L’humanisme n’est pas une idée neuve, mais une idée à réinventer à chaque nouvelle étape historique du développement humain.

Plusieurs mutations rapides ont déjà révolutionné au 21e siècle le rapport de l’humanité à son environnement. Le modèle traditionnel de croissance épuise les ressources et se heurte aux limites biophysiques de la planète. Les inégalités augmentent et se complexifient quand dans le même temps, l’essor des pays émergents, les transformations sociales, les transitions démocratiques suscitent de nouveaux espoirs de réduction de la pauvreté, de promotion des droits humains. L’essor des technologies de l’information crée un nouvel espace public mondial qui rapproche les cultures et les peuples, tout en exacerbant parfois les malentendus et les tensions. Les crises multiples qui touchent les sociétés et mettent à rude épreuve les capacités des Etats s’accompagnent aussi d’un foisonnement d’idées nouvelles, de projets novateurs. Nous voyons émerger de nouveaux acteurs, issus de la société civile, des jeunes, qui inventent de nouvelles formes de solidarité et d’action sociale. Ils puisent dans les ressources illimitées de l’intelligence humaine et font naître l’espoir d’un nouvel humanisme, adapté aux défis de notre temps.

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Être humaniste aujourd’hui, c’est adapter la force d’un message ancestral aux exigences du monde moderne. Repenser les conditions de la compréhension mutuelle et de l’édification de la paix. Repenser la protection de la dignité humaine, et les moyens de réaliser pleinement le potentiel de chaque individu.

L’élan libérateur qui traverse l’histoire de l’humanisme nous sert de guide. Le philosophe Pic de la Mirandole en a défini au 15e siècle le concept central : la dignité humaine réside dans la faculté propre à l’être humain de se donner lui-même la forme qu’il se choisit. Cet effort d’auto-formation n’a pas de fin, et il commence toujours par l’éducation. Ce principe est le même aujourd’hui, bien que nous ayons changé d’échelle : il ne s’agit plus d’éduquer une catégorie de personnes privilégiées, mais d’assurer l’accès à l’éducation de qualité pour chaque homme et femme, chaque fille et garçon, et libérer ainsi un potentiel de développement inédit dans l’histoire. Cinquante-sept millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire manquent aujourd’hui à l’appel de la classe. Parmi ceux qui ont la chance d’accéder à l’école, plusieurs millions n’y apprennent quasiment rien, et ne savent ni lire, ni écrire, ni compter lorsqu’ils en sortent. Il faut d’urgence recruter et former les enseignants dont cette jeunesse a besoin, y compris en utilisant les nouveaux outils d’internet et des téléphones mobiles, qui permettent de porter l’éducation jusque dans les endroits où il n’y a pas d’école.

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Cet effort pour la formation individuelle est inséparable d’une ambition collective, qui est l’autre composante essentielle de l’humanisme. L’être humain se réalise pleinement en communauté. Le rapport Delors commandé par l’UNESCO il y a près de 20 ans, l’Education : un trésor est caché dedans, indiquait déjà la voie à suivre en reconnaissant que l’éducation culmine dans le savoir-vivre ensemble.

Toutes les cultures du monde se rejoignent dans l’unité de la civilisation humaine. L’humanisme est un effort sans cesse renouvelé pour mettre en évidence les valeurs communes et les liens parfois cachés, toujours profonds, qui relient ensemble les peuples et les cultures. Le patrimoine mondial porte la trace de ces échanges et de ces influences réciproques. Il est le grand livre ouvert de nos relations réciproques, que l’éducation peut aider à découvrir. La connaissance de l’histoire nous apprend que les droits fondamentaux inscrits dans la charte du Manden, transmise depuis le 12e siècle au Mali, ne sont pas si différents de ceux de la Magna Carta, rédigée au même moment en Angleterre. Aucune culture n’est isolée, et nous avons besoin les uns des autres pour être pleinement nous-mêmes. L’UNESCO s’efforce de mobiliser les ressources de l’éducation, de la culture, du partage des savoirs pour mettre à jours ces liens qui nous rapprochent et nous aident à mieux vivre ensemble dans des sociétés plus métissées.

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Chaque culture est une clé de compréhension du monde. Nos ressources naturelles s’amenuisent, ne dilapidons pas celles de l’esprit. Donnons-nous les moyens de les faire fructifier, en construisant des systèmes éducatifs plus robustes, plus flexibles, plus ouverts, plus adaptés aux enjeux du siècle. Une éducation de qualité suppose aujourd’hui la prise en compte de nouvelles dimensions : l’enseignement technique et la formation professionnelle, qui peut aider des millions de jeunes à trouver le chemin de l’emploi; l’éducation au développement durable; la formation interculturelle; l’éducation aux droits humains, qui ouvre la voie d’une citoyenneté mondiale. Cette ambition est au cœur des efforts de l’UNESCO pour atteindre les objectifs de l’Education pour tous.

Ce projet n’est pas utopique : l’histoire récente a montré la force de la dynamique de l’union. J’appartiens à la génération qui a connu l’Europe divisée, et qui pourtant a su tirer les leçons du passé pour unifier le continent. La Déclaration universelle des droits de l’homme a vu le jour quelques années seulement après la guerre et reste aujourd’hui encore un texte d’une portée considérable. Cinquante ans plus tard, la déclaration commune des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le développement fixe un agenda politique concret qui est un plan d’action humaniste par excellence. Il nous revient de le réussir, et de prolonger son effort au-delà de 2015. Il faut oser saisir cette chance, sans jamais céder aux forces du scepticisme. Rappelons-nous le message de Pic de la Mirandole : l’être humain peut être libre et son potentiel est sans limites.

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