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« Nous devons former toute une société aux premiers secours climatiques »

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Benjamin Gentils, Membre de la Fabrique des Communs Pédagogiques
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Luc Gwiazdzinski, Géographe à l’Ensa Toulouse
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Eric Lenoir, Paysagiste
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Nathanaël Wallenhorst, Chercheur en Sciences de l’Éducation à l’Université Catholique de l’Ouest
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Joëlle Zask, Professeur de philosophie à l’université d’Aix-Marseille, IUF
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Des volontaires aident les pompiers en Gironde, face aux feux qui ravagent la région, le 29 juillet 2026.
Des volontaires aident les pompiers en Gironde, face aux feux qui ravagent la région, le 29 juillet 2026. 
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Canicule, sécheresse, incendies : l’été 2026 confirme une bascule climatique. Face à la multiplication des catastrophes naturelles, des acteurs de l’éducation populaire et des universitaires appellent à former toute une société aux premiers secours climatiques, à commencer par sa jeunesse.

Au 31 juillet 2026, plus de 115 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de l’année et une trentaine d’incendies étaient encore en cours. Des feux majeurs ont frappé la Gironde, les Landes, le Var et la forêt de Fontainebleau, tandis que le danger s’étend désormais bien au-delà des régions habituellement touchées. Cet été dessine les contours d’une nouvelle réalité climatique.

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Si notre pays tient, c’est d’abord grâce à l’engagement de femmes et d’hommes qui acceptent de se rendre disponibles pour protéger les autres. Près de 80 % des sapeurs-pompiers français sont volontaires, 200 000 bénévoles agissent dans les associations agréées de sécurité civile, tandis que des citoyens rejoignent les réserves communales : ils constituent le socle d’un service public de secours fondé sur la proximité, l’engagement citoyen et la solidarité.

Mais combien de temps ce modèle pourra-t-il absorber la multiplication des incendies, des canicules, des inondations et des événements extrêmes ?

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Faire de chacun un acteur de la résilience

Cet été ne doit pas être considéré comme une parenthèse exceptionnelle avant un retour à la normale. Il annonce les étés auxquels nous devons désormais nous préparer. Une société ne devient pas robuste au moment où la catastrophe survient : elle le devient en amont, lorsqu’elle apprend à anticiper les risques, à protéger les plus vulnérables, à organiser l’entraide, le soin et à agir collectivement.

Bien qu’elle ne doive pas se substituer à une politique de réduction des émissions et de transformation de nos modes de consommation, l’adaptation est indispensable pour protéger le vivant, humain comme non humain, face à des effets déjà présents.

Il est primordial d’élargir la culture du secours au-delà des seuls professionnels et volontaires déjà engagés. Nous devons former toute une société aux premiers secours climatiques, à commencer par sa jeunesse. Comme les premiers secours font de chacun un maillon de la chaîne de survie, les premiers secours climatiques doivent faire de chacun un acteur de la résilience face aux conséquences du réchauffement climatique.

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Accompagner les jeunes face à la bascule climatique

Cette préparation concerne d’abord la jeunesse car c’est elle qui subira les conséquences les plus longues de la crise. En 2026, l’Unicef estime que 1,1 milliard d’enfants sont exposés à au moins trois aléas climatiques conjugués. La crise climatique menace directement leurs droits à la santé, à l’éducation, à la protection et à un environnement sain.

Benigno Cacérès, fondateur de Peuple et Culture, définissait l’éducation populaire comme « l’ensemble des moyens qui permettent de donner à tous les hommes l’instruction et la formation nécessaires afin qu’ils deviennent des citoyens aptes à participer activement à la vie du pays ». Des mouvements de jeunesse aux centres sociaux, des colonies de vacances aux associations d’éducation à l’environnement, l’éducation populaire n’a jamais séparé l’émancipation individuelle de la transformation sociale et a accompagné des générations entières dans le développement de leur pouvoir d’agir.

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Au moment de la bascule climatique, ces associations ont une responsabilité historique. Leur mission doit prendre une nouvelle ampleur : accompagner les jeunes à enquêter sur leur territoire, à connaître les risques locaux, à repérer les personnes vulnérables, à organiser l’entraide, à réagir face à une inondation ou à un incendie. Elles doivent également pouvoir participer, en amont, à l’adaptation d’une cour d’école ou d’un quartier aux épisodes caniculaires, comme à un plan local de prévention du risque inondation.

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Préparer aux catastrophes sans s’y résigner

Cet engagement auprès des jeunes ne pourra être porté par les associations seules. Il doit se construire en coopération étroite avec les pompiers et la sécurité civile, les entreprises, la recherche, les services de l’État et surtout les collectivités territoriales. Les communes constituent le premier niveau de réponse aux crises : elles connaissent les vulnérabilités, les lieux refuges et les réseaux de solidarité de leur territoire.

Former aux premiers secours climatiques, c’est préparer aux catastrophes sans s’y résigner. C’est apprendre à protéger et à prévenir, à secourir et à prendre soin des autres, des lieux et du vivant. Nous appelons donc à la création d’un programme national de premiers secours climatiques, décliné dans les écoles, les accueils collectifs de mineurs et les mouvements de jeunesse de tous les territoires.

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Alors que la crise climatique bouleverse notre avenir commun, l’éducation populaire doit redevenir une grande force civique. Appelons la jeunesse à s’émanciper en prenant sa part, aux côtés de toute la société, pour tenter de conserver un monde habitable.

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