la forêt et ne doit rien à une quelconque doctrine écologiste.
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Mais, surtout, ces polémiques détournent l’attention des véritables causes des départs de feu. Les données disponibles montrent que neuf incendies sur dix ont une origine humaine. Dans sept cas sur dix, ils prennent naissance non au cœur des forêts, mais à leur périphérie : le long des routes, à proximité des zones urbanisées. A Fontainebleau (Seine-et-Marne), une disqueuse le long d’un axe routier près de la forêt serait à l’origine du feu. Dans le Sud-Ouest, ce serait une débroussailleuse.
Mégots jetés d’un véhicule, travaux produisant des étincelles, débroussaillage effectué dans des conditions inadaptées : les causes sont connues. Les réponses le sont tout autant : application stricte des obligations légales de débroussaillement autour des habitations près des forêts, sanctions dissuasives contre les jets de mégot d’un véhicule ; idem pour les chantiers à la lisière durant les périodes à fort risque d’incendie.
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Bien entendu, il serait irresponsable de ne pas entendre les demandes des pompiers qui veulent davantage de chemins d’accès dans les forêts, y compris dans celles qui sont des aires protégées pour la nature. C’est un compromis écologique parfaitement acceptable. Les forêts françaises ne brûlent pas parce que l’on protège la biodiversité. Elles brûlent parce que des activités humaines imprudentes ou criminelles rencontrent des conditions climatiques de plus en plus favorables aux incendies. C’est cette réalité qu’il faut combattre. Pas celles et ceux qui consacrent leur énergie à préserver nos forêts.
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Yann Wehrling est vice-président de la région Ile-de-France chargé de la transition écologique, du climat et de la biodiversité, ancien ambassadeur à l’environnement de 2019 à 2021.