Du 7-Octobre et trois ans de génocide contre la Palestine : une onde de choc planétaire….
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Du génocide à Gaza à la guerre avec l’Iran, les représailles à l’assaut du Hamas, n’en finissent pas de semer le chaos bien au-delà de l’espace israélo-palestinien.
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Un autocollant portant l’inscription en hébreu « L’Holocauste de Netanyahu » sur une banderole représentant le Premier ministre israélien lors d’une manifestation antigouvernementale, à Tel-Aviv, le 5 juillet 2025.
On dit désormais le 7-Octobre comme on dit le 11-Septembre pour les attentats de 2001 contre les tours jumelles de New York. C’est la marque des événements qui ont changé le monde. L’assaut mené par le Hamas le 7 octobre 2023 a, assurément, bouleversé la donne internationale bien au-delà de l’espace israélo-palestinien. Trois ans plus tard, on peine encore à en mesurer les conséquences. Souvenons-nous. Pendant quelques heures, le monde occidental a été plongé dans une profonde sidération, avant que la riposte israélienne se déchaîne, en même temps qu’un lexique se mettait en place, principalement avec deux mots qui sonnaient comme des évidences : « terrorisme » et « islamisme ». Terrorisme ? Le mot a fait débat. Le philosophe Étienne Balibar l’a tranché en estimant que les crimes du Hamas « justifient qu’on parle de terrorisme, non seulement à propos des actions, mais à propos de l’organisation de résistance armée qui les planifie (1) ».
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Lire absolument le livre d’Étienne Balibar, Palestine, face au génocide suivi de L’Antisémitisme et ses doubles (Éditions Divergences, 2026).
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En revanche, la référence à l’islamisme est lourde de manipulations. Car si le Hamas est en effet une organisation issue des Frères musulmans, il agit en tant qu’organisation palestinienne en lutte contre le colonialisme israélien. L’imputation d’« islamisme » visait clairement à nier le caractère colonial du conflit et, plus encore, à amalgamer le Hamas à Daech. Le 7-Octobre s’inscrivait ainsi frauduleusement dans une perspective de djihad global, comme les attentats de Paris en 2015. Cette imposture sémantique a permis aux droites et extrêmes droites françaises et européennes de promouvoir le gouvernement israélien en fer de lance de la lutte civilisationnelle contre l’islam. Une autre confusion a immédiatement été organisée, requalifiant le 7-Octobre en acte antisémite, tentant ainsi de mobiliser les Juifs de la diaspora en défense de la politique israélienne, au risque d’encourager l’antisémitisme.
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L’aile la plus extrémiste du sionisme, incarnée par s’est emparée du 7-Octobre pour justifier l’injustifiable.
La suite a pourtant amplement confirmé le caractère colonial du conflit. Surfant sur l’effroi provoqué par la barbarie de l’attaque du Hamas, les 1 200 morts, les 250 otages, les viols, Israël a partiellement rasé Gaza pour en faire une nouvelle terre de conquête, et accéléré le processus d’annexion de la Cisjordanie. Avant, dans le même élan, d’entraîner les États-Unis dans une guerre désastreuse contre l’Iran. L’aile la plus extrémiste du sionisme, incarnée par les deux ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, s’est emparée du 7-Octobre pour justifier l’injustifiable : des pogroms contre les villages de Cisjordanie et l’anéantissement de Gaza. Le chef de file des suprémacistes juifs, Itamar Ben Gvir, ne s’y était d’ailleurs pas trompé. En janvier 2024, il célébrait à Jérusalem « la fête de la victoire ». Un paradoxe quand les Israéliens pleuraient leurs morts et suppliaient leur gouvernement d’agir pour obtenir la libération des otages. Mais un paradoxe seulement, car Ben Gvir avait entrevu le profit qu’il pouvait tirer de la situation.
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L’effroyable s’est rapidement déplacé de l’espace en bordure de Gaza, où avait opéré le Hamas, à l’intérieur même du territoire palestinien.
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Au comble d’une sidération victimaire que les capitales occidentales partageaient avec Israël, personne, pensait-il, n’oserait entraver une brutale accélération de l’entreprise coloniale. Il comptait sur la complicité américaine et sur la lâcheté européenne. Il avait vu juste. L’effroyable s’est rapidement déplacé de l’espace en bordure de Gaza, où avait opéré le Hamas, à l’intérieur même du territoire palestinien. « Il n’y a pas d’innocents à Gaza », avait déclaré un ministre, tandis qu’un autre comparait les Palestiniens à des animaux. À l’abri du slogan « droit d’Israël à se défendre », repris par tous les médias français, un génocide s’accomplissait à Gaza où l’on comptait bientôt des dizaines de milliers de morts, jusqu’à 73 000 dénombrés aujourd’hui. Non content de tuer avec ses bombes, Israël s’attaquait biologiquement à tout ce qui permettait la vie : nourriture, purificateurs d’eau, hôpitaux, médicaments.
L’Afrique du Sud, la première, portait en décembre 2023 la question du génocide devant la Cour internationale de justice. La rapporteuse de l’ONU, Francesca Albanese, en mars 2024, puis Amnesty International dénonçaient dans des rapports documentés le processus génocidaire en cours. Mais rien ne pouvait ralentir l’ardeur criminelle du gouvernement Netanyahou, qui interdisait à la presse indépendante d’entrer à Gaza, et à l’opinion israélienne de voir et de savoir. Le traumatisme du 7-Octobre, qui s’étirait des mois durant avec la détention des otages, assurait au gouvernement un soutien très majoritaire. Les délirantes déclarations de Donald Trump annonçant en février 2025 son intention de transformer Gaza en « Riviera » pour milliardaires montraient le peu de cas que l’on faisait d’une population à l’agonie.
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La vérité, c’est que le 7-Octobre s’est inscrit dans la longue histoire du sionisme. Il a rapproché les plus fascisants des activistes de leur but.
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En réalité, rien ne bougeait, si ce n’est le nombre des victimes civiles ciblées par des bombardements incessants. Tandis qu’en Cisjordanie des hordes de colons, armés par des ministres, organisaient des pogroms pour chasser des familles de leurs terres. Parallèlement, Netanyahou se lançait tous azimuts dans des guerres présentées comme défensives. Au Sud-Liban, l’ampleur des destructions montrait que le démantèlement du Hezbollah et l’exécution de son chef Hassan Nasrallah, tué en septembre 2024, n’étaient pas le seul objectif. Rendu inhabitable, un vaste territoire, qui s’étend désormais au-delà du fleuve Litani, est convoité par les colons. La vérité, c’est que le 7-Octobre s’est inscrit dans la longue histoire du sionisme. Il a rapproché les plus fascisants des activistes de leur but : l’expulsion ou l’extermination des Palestiniens. L’assaut du Hamas aura été la pièce manquante d’un puzzle qui comprenait déjà la loi de juillet 2018 dite de « l’État-nation du peuple juif », qui légalisait un racisme d’État, et l’intégration, en décembre 2022, de ministres suprémacistes juifs dans la coalition de Benyamin Netanyahou.
Mais comment tout cela a-t-il été possible ? Il a fallu un alignement des planètes avec un Premier ministre corrompu qui doit sa survie politique et sa liberté à un état de guerre permanent. Il a fallu un président américain dépendant d’un électorat chrétien ultra-sioniste. Il a fallu des capitales européennes trichant avec la vérité. À ce jeu sordide du faux-fuyant, Emmanuel Macron n’a pas été le dernier. Sa reconnaissance tardive de l’État de Palestine, en septembre 2025, n’a pas fait longtemps illusion. Et toutes les sanctions visant personnellement les ministres suprémacistes, puis interdisant le commerce avec les colonies (en septembre 2026) ont soigneusement contourné la responsabilité de l’État d’Israël en tant que tel, que seule la rupture de l’accord d’association avec l’Union européenne pourrait frapper significativement.
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C’est ce que le météorologue américain Edward Lorenz avait appelé le battement d’ailes du papillon. Mais le papillon ici est un criminel de guerre.
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Car les colons qui se livrent à des pogroms, et qui se mobilisaient fin septembre en bordure de Gaza, ne sont pas seulement des délinquants dépenaillés. Ils agissent de concert avec l’armée et préparent le terrain à de massifs programmes de constructions. Dont le plus important en zone E1 qui devrait rompre la continuité entre le nord et le sud de la Cisjordanie. Il est vrai que l’Europe n’est pas unanime quand il s’agit d’Israël, et que l’Allemagne bloque toute sanction. Mais cela n’a pas empêché l’Espagne de prendre position. Le président français, lui, ne veut pas aller à contre-courant d’un paysage politique de droite très pro-israélien, quand ce n’est pas ouvertement anti-arabe. Il s’est employé à bâillonner les mouvements de soutien aux Palestiniens en amalgamant antisionisme et antisémitisme. Il est lui-même un pur produit de la culture coloniale occidentale. Et lorsqu’il fait mine d’élever la voix, comme le 22 septembre à la tribune de l’ONU, il commet une bourde qui ruine tout son discours et fait le jeu de Netanyahou (2).
Si l’on voulait dresser un bilan global du 7-Octobre et surtout de ce qui s’ensuivit, on ne serait pas loin de la théorie du chaos. Pour les Palestiniens, un génocide et une épuration ethnique. Pour les Libanais, des destructions massives au sud de leur pays. Des bombes en Syrie et en Irak. Pour le reste du monde, une montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Et aujourd’hui, une crise économique mondiale. Car si les médias ont souvent une mémoire défaillante, n’oublions pas que c’est Netanyahou qui a entraîné Trump dans l’aventure iranienne. Trois ans après le 7-Octobre, nous en sommes au blocage du détroit d’Ormuz, aux menaces sur Bab el-Mandeb, en sortie de la mer Rouge, et à une flambée des prix des hydrocarbures. C’est un peu ce que le météorologue américain Edward Lorenz avait appelé le battement d’ailes du papillon, qui au Brésil provoque une tornade au Texas. Mais le papillon ici est un criminel de guerre.
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