L’Ethiopie détient le record mondial de reforestation
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- L’Ethiopie détient le record mondial de reforestation
Alors que les deux plus grandes forêts tropicales du monde, l’Amazonie et la forêt d’Afrique centrale sont ravagées par des milliers d’incendies, des pays dits en voie de développement ou pauvres replantent massivement des dizaines de millions d’ arbres. L’Ethiopie vient de revendiquer un nouveau record du monde impressionnant avec plus de 353 millions d’arbres plantés en 24 heures !
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En juillet 2017, l’État indien du Madhya Pradesh annonçait avoir mis en terre 66,75 millions de jeunes plants en une journée grâce à environ 1,5 million de volontaires, une mobilisation alors présentée comme un record mondial de plantation d’arbres.
Comme pour la plupart des plantations, le nombre désigne des plants mis en terre, et non des arbres dont la survie à long terme aurait été vérifiée.
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L’Éthiopie avait rejoint dès 2016 l’African Forest Landscape Restoration Initiative (AFR100), avec l’engagement de restaurer 15 millions d’hectares de paysages dégradés d’ici à 2030. AFR100 ne se limite pas au reboisement : la restauration peut aussi passer par l’agroforesterie, la régénération naturelle, la remise en état des pâturages ou une meilleure gestion des sols. En 2026, l’initiative rassemble 34 pays africains ayant promis de restaurer au total 129,5 millions d’hectares.
Le 29 juillet 2019, l’Éthiopie annonçait avoir planté 353 633 660 jeunes plants en douze heures, dépassant largement son objectif initial de 200 millions. Ce décompte, communiqué par le ministre éthiopien de l’Innovation et de la Technologie, Getahun Mekuria, a été relayé par le Programme des Nations unies pour l’environnement.
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Des millions d’Éthiopiens ont participé à l’opération dans près de 1 000 sites. Des administrations et des écoles ont fermé afin de permettre la mobilisation. Le gouvernement annonçait déjà environ 150 millions de plants au bout de six heures, mais le nombre exact de participants et la méthode de consolidation des comptages régionaux n’ont pas été publiés avec suffisamment de précision pour permettre une vérification indépendante.
Cette journée s’inscrivait dans la première campagne nationale « Green Legacy », lancée par le Premier ministre Abiy Ahmed. Son objectif était de mettre en terre quatre milliards de plants pendant la saison des pluies de 2019, entre mai et octobre. Les autorités ont ensuite déclaré que près de quatre milliards de plants avaient effectivement été mis en terre.
Green Legacy est depuis devenue une campagne annuelle. Selon le bilan publié en avril 2026 par le gouvernement éthiopien, plus de 48 milliards de plants auraient été mis en terre depuis 2019 et 12,5 millions d’hectares auraient été réhabilités. Pour la campagne 2026, les autorités ont fixé un nouvel objectif de huit milliards de plants. Ces nombres témoignent d’une capacité de mobilisation exceptionnelle, mais ils restent principalement issus de sources gouvernementales et ne constituent pas, à eux seuls, une mesure de la superficie forestière durablement restaurée.
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Parallèlement, l’Éthiopie maintient son engagement de restaurer 15 millions d’hectares dans le cadre d’AFR100 et du « Challenge de Bonn ». Sa contribution climatique nationale pour 2025-2035 prévoit également de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40,7 % par rapport à un scénario tendanciel grâce à ses ressources propres, et jusqu’à 70,3 % avec un soutien international. La protection des forêts, la restauration des terres et l’agroforesterie occupent une place majeure dans cette stratégie.
Le Challenge de Bonn est un objectif mondial de restauration des paysages déboisés ou dégradés. Il visait 150 millions d’hectares engagés dans un processus de restauration en 2020 et en vise 350 millions en 2030. En 2026, environ 257 millions d’hectares font l’objet de promesses.
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L’Éthiopie : des forêts très dégradées, mais une couverture difficile à mesurer
La FAO estimait la couverture forestière éthiopienne à environ 16,7 millions d’hectares, soit 15,1 % du territoire, en 2020. Une cartographie nationale publiée en 2024 l’évalue à 26,75 millions d’hectares, soit 23,6 %, pour l’année 2023. Cette dernière utilise la définition nationale, qui inclut notamment des formations ligneuses d’au moins 0,5 hectare dont les arbres atteignent ou peuvent atteindre deux mètres de hauteur et 20 % de couvert. Les chiffres de 15,1 % et 23,6 % ne sont donc pas directement comparables.
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La déforestation et la dégradation restent néanmoins importantes en Ethiopie. D’après la soumission forestière de l’Éthiopie à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, les principales pressions sont l’extension des terres agricoles, le prélèvement de bois de chauffage et la production de charbon de bois, le pâturage, les feux, l’exploitation de bois de construction et, dans certaines régions, l’agriculture commerciale. La pauvreté, la croissance démographique, l’insécurité foncière et les difficultés d’application des règles forestières aggravent ces pressions. Le changement climatique ne constitue pas à lui seul une cause de déboisement, mais les sécheresses, les fortes chaleurs et les incendies peuvent augmenter la mortalité des arbres et rendre leur régénération plus difficile.
La disparition ou la dégradation des forêts favorise l’érosion, la perte de fertilité des sols, l’envasement des retenues et la fragmentation des habitats. Ses effets sur l’eau sont plus complexes qu’une simple relation entre arbres et pluie : selon les espèces, les sols et le climat, les arbres peuvent améliorer l’infiltration et limiter le ruissellement, mais des plantations très consommatrices d’eau peuvent aussi réduire localement les débits disponibles.
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Planter est une condition nécessaire mais non suffisante
Au-delà des records, le véritable défi consiste à maintenir les plants en vie et à restaurer durablement le fonctionnement des écosystèmes. Un rapport de l’Institut international pour l’environnement et le développement cite des taux de survie officiels moyens de 83,4 % pour les plantations de 2019 et de 79 % pour celles de 2020. Ses auteurs demandent toutefois de traiter ces valeurs avec prudence en raison de faiblesses dans le suivi, l’entretien et la reddition de comptes. Il n’existe toujours pas de série nationale publique et indépendamment auditée permettant de connaître, plusieurs années après la plantation, la survie par espèce, par région et par type de milieu.
Le succès ne devrait donc pas être évalué seulement en nombre de plants. Il faut aussi mesurer la superficie effectivement restaurée, la survie après plusieurs saisons sèches, la croissance, le stockage de carbone, la fertilité des sols, la disponibilité en eau, la biodiversité et les bénéfices pour les habitants.
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Les principes scientifiques de la restauration forestière recommandent de protéger en priorité les forêts existantes, de favoriser la régénération naturelle lorsque cela est possible, d’utiliser des espèces locales diversifiées et adaptées au climat futur, d’éviter les espèces envahissantes et de placer les communautés locales au cœur des décisions. Planter des arbres dans une prairie naturelle, une savane ou une zone humide peut au contraire dégrader un écosystème déjà riche en biodiversité.
La viabilité économique est tout aussi essentielle. Dans le massif de Balé et d’autres régions forestières, des programmes ont cherché à développer le miel, le café forestier, l’encens, les fruits, l’agroforesterie et d’autres produits qui procurent un revenu sans convertir la forêt en terres agricoles. Ces activités ne peuvent durablement concurrencer le défrichement que si les habitants disposent de droits clairs sur les ressources, d’un accès aux marchés et d’une part équitable des revenus générés par la conservation.
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Planter pour capter du CO2 et gagner de l’argent
L’Éthiopie développe aujourd’hui ces financements à une échelle plus vaste que les premiers projets de Balé. En 2023, elle a signé avec le Fonds BioCarbon de la Banque mondiale un accord pouvant atteindre 40 millions de dollars pour rémunérer des réductions d’émissions obtenues dans les paysages forestiers de l’Oromia, à hauteur d’environ quatre millions de tonnes de CO2 équivalent d’ici à 2030. En décembre 2025, le premier rapport de suivi faisait encore l’objet d’une vérification par un organisme indépendant avant un éventuel premier paiement. Cet exemple montre que la finance carbone peut soutenir les communautés, mais aussi que la mesure et la validation des résultats demandent plusieurs années.
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Un crédit carbone correspond en principe à une tonne de dioxyde de carbone équivalent évitée ou retirée de l’atmosphère par rapport à un scénario de référence. Pour être crédible, le bénéfice doit être additionnel, quantifié, vérifié, durable et ne pas déplacer la déforestation vers une autre zone. Un crédit forestier peut contribuer au financement de la conservation, mais il ne fait pas disparaître physiquement les émissions de l’acheteur et reste exposé aux incendies, aux coupes futures et aux erreurs de calcul.
Les marchés du carbone ne doivent donc être ni présentés comme inutiles par principe, ni comme une solution automatique. Leur efficacité dépend de l’intégrité des méthodes, de la transparence, du partage des bénéfices et de la permanence de la protection. Ils ne peuvent surtout pas remplacer la réduction directe des émissions de combustibles fossiles : une tonne de CO2 émise aujourd’hui agit immédiatement sur le climat, tandis qu’un jeune arbre absorbe progressivement du carbone, peut mourir et finit par atteindre une capacité de stockage limitée.
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Les campagnes éthiopiennes peuvent néanmoins produire des bénéfices considérables lorsqu’elles sont correctement conçues : limitation de l’érosion, amélioration de certains sols, ombrage, bois et fruits, protection de bassins versants, habitats pour la faune et la flore, stockage de carbone et meilleure résistance aux sécheresses. Les services rendus par les forêts dépendent toutefois de leur diversité, de leur âge, de leur état écologique et de leur gestion. Une plantation monospécifique ne remplace pas une forêt naturelle ancienne.
Le reboisement et la restauration des paysages font partie des réponses nécessaires au dérèglement climatique, mais ils ne permettront pas à eux seuls d’éviter le changement climatique en cours. Selon le GIEC, atteindre la neutralité carbone exige à la fois des réductions rapides et profondes des émissions et des absorptions de CO2 destinées principalement à compenser les émissions résiduelles difficiles à éliminer. La priorité reste donc de protéger les forêts existantes, d’arrêter leur conversion et de diminuer l’usage du charbon, du pétrole et du gaz.
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Il y a toujours plus de déforestation que de reforestation
Selon l’Évaluation des ressources forestières mondiales 2025 de la FAO, les forêts couvrent 4,14 milliards d’hectares, soit 32 % des terres émergées. Entre 2015 et 2025, la déforestation a atteint en moyenne 10,9 millions d’hectares par an, tandis que l’expansion des forêts représentait 6,78 millions d’hectares par an, pour une perte nette annuelle de 4,12 millions d’hectares. Cette valeur nette ne doit pas masquer la disparition de forêts naturelles : une jeune plantation ne compense ni immédiatement le carbone, ni la biodiversité, ni les fonctions écologiques d’une forêt ancienne.
Auteur(s)
Ophélie Bontemps