Mémoires féminines de la Commune de Paris.
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Les célébrations en tant qu’outil de militantisme internationaliste
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Mémoires féminines de la Commune de Paris. Les célébrations en tant qu’outil de militantisme internationaliste — Au lendemain de la Semaine sanglante, des militantes internationalistes participent à la construction d’un discours mémoriel en soutien à la Commune de Paris. Les anciennes communardes, troublées par la répression subie, font de leur témoignage un outil revendicatif en appelant à une plus grande mobilisation de femmes à l’avenir. Les commémorations sont alors l’occasion de construire un souvenir de la Commune au féminin, mais l’héroïsation de la seule figure de Louise Michel catalyse souvent le discours. Ainsi simplifiée, la mémoire n’en devient pas moins un outil de légitimation du mouvement socialiste féminin jusqu’au début du xxe siècle, en dépit de ses crises politiques.
Texte intégral.
- 1 Éric Fournier, « La Commune n’est pas morte » : Les usages politiques du passé, de 1871 à nos jours(...)
- 2 Voir Édith Thomas, Les pétroleuses, nouvelle édition préfacée et enrichie par Chloé Leprince, Paris (...)
- 3 É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit., p. 37.
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1La défense de la Commune, au lendemain de l’événement (18 mars – 21 mai 1871), se révèle un enjeu de taille pour le mouvement socialiste, qui la perçoit comme la première manifestation du pouvoir ouvrier. Les militants tentent alors de trouver un espace médiatique face à l’acharnement des contre-révolutionnaires, qui accusent les communards de toutes sortes de crimes avant de procéder à ce qu’Éric Fournier nomme leur damnatio memoriae1. Dans ce cadre, les récits et imaginaires qui se construisent autour des femmes de la Commune sont particulièrement manichéens. Si les communardes sont glorifiées par les socialistes, qui voient dans leur engagement la preuve de l’universalité de la Commune, elles sont incriminées en tant que « pétroleuses2 » par les autorités et les conservateurs pour démontrer la perversion morale qui se cache derrière la révolution. Actives dans les clubs, dans les services d’ambulances et cantines, mais aussi sur les barricades, les communardes affiliées à l’Association internationale des travailleurs (1864-1876 ; ci-après AIT) n’entendent pas être laissées pour compte dans les dynamiques mémorielles qui se déploient dès la fin de la Semaine sanglante. Puisque leur engagement avait commencé avant 1871, elles perçoivent la parenthèse communarde dans une continuité des luttes. Dès lors, la préservation du souvenir de l’héroïsme féminin devient un outil de militantisme tourné vers l’avenir, car il est destiné à légitimer non seulement les actions des communardes individuellement, mais surtout la possibilité d’un mouvement socialiste au féminin. En effet, l’inclusion des femmes dans l’AIT ne s’était pas faite sans remous, et en 1866-1867 les congrès internationaux, lieux clos masculins, s’étaient prononcés contre le travail féminin dans l’industrie. L’usage politique de la mémoire des communardes vise donc à valoriser l’activisme féminin, aux yeux de l’Internationale aussi, et à participer à l’ébauche globale d’une « contre-mémoire communarde3 » face aux détracteurs.
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- 4 Voir Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution (...)
- 5 Voir Jacques Rougerie, « Les femmes de 1871 », dans Christine Faure (dir.), Encyclopédie politique (...)
- 6 Marion Charpenel, « Les enjeux de la mémoire chez les historiennes des femmes, 1970-2001 », Actes d (…)
- 7 Voir Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Déco (…)
- 8 Voir Patrick Farges et Anne-Marie Saint-Gille (dir.), Le premier féminisme allemand. Un mouvement s (…)
- 9 Carolyne Fayolle et Isabelle Matamoros, « Introduction. Féministes et révolutionnaires : restituer (…)
- 10 Voir Adrien Ranvier, « Une féministe de 1848 : Jeanne Deroin », La Révolution de 1848. Bulletin de (...)
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2Malgré l’intérêt historiographique grandissant pour l’étude des femmes en révolution4, y compris dans la Commune5, la mémoire féminine en demeure l’un des principaux angles morts. Les gender studies dans les années 1980 ont développé une tendance à l’« évitement de l’objet mémoire6 », alors que l’historiographie connaissait dans la même période le « moment-mémoire » initié par Pierre Nora. À partir des années 1990, l’émergence d’un intérêt pour la mémoire révolutionnaire des femmes a produit des approches qui se penchent plutôt sur les échos7 et les héritages8. Caroline Fayolle et Isabelle Matamoros relèvent en ce sens que l’historiographie des féminismes, « qui s’est longtemps interrogée sur les “oublis” de la mémoire féministe et les redécouvertes tardives, revient aujourd’hui sur les influences durables des premières féministes et sur l’héritage mémoriel parfois trouble qui les lie aux révolutions antérieures », car « les féministes sont également connectées entre elles […] parfois par une mémoire des luttes précédentes9 » – ce que Jeanne Deroin affirmait déjà en 1848 à l’égard des femmes de 178910.
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- 11 Voir É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit. ; Laure Godineau, « “Elle n’est pas mor (…)
- 12 Voir Micheline Zanatta, L’héritage de la Commune de Paris à Liège (1871-2021), Seraing, IHOES, 2021
- 13 Voir Ginés Puente Pérez, « “La Commune ha muerto. ¡Viva la Commune!” : Mujeres Anarquistas en las C (…)
- 14 Voir Alice Primi, « La “porte entrebâillée du journalisme”, une brèche vers la Cité : Femmes, press (...)
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3La mémoire féminine de la Commune comme objet d’étude à part entière peine à émerger dans les travaux consacrés à la mémoire communarde11, aux communardes elles-mêmes, ou encore aux réceptions transnationales de l’expérience communaliste – à l’exception notable des recherches de Micheline Zanatta12 et Ginés Puente Pérez13. Malgré la rareté des mémoires publiés et des archives privées des communardes internationalistes, il est possible de saisir les particularités du discours mémoriel au féminin jusqu’au début du xxe siècle grâce à la presse de l’AIT et aux archives policières. Ce discours s’exprime surtout dans l’espace public, par le biais d’efforts collectifs ou individuels des femmes pour s’inclure dans la mémoire révolutionnaire. La presse permet particulièrement de saisir les mises en récit des femmes et leur propre lecture des évènements14, par la restitution des actions et allocutions commémoratives.
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- 15 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 75.
4Interroger les sources au prisme du genre et d’une approche transnationale permet de mettre en lumière les répercussions durables de la Commune au-delà de la France, et comment celle-ci constitue également pour les femmes un « événement médiatique global15 ». En outre, croiser mémoire et engagement militant permet d’aborder la manière dont la Commune sert de mythe mobilisateur pour les internationalistes, et comment les femmes ont négocié leur part dans la construction mémorielle. Il s’agira donc ici de questionner comment, par le travail mémoriel, en s’appropriant des références et symboles héroïques, les militantes socialistes se forgent une identité collective vouée à réclamer une place égale dans les dynamiques internationalistes.
5Trois phases se distinguent dans la diffusion d’une mémoire féminine de la Commune au xixe siècle : sur le temps court, en 1871, les internationalistes exilées participent dans l’urgence à une contre-mémoire qui entend répondre à la répression et la criminalisation ; à partir de 1872 et jusqu’à l’amnistie de 1880, les enjeux mémoriels sont saisis par un éventail plus large de militantes de l’AIT, permettant de consolider l’identité du mouvement ouvrier féminin ; les deux dernières décennies du siècle se caractérisent par la transmission de la mémoire féminine à une nouvelle génération militante, qui participe néanmoins à une simplification aux traits dissonants.
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Témoigner en exil : une urgence d’agir pour se légitimer soi-même et les autres
- 16 Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis d’Amsterdam (désormais IISG), International work (…)
- 17 Michèle Audin, La Semaine sanglante : Mai 1871. Légendes et comptes, Paris, Libertalia, 2021, p. 71 (...)
6À l’issue de la Semaine sanglante, plusieurs communardes internationalistes éprouvent le besoin de défendre les événements révolutionnaires à partir de leurs propres témoignages. Toutefois, il n’y a qu’une poignée de rescapées qui parviennent à faire entendre publiquement leur position. Des protagonistes de la Commune comme Nathalie Le Mel ou Elisabeth Dmitrieff, dirigeantes de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, sont victimes de la répression et ne peuvent donc pas participer à la mémorialisation. En effet, la première est arrêtée et purge sa peine en Nouvelle-Calédonie avec Louise Michel, alors que la seconde, après un court séjour en Suisse sous la menace d’un mandat d’arrêt16, rentre en Russie en octobre 1871 et s’éloigne de l’AIT. Parmi les exilées, peu disposent de compétences oratoires et journalistiques, et ce sont celles qui avaient déjà acquis une certaine notoriété avant même la Commune qui se montrent les plus actives. C’est le cas notamment d’André Léo (née Victoire Léodile Béra, 1824-1900), de Paule Mink (née Adèle Pauline Mekarski, 1839-1901), ou encore de Mina Puccinelli (née Wilhelmine Müeller, 1835-1882), qui mettent à profit leur propre vécu pour multiplier les interventions en Suisse et en Belgique, où elles ne risquent pas d’extradition et peuvent profiter d’une relative liberté d’expression. En condamnant la violence versaillaise, elles visent en même temps à glorifier la Commune en tant que modèle de révolution émancipatrice, et, par-là, à appeler les femmes à rejoindre plus nombreuses encore l’Internationale. Notons que, d’après Michèle Audin, très peu de communards ont été témoins oculaires des massacres17 : les exilées usent donc probablement de récits indirects, tout en employant un « je » qui personnalise l’expérience de la violence répressive. Ainsi, bien que prenant des formes disparates, la transmission de la mémoire individuelle se révèle avantageuse : elle leur permet de trouver une place légitime dans les nouvelles dynamiques militantes de la proscription, et de pouvoir mieux agir de ce fait en faveur du développement du mouvement ouvrier féminin.
7Durant les premières semaines qui suivent la chute de la Commune, l’urgence d’intervenir se fait ressentir surtout face à la pression médiatique couplée aux répressions encore en cours en France. Les militantes mobilisent alors le récit des massacres pour susciter l’empathie des publics étrangers, afin qu’ils agissent à leur tour pour mettre fin aux violences. André Léo, réputée depuis 1859 pour ses romans à thèse, exprime ce besoin dès son arrivée à La Chaux-de-Fonds, dans une lettre à ses amies et camarades alsaciennes Élise Grimm et Mathilde Roederer le 2 août 1871 :
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- 18 James Guillaume, L’Internationale, documents et souvenirs (1864-1878), Paris, Société nouvelle de l (…)
Quelles scènes ! […] quelles horreurs ! La pensée seule de les dire, de les dénoncer à la conscience humaine me consolerait de vivre après tant de martyrs. J’en commence demain ici le récit public. Je le porterai à Genève, en Angleterre, partout où je pourrai être entendue18.
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- 19 Voir Louise Michel, La Commune de Paris, Paris, La Découverte, 2015 p. 296.
- 20 Voir J. Guillaume, L’Internationale…, op. cit., t. II, p. 166-167.
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8Le devoir de transmission des souvenirs découle ainsi initialement d’un choc qui engendre un syndrome du survivant. Léo songe sans doute aux combats auxquels elle a pris part à la barricade des Batignolles19, aux exécutions sommaires, et aux deux mois pendant lesquels elle restée cachée dans une mansarde chez une camarade20.
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- 21 Sylvie Aprile, Le siècle des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS éditions (…)
- 22 Voir Alain Dalotel, Aux origines de la Commune : le mouvement des réunions publiques à Paris, 1868- (…)
- 23 Voir Florence Loriaux, Femmes et exil durant la Première Internationale, Bruxelles, CARHOP (Centre (…)
- 24 Voir Hubert Wouters, Documenten betreffende de geschiedenis der arbeidersbeweging ten tijde van de (…)
- 25 La Meuse, 28 octobre 1871.
- 26 Archives de la Préfecture de police de Paris (désormais APP), Ba 431, f. 130, Rapport de Genève, 30 (...)
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9Cette nécessité immédiate de dénoncer les violences est aussi conditionnée par un besoin de ne pas rester en marge des nouvelles dynamiques politiques de l’exil. Si, d’après Sylvie Aprile, « l’entretien de la mémoire de la Commune est une façon de maintenir un semblant d’action21 », pour les réfugiées c’est aussi une façon de ne pas être reléguées au rôle militant subalterne qui était le leur avant 1871. Étant donné que leur légitimation en tant que révolutionnaires donne un nouveau souffle à leur parcours d’oratrices, ces militantes s’érigent en porte-paroles de la mémoire communarde dans les tribunes de l’Internationale. En Suisse, Paule Mink, journaliste et conférencière, adhérente de l’AIT depuis sa participation aux réunions publiques parisiennes22, et désormais réfugiée à Genève, est priée en juillet 1871 de prononcer une allocution en faveur de la Commune à l’occasion d’une collecte pour une grève à Saint-Gall. L’invitation est renouvelée en octobre lors de la fête d’anniversaire de la section genevoise, à Carouge. En Belgique, Mina Puccinelli, née en Pologne prussienne, ancienne directrice du journal politique et satirique El León à Madrid en 1870, puis volontaire dans l’Armée des Vosges sous les ordres de Giuseppe Garibaldi23, prête main-forte à l’AIT dès octobre 187124. Seule femme à prendre la parole durant les banquets, elle est ainsi l’invitée d’honneur de plusieurs réunions publiques à Verviers, Dison et Liège, où elle raconte ses faits d’armes et exprime sa sympathie avec la Commune. Les affiches qui annoncent ses conférences sont rigoureusement rouges, et elle est décrite dans la presse comme un « diable rose » et une « valeureuse guerrière »25. Surveillée étroitement par la police, elle est finalement expulsée de Belgique ; elle intègre alors l’Internationale à Genève, puis rejoint les républicains espagnols en avril 187226. La conscience qu’ont les militantes de pouvoir bénéficier d’une légitimité au prisme de leur précédent engagement révolutionnaire est particulièrement visible en juillet 1872, lorsque Mink, afin d’être incluse dans un groupe de proscrits genevois, leur envoie une lettre d’auto-accréditation qui fait la liste de ses engagements :
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- 27 APP, Ba 431, f. 313, Rapport de police, 22 juillet 1872.
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Pendant la Commune, je vins à Paris et je fus chargée par P. Grousset de différentes et importantes missions en province et en dernier lieu il me donna pleins pouvoirs pour organiser le mouvement révolutionnaire dans l’Ouest27.
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- 28 Journal de Seine-et-Marne, 1er octobre 1871, p. 1.
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10Les militantes ont tendance à élargir leurs publics en vue d’agir sur la politique aussi bien locale qu’internationale. Ainsi, après trois mois d’exil en Suisse, Paule Mink et André Léo décident toutes les deux de témoigner des violences anti-communardes aux intellectuels européens qui se retrouvent à Lausanne en septembre 1871 pour le congrès international de la Ligue de la paix et de la liberté (fondée en 1867 par Frédéric Passy). Dénigrées par la presse conservatrice – le Journal de Seine-et-Marne par exemple les qualifie de « deux mégères les plus dangereuses de toutes celles qui ont pris part au carnaval des femmes libres, pendant le règne de la Commune28 » –, elles comptent néanmoins obtenir une condamnation des agissements des Versaillais. Leurs allocutions usent toutes deux du registre pathétique à la première personne pour susciter l’empathie du public. Mink déclare :
- 29 L’Egalité, 21 octobre 1871, p. 3.
Oh ! je voudrais faire pénétrer dans tous vos cœurs les sentiments de haine qui m’animent contre les égorgements de Paris, je voudrai les faire ressentir […], les faire connaître au monde entier29.
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Quant à André Léo, elle insiste sur sa détermination à témoigner :
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- 30 André Léo, La guerre sociale, Neuchâtel, Guillaume, 1871, p. 14-15.
Tant que je vivrai, partout où je pourrai être entendue, je témoignerai contre cette incarnation monstrueuse de l’égoïsme, de l’hypocrisie et de la férocité, que l’imbécile vulgaire accepte sous le nom de parti de l’ordre30.
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- 31 Ibid.., p. 5.
- 32 Ibid.
- 33 Ibid, p. 15.
- 34 IISG, Descaves Papers, 311, f. 59, Notes sur la proscription, s.d.
- 35 L’Égalité, 21 octobre 1871, p. 3.
- 36 Le Français, 1er octobre 1871, p. 3.
- 37 L’Égalité, 21 octobre 1871, p. 3.
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11Les deux allocutions tentent également de faire admettre au congrès qu’être pacifiste signifie aussi condamner le caractère de guerre que prend le conflit social, d’où devrait découler un soutien inconditionnel vis-à-vis de ceux qui subissent la répression. Léo avoue les erreurs multiples des communards – « j’ai déploré, j’ai maudit l’aveuglement de ces hommes31 » –, tout en affirmant qu’« une telle débauche d’infamies a succédé à ces fautes, qu’elles sont devenues honorables en comparaison32 ». Elle souligne notamment l’écart entre communards et Versaillais quant au nombre de victimes déplorées : pour les premiers, « suivant le chiffre le plus bas, 15.000 », pour les seconds à peine « 64 victimes »33. Elle est cependant interrompue à de nombreuses reprises, au cri de « pétrole » ou « otage »34, et ne peut finir son exposé. À son tour, Mink témoigne de la Semaine sanglante : « J’ai vu, moi, dans ces jours de sang et de deuil, les femmes, les vieillards, les enfants massacrés par centaines, les hommes par milliers35 ». Sans insister sur les actes des communards eux-mêmes, elle aussi appelle à « flétrir la conduite du gouvernement de Versailles36 », mais dit le faire au nom « des mères, des épouses, des sœurs, des veuves […] au nom de toutes celles dont les fils, les pères, les maris, les frères pourrissent sous la terre ou sur les pontons37 ».
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- 38 Ibid.
- 39 Voir J. Guillaume, L’Internationale…, op. cit., t. II, p. 218.
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12Si la mémoire prend une forme conflictuelle entre les deux allocutions, car elles se distinguent dans la manière d’aborder les erreurs qu’auraient pu commettre les communards, elles se recoupent néanmoins quant à la démarche même d’individualisation du témoignage dans un but politique. Cependant, Mink va plus loin : s’érigeant en porte-parole de l’ensemble des Parisiennes en deuil, elle finit par conférer une dimension collective à une mémoire spécifiquement féminine. Ainsi, même si le congrès refuse de voter les résolutions déposées par Léo et Mink, cette dernière reçoit un accueil très positif par l’Internationale de Genève, qui flatte son discours comme ayant été le seul à refléter les positions de l’AIT38. Mink obtient ainsi une légitimité inédite pour être l’avocate de la Commune aux yeux des internationalistes eux-mêmes. Au contraire, pour avoir critiqué les communards, le discours de Léo ne fait guère l’unanimité39.
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- 40 Le Français, 21 juillet 1871, p. 2.
- 41 L’Égalité, 6 octobre 1872, p. 1.
- 42 Le Figaro, 26 septembre 1872, p. 2.
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13Plusieurs internationalistes axent spécifiquement leur discours sur la défense des communardes accusées d’être des pétroleuses, posant ainsi les prémisses d’une mémoire par et pour les femmes. En juillet 1871 déjà, étant donné que son discours de Saint-Gall attire de nombreuses femmes parmi le public, Mink en profite pour renverser le discours dominant. Elle dénonce la responsabilité faussement imputée aux femmes des incendies de Paris, et déclare même que ce sont les Versaillais qui en sont coupables par leurs obus40. Le 22 septembre 1872, à Genève, à l’occasion du 80e anniversaire de la proclamation de la Première République française, Mink récite un poème et porte un toast aux calomniés de la Commune41, faisant référence explicitement aux pétroleuses42. Jenny Marx aussi tente de réhabiliter les communardes sous ce même prisme, lorsqu’elle est interpellée avec sa sœur Eleanor dans les Pyrénées françaises durant l’été 1871 alors qu’elles rendaient visite à leur sœur Laura et à son mari Paul Lafargue. Dans le récit de son arrestation qu’elle publie dans l’organe new-yorkais de l’Internationale, tenu par les sœurs Victoria Woodhull (1838-1927) et Tennessee Claflin (1844-1923), elle ne mâche pas ses mots quant à la police française :
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- 43 Jenny Marx, « To the Editor », Woodhull & Claflin’s Weekly, 21 octobre 1871, p. 5-6 ; une traductio (…)
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Ces gens croient vraiment à ces histoires farfelues de pétrole […]. Ils croient réellement que les femmes de Paris ne sont « ni des bêtes, ni des êtres humains, ni hommes, ni femmes », mais des « pétroleuses », sorte de salamandres à l’aise dans leur élément naturel, le feu […]. On pourrait peut-être traiter par le mépris et le silence un gouvernement qui a perdu la raison […] si ces farces ne se révélaient être des tragédies […]. Pensez seulement à ces « pétroleuses » devant les conseils de guerre versaillais et aux femmes qu’au cours des trois derniers mois on a fait mourir à petit feu sur les pontons43.
14Bien qu’elle ne fût pas communarde, et peut-être précisément de ce fait même, Jenny Marx tente de médiatiser ce qu’elle dénonce comme une répression justifiée par un mythe, et ridiculise donc ceux qui y croient. Se fondant sur sa propre expérience, elle élargit le point de vue jusqu’à prendre la défense des communardes dans leur ensemble comme victimes d’un délire paranoïaque.
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- 44 Voir Lola Romieux, « S’organiser entre femmes dans l’Association internationale des travailleurs : (…)
- 45 L’Égalité, 7 décembre 1871, p. 2.
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15Cette défense féminine de la Commune remplit un objectif plus vaste chez Mink et Puccinelli. Soulignant plus que les autres le caractère de révolution sociale, et non seulement politique, de l’insurrection parisienne, elles insistent sur l’exemplarité de celle-ci pour renforcer le mouvement socialiste grâce à la constitution pure et simple d’un mouvement féminin en son sein. Avec d’autres communardes comme Victorine Rouchy-Brocher (née Malenfant, 1839-1921) et Marguerite-Victoire Tinayre (née Guerrier, 1831-1895), Mink intègre la section féminine de l’Internationale qui est active à Genève depuis 186844 ; et légitimée par son expérience révolutionnaire, elle accède rapidement à d’importantes responsabilités en son sein. Ainsi, son discours de Carouge en octobre 1871 est prononcé « au nom des femmes […] qui se sont mises dans l’Association des travailleurs en comprenant que le socialisme seul pourrait les émanciper45 ». Forte de cette investiture, Mink en appelle donc les femmes à rejoindre l’AIT sur la base même de l’universalité de la portée révolutionnaire de la Commune :
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- 46 Ibid.
La révolution communale n’était pas seulement un mouvement local, restreint, c’était le commencement de la grande révolution sociale universelle. Les hommes de tous les pays vinrent aider au mouvement parisien, car les travailleurs sentaient bien que c’était là les premières lueurs de leur indépendance46.
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- 47 Ibid.
- 48 Ibid.
- 49 H. Wouters, Documenten…, op. cit., t. I, p. 430.
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16Par la même occasion, elle vante la capacité du mouvement socialiste à se relever et s’étendre malgré l’échec subi, ce qui prouverait « que l’avenir est à nous et que nous marchons […] en avant, puisque la défaite même de Paris n’a pu que nous fortifier47 ». C’est dans cette logique de continuité qu’elle appelle les femmes à « apporter à la Révolution sociale votre enthousiasme et le grand souffle qui vous anime lorsque vous embrassez une noble cause48 ». Ainsi, Mink conçoit la Commune comme un exemple qu’il faudrait tenter de recréer, en sous-entendant que la garantie de succès futur dépendrait précisément du niveau d’implication féminine. En parallèle, en Belgique, les conférences de Puccinelli brandissent elles aussi le souvenir de la Commune pour encourager les femmes. Elle souligne « les efforts que les amis de la république socialiste ont fait pour faire triompher la France », avant de s’adresser aux femmes pour « les engage[r] à épouser les idées du socialisme et leur di[re] que d’elles seules dépend le triomphe des idées que cette société préconise et d’où dépend la régénération sociale »49.
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- 50 Jacques Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Genève, Droz, 1962, t. I (...)
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17La diffusion d’une mémoire féminine immédiate contribue ainsi à inclure les femmes dans les dynamiques politiques locales et internationales tout en mettant en lumière leurs propres agissements révolutionnaires, ce qui les crédibilise en tant qu’avocates à la fois du modèle de la Commune en lui-même et d’une plus ample participation des femmes au mouvement socialiste. Ce dont la composante féminine de l’AIT peut profiter en retour : non seulement la légitimité des sections non-mixtes se voit renforcée par l’arrivée de vétéranes en leur sein, mais la diffusion de récits de leur héroïsme fait qu’en septembre 1871, à la conférence de l’AIT à Londres, Karl Marx « rappelle la participation ardente des femmes aux événements de la Commune de Paris », avant de faire adopter pour la première fois une résolution qui « recommande la formation de sections de femmes parmi les ouvrières »50. Dans un temps court, le souvenir des communardes produit donc un effet domino dans la légitimation de la mobilisation internationaliste des femmes.
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L’appropriation collective de la mémoire pour façonner une identité dans un temps long
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- 51 Voir Georges Haupt, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980, p. 46.
- 52 Voir Alceo Riosa et Rossana Vaccaro. « Madeleine Rebérioux et la mémoire de la Commune de Paris », (…)
- 53 Voir Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 298.
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18Devenue exemple et symbole51, la Commune en tant qu’objet de mémoire devient un marqueur identitaire du mouvement socialiste52. Comme si le fait même qu’elle ait existé préfigurait l’inéluctabilité de l’avènement de la victoire du prolétariat, elle fournit aux militants une tradition autonome qui les légitime historiquement, la configurant en tant que référence collective de la lutte contre l’oppression de classe53. Si les commémorations annuelles autour du 18 mars débutent dès 1872, une multitude d’initiatives individuelles ou collectives ancrent en parallèle sa symbolique dans un temps long. Les militantes de l’AIT qui s’impliquent dans les célébrations vont bien au-delà du cercle restreint des vétéranes, et mettent en avant l’universalité de l’héroïsme des femmes de 1871 afin de l’inscrire lui aussi dans cette mémoire collective de longue durée, utile pour les combats à venir. Cependant, dans l’élaboration de la mémoire communarde, les attributs de cette universalité tant revendiquée tendent paradoxalement à se focaliser sur la seule figure de Louise Michel.
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- 54 La Cloche, 5 janvier 1872, p. 2.
- 55 La Gironde, 4 janvier 1872, p. 2.
- 56 G. Puente Pérez, « “La Commune ha muerto…” », art. cit.
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19Les commémorations sont l’occasion pour les militantes de faire en sorte que l’émergence d’une symbolique communarde ne laisse pas les femmes pour compte. Cette dynamique s’exprime particulièrement lors de la manifestation organisée par l’Internationale à New York en décembre 1871 sous la bannière « L’esprit de la Commune se répand, comme la hache est suspendue sur le cou de ses martyrs54 ». Parmi les 2 000 présents est remarqué « un grand nombre de femmes, quelques-unes françaises », et dans cette « foule de célébrités » celles qui ressortent le plus sont « les dames Victoria Woodhull et Classin [sic], les champions des droits des femmes, Mme Huleck, de Londres, un drapeau rouge à la main suivait les dernières sections de l’Internationale »55. Marie-Louise Huleck (née David), exilée à Londres en 1851 et installée depuis peu à New York, arbore donc le symbole du drapeau rouge popularisé par la Commune pour en célébrer ses héros. Quant à l’Espagne, Puente Pérez met en lumière un investissement important de femmes dans les célébrations de la Commune par l’AIT. Par exemple, elles sont présentes en mars 1873 à une assemblée publique près de Valence, et elles portent un drapeau en l’honneur des victimes de la répression versaillaise dans une manifestation à Tarragone56.
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- 57 Voir F. Loriaux, Femmes…, op. cit., p. 4.
- 58 Voir Amédée Saint-Ferréol, Les proscrits français en Belgique : ou la Belgique contemporaine vue à (…)
- 59 Le Bien Public, 5 septembre 1871, p. 1.
- 60 Voir « Julienne Sébert », <https://maitron.fr/spip.php?article37737> (consulté le 20 août 2024).
- 61 Emmanuel Fureix, « Un rituel d’opposition sous la Restauration : les funérailles libérales à Paris (…)
- 62 APP, Ba 427, f. 118, Rapport de police à Bruxelles, 2 avril 1873.
- 63 Voir H. Wouters, Documenten…, op. cit., t. II, p. 738-814.
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20Les commémorations assurent aux militantes une participation régulière, même si elle est parfois plus discrète et davantage cantonnée à un rôle genré. En Belgique notamment, leur contribution se fait remarquer aux enterrements de communards, d’autant que de nombreuses femmes sont membres de la société mutuelle Les solidaires, créée en 1857 afin de prendre en charge les funérailles civiles de ses adhérents57. Julienne Sébert, militante blanquiste exilée depuis 1851, est particulièrement impliquée dans les soins aux réfugiés communards58 : non seulement elle participe au cortège funèbre de Gustave Tridon en septembre 1871 à Bruxelles59, mais elle aurait également confectionné le catafalque du cercueil60. De même, en mars 1873 à Bruxelles, une cinquantaine de femmes sont présentes à une procession en souvenir des communards décédés. Le cortège se divise entre les hommes et les femmes : les premiers portent des bouquets d’immortelles à la boutonnière, optant par là pour un code vestimentaire symbolique qui fait écho au répertoire du deuil politique déjà adopté par les libéraux français sous la Restauration61 ; les secondes se font remarquer en portant collectivement une grande couronne d’immortelles avec un ruban rouge62. Les événements de 1871 sont aussi souvent à l’honneur de concerts et banquets auxquels participent les communards eux-mêmes, et durant lesquels des femmes qui gravitent autour de l’AIT chantent ou récitent des poèmes, à l’image d’Hortense Stienlet (épouse de César de Paepe), Mme Delattre, Mme Stans et Mme Melchior63.
21Même si elles sont peu nombreuses à prononcer des allocutions à l’occasion de commémorations, celles qui le font n’hésitent pas à mettre en avant l’universalité du courage des femmes au prisme de celui des communardes. Elles visent à légitimer par-là l’inclusion des femmes dans les luttes présentes de l’AIT en vue de forger une société complètement émancipatrice. Victoria Woodhull s’engage en ce sens aux États-Unis. N’étant ni communarde ni exilée, elle profite néanmoins de sa qualité de dirigeante de la section n° XII de l’Internationale à New-York pour s’exprimer assez librement. Le 18 mars 1872, elle a l’honneur de prononcer le discours inaugural du banquet commémoratif organisé par l’AIT, devant 1 200 personnes. Dès le début, il est clair qu’elle compte inclure la contribution féminine parmi les enjeux mémoriels majeurs, dans la mesure où elle prouve le potentiel d’émancipation universelle propre à la Commune de Paris :
- 64 Woodhull & Claflin’s Weekly, 30 mars 1872, p. 4.
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Des milliers de citoyens français, hommes et femmes […], se sont mobilisés pour une émancipation complète du joug de la tyrannie […]. Ils ont perdu, mais ils ont noblement versé leur sang, et les générations futures se souviendront des scènes terribles qu’ils ont traversées et se rendront compte de la grande œuvre qu’ils ont accomplie pour la liberté humaine64.
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- 65 Ibid.
- 66 Ibid.
22Tout comme Mink l’année précédente, Woodhull mobilise le souvenir communard pour inciter à une plus grande participation féminine dans les luttes à venir. Elle appelle alors les sections de l’AIT à réfléchir à la pertinence de la lutte politique (c’est-à-dire électorale), qui, selon elle, malgré son rejet récurrent, permettrait d’éviter un bain de sang, le combat armé n’étant à envisager qu’en tout dernier recours. Mais elle ajoute que, peu importe le mode de lutte qui sera choisi à l’avenir, tous ont le devoir « de se souvenir des femmes de la Commune de France, et qu’elles ont des sœurs dans ce pays qui peuvent, si elles sont appelées à le faire, sacrifier leur vie sur l’autel des droits de l’homme65 ». En somme, le souvenir des communardes ne peut qu’encourager une plus grande inclusion des femmes dans les combats à venir : si celles de France ont déjà eu l’occasion de prouver leur valeur, celles des États-Unis ne demandent qu’à le faire à leur tour. Plus implicitement, Woodhull suggère aussi que l’AIT devrait lutter pour accorder aux femmes le droit de vote. D’autant que sa sœur Tennessee Claflin déploie à côté d’elle un drapeau sur lequel est écrit Complete Social and Political Equality for Both Sexes66, profitant donc du souvenir des communardes pour ouvrir de nouvelles revendications d’égalité sociale et politique entre les deux sexes.
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- 67 La Federación, 22 mars 1873, p.2.
- 68 Sidonie Verhaeghe, « 1871 – Louise Michel pendant la Commune de Paris », <https://ehne.fr/fr/node/2 (…)
- 69 Marc Vuilleumier, « La Suisse », International Review of Social History, vol. 17, n° 1, 1972, p. 29 (…)
- 70 APP, Ba 431, f. 108, Rapport de Genève, 20 mars 1872.
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23Or, dans cet effort pour s’insérer dans les dynamiques de mémorialisation, les militantes participent néanmoins à une tendance déjà en cours chez leurs camarades masculins et dans la presse : sacrifier la dimension collective de la participation féminine au profit de son côté spectaculaire, qui se résume à la figure de Louise Michel. Pourtant, plusieurs militantes avaient fait vœu de faire rentrer dans la mémoire collective l’ensemble des héroïnes de la Commune. Des internationalistes de Reus en Catalogne écrivaient en mars 1873 dans La Federación : « Gloire éternelle à nos sœurs de Paris qui ont su sacrifier leur vie pour la grande cause du peuple ! L’Histoire immortalisera leurs noms67 ». Malgré tout, Louise Michel, rendue populaire par ses exploits, devient l’idéal-type de la militante internationaliste, qui ne vit que pour la révolution. La dignité dont elle fait preuve pendant son procès la place sous le feu des projecteurs : elle n’hésite pas à se présenter comme une martyre de la révolution sociale et à en appeler à la vengeance de classe68. L’engouement populaire, qui s’amplifie ensuite lorsqu’elle est déportée en Nouvelle-Calédonie, est révélateur de la manière dont sont perçues les femmes qui s’affranchissent des barrières du genre, notamment dans le domaine de la violence. Parce qu’elle se distingue par sa radicalité, même parmi les autres femmes qui avaient pris les armes, elle est particulièrement encensée par un public mixte. De plus, comme le souligne Marc Vuilleumier, l’exil a tendance à cristalliser une image en la simplifiant69. Les réfugiées communardes, en quête de repères, sont donc elles-mêmes nombreuses à se référer à Michel. Le 18 mars 1872, à Genève, dans un « discours qui ne manquait pas de feu », Paule Mink déclare qu’il faut à l’avenir une logique révolutionnaire et porte un toast à Louise Michel70. Mais le compte-rendu de L’Égalité néglige de préciser que c’est Mink qui parle, et se borne à relater :
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- 71 L’Égalité, 7 avril 1872, p. 4.
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La femme, a-t-on dit aussi, la femme s’est véritablement signalée par son zèle et son énergie ; elle nous a montré par ses Louise Michel ce qu’elle peut produire de bravoure, d’audace et de dévouement pour la révolution sociale71.
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- 72 Voir Laure Godineau, « La pétroleuse. Le déni et l’exacerbation de la violence politique des femmes (...)
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24Progressivement, mémoire collective rime avec mémoire sélective : les noms des communardes, leurs individualités et souvenirs particuliers s’effacent au profit d’un seul, à la fois singulier et pluriel. Toutes sont Louise Michel, et Louise Michel les résume toutes. Son nom désigne toutes les femmes, mais paradoxalement il les éclipse en même temps, du fait de l’individualisation du symbole héroïque en sa personne72.
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- 73 Archivio centrale dello Stato (Rome), CPC 3920, f. 2, Pezzi Francesco, 30 septembre 1894.
- 74 Claudia Bassi Angelini, Amore e Anarchia. Francesco Pezzi e Luisa Minguzzi, due ravennati nella sec (…)
- 75 Le Petit Marseillais, 13 mars 1873, p. 1.
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25Ainsi, le mythe qui l’entoure se diffuse rapidement par-delà les frontières, se configurant comme l’exemple à suivre parmi tous. En Italie, Maria Luisa Minguzzi (1852-1911) baptise « Louise Michel » la section féminine de l’AIT qu’elle crée en 1873 à Ravenne73, et qui continue de fonctionner jusqu’en 1889. D’autres groupes libertaires féminins en Italie prennent son nom jusqu’à la fin du xixe siècle74. En février 1873, la section des travailleuses de Genève rend hommage elle aussi à Michel, mais d’une manière qui fait scandale75. Comme le raconte Lucien Descaves :
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- 76 Lucien Descaves, Philémon, vieux de la vieille, Paris, Crès & Cie, 1922, p. 71.
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Deux nouveau-nés, l’un, fils du susdit Lavalette, et l’autre, fils d’un internationaliste genevois, furent baptisés au vin blanc… mettons civilement. Une jeune fille, choisie parmi les ouvrières de la Section centrale, prit les enfants dans ses bras et leur promit aide et protection au nom de toutes ses collègues, marraines solidaires. Le petit Lavalette … fut appelé Louis-Michel76.
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- 77 Temma Kaplan, « De l’émeute à la grève de masse : conscience de classe et communauté ouvrière en An (…)
- 78 APP, Ba 1142, Coupure de presse, 16 février 1873.
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26Pourtant, les Genevoises ne font que reprendre à leur compte une pratique plutôt répandue dans les milieux démocrates européens depuis les années 1850, et déjà employée par la section féminine de l’AIT de Sanlúcar de Barrameda, en Andalousie, qui en 1872 avait baptisé un garçon La Porte du Progrès humain et une fille L’Europe anarchiste77. Le nom masculinisé de Louise Michel permet donc de rendre hommage à « la noble héroïne populaire78 » pendant que les militantes affirment leur volonté d’élever les enfants dans les principes socialistes. Son inscription à une place d’honneur dans l’imaginaire féminin de la Commune porte à son paroxysme la crédibilisation des militantes internationalistes, dotées désormais d’une précurseuse à laquelle l’on attribue des allures messianiques.
27Au retour des proscrits à la suite de l’amnistie de 1880, la mémoire socialiste des femmes de la Commune s’est déjà largement cristallisée autour de Louise Michel et, par-là, se propage l’idée selon laquelle seule la pratique révolutionnaire permet de franchir les barrières de genre. La participation de femmes aux organisations ouvrières rencontre moins d’obstacles, leurs revendications sont mieux prises en compte, et leur accès à la sphère publique connaît d’importantes évolutions dans les pays européens. Une nouvelle génération de militantes s’affirme pendant qu’en France Michel et, dans une moindre mesure, Mink récoltent les fruits des légendes qui se sont créées autour des communardes.
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Le passage de témoin générationnel : un souvenir durable mais simplifié
28Le passage de témoin entre deux générations militantes contribue à simplifier toujours plus le travail de mémoire centré sur la défense de la Commune, qui reste l’un des rares points fixes d’un internationalisme socialiste en pleine reconfiguration tout au long des années 1880-1890, notamment autour de nouvelles querelles entre sociaux-démocrates et syndicalistes-révolutionnaires. Alors que la croyance dans la théorie de la catastrophe et dans le coup de main révolutionnaire baisse drastiquement chez les premiers, ils continuent paradoxalement de tresser les lauriers à Louise Michel en qui catalyse le souvenir de toutes femmes de la Commune, même si cela efface des militantes qui auraient rejoint les rangs sociaux-démocrates. La mémoire des héroïnes communardes transcende donc les divergences idéologiques pour que tout le monde puisse s’en revendiquer : si cela contribue à la rendre durable, puisque les femmes de chaque tendance socialiste peuvent continuer d’y trouver leurs racines historiques et donc leur légitimité présente, cela se fait au prix d’une ritualisation extrême des commémorations.
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- 79 Voir Sylvie Aprile et Laure Godineau, « Retours et mémoires », dans Delphine Diaz et Sylvie Aprile (…)
- 80 É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit., p. 44-45.
- 81 La Justice, 11 novembre 1880, p. 2.
- 82 Voir Sidonie Verhaeghe, « “Les victimes furent sans nom et sans nombre”. Louise Michel et la mémoir (…)
- 83 Georg Adler, Peter Hudis et Annelies Laschitza (dir.), The Letters of Rosa Luxemburg, Londres, Vers (...)
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29Le retour des exilées et des déportées après l’amnistie est un moment clef79, qui leur permet de s’investir pour la première fois dans les commémorations en France afin de contrer le projet des autorités de « mise en scène de l’oubli censée garantir que le rapatriement ne se transforme pas en marche triomphale80 ». Cela crée un certain emballement et les conditions pour le passage de témoin générationnel, d’autant que Louise Michel elle-même revient sur les devants de la scène. Le 9 novembre 1880, elle est accueillie à la gare Saint-Lazare comme une héroïne populaire, aux cris de « Vive Louise Michel » et « Vive la république »81, et figure dès lors comme l’invitée d’honneur à l’ensemble des commémorations82. Paule Mink aussi reçoit un accueil plutôt enthousiaste et est régulièrement une invitée à ces mêmes événements. Toutes les deux utilisent leurs prestations pour souligner la contribution féminine à la Commune dans une perspective internationaliste et d’émancipation universelle. Les arguments mémoriels sont néanmoins déjà classiques – Rosa Luxemburg qualifie de « plat83 » le discours de Mink du 18 mars 1894 à Paris.
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- 84 La Gazette, 20 mars 1881, p. 2.
- 85 APP, Ba 1178, Extrait de La Révolution sociale, 3 avril 1881.
- 86 Courrier de Saône-et-Loire, 21 mars 1881, p. 2.
- 87 Le Révolté, 2 avril 1881, p. 6.
- 88 « Virginie Barbet », <https://maitron.fr/spip.php?article153797> (consulté le 29 août 2024).
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30L’idée de continuité entre la Commune et les luttes présentes est revivifiée pendant un temps par les actions des nihilistes russes, notamment l’assassinat du tsar Alexandre II le 13 mars 1881, quelques jours avant les commémorations de l’insurrection parisienne. Dès lors, à cette occasion, Louise Michel se revendique pétroleuse en même temps qu’elle félicite les Russes qui ont « donné au monde entier le signal de la libération84 » et qui représenteraient, par-là, l’actualité des idéaux de la Commune. Paule Mink préside une assemblée à Toulouse qui, précisément en l’honneur de la Commune, félicite les nihilistes pour leur action de vengeance populaire85. La libertaire Virginie Barbet (1824-?), vétérane de l’Internationale à Lyon mais qui choisit de rester à Genève après la fin de la proscription, se fait interpeller par la police suisse pour avoir comparé les classes dirigeantes « à un virus qu’il faut extraire par des moyens violents86 », et pour avoir fait appel à « la partie saine de la société, aux travailleurs, pour rompre définitivement avec la bourgeoisie87 », pendant que son public criait que la mort du tsar était bien méritée88.
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- 89 Le Peuple, 12 mars 1901, p. 2.
- 90 La Petite République, 23 mars 1903, p. 2.
- 91 Le Socialiste, 26 mars 1893, p. 2.
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31Hors de France, c’est une toute nouvelle génération qui s’engage dans les commémorations au tournant de 1890-1900. La mémoire se révèle néanmoins conflictuelle en ce que les messages politiques qui l’accompagnent se contredisent souvent. Les femmes de tous bords socialistes tentent de retrouver dans le souvenir des communardes les prémisses de leur propre mouvement. Ainsi, si toutes continuent de se revendiquer de la Commune, de glorifier l’héroïsme de l’ensemble de ses combattantes à travers la figure de Michel, et de souligner la portée universelle de son modèle émancipateur, cette mémoire transpartisane n’est unanime qu’en apparence. Les syndicalistes-révolutionnaires voient dans la Commune la confirmation de leur théorie selon laquelle seule la violence de la grève générale peut mettre à bas l’ordre capitaliste. Mais les sociales-démocrates qui prennent la parole aux anniversaires du 18 mars, comme Isabelle Gatti de Gamond en 1901 à Bruxelles89, ou Henriette Roland-Host en 1903 à Amsterdam90, ne partagent guère cet avis. Cette dernière notamment déclare que l’insurrection parisienne a été la dernière tentative du prolétariat de prendre le pouvoir par la force, mais qu’il agit désormais par le suffrage universel. En somme, la Commune reste une référence pour la société que l’on veut bâtir, mais non pour les moyens d’y parvenir. Les commémorations offrent néanmoins le prétexte pour renforcer les liens avec les organisations françaises. Le 18 mars 1893, les Allemandes font publier à Clara Zetkin dans la presse française un « hommage à l’immortelle Commune de Paris, dont vous célébrez le 22e anniversaire », et qu’elles reconnaissent comme ayant été « la première tentative pour prendre en main le pouvoir politique et s’en servir comme d’un levier pour une rénovation sociale »91. Percevant une similarité entre les tensions franco-allemandes passées et présentes, les militantes affirment :
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- 92 Ibid.
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Devant ces tentatives criminelles pour jeter les peuples les uns sur les autres, nous les femmes ouvrières, mères, épouses et filles de soldats […] nous sommes les premières à crier : « Sus à la guerre de race ! », et « Vive la guerre de classe, émancipation du travail ! ». C’est avec ce cri que les femmes ouvrières allemandes vous tendent leurs mains fraternelles et qu’elles glorifient en vous le souvenir de la Commune. Vive la Commune universelle ! Vive le socialisme international et révolutionnaire92 !
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- 93 Kevin J. Callahan, Demonstration Culture: European Socialism and the Second International, 1889-191 (…)
- 94 La Petite République, 30 septembre 1900, p. 2.
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32Elles soulignent ainsi les liens qui les unissent non seulement aux Françaises, mais aussi aux générations militantes précédentes. Évoquant le souvenir de la guerre franco-allemande, elles proposent de rendre hommage à la Commune par la promesse de maintenir une solidarité inébranlable entre les ouvrières des deux pays, et de faire primer l’internationalisme sur le nationalisme en cas de guerre. De même, le Ve congrès de l’Internationale ouvrière, en 1900 à Paris, devient l’occasion d’une mise en scène de ce rapprochement entre les sociales-démocrates françaises et allemandes, conforme à la demonstration culture qui façonne désormais la nouvelle association transnationale93. Rosa Luxemburg vient à peine de conclure son rapport sur l’antimilitarisme, que Marie Bonnevial (1841-1918), féministe et socialiste depuis l’époque de l’AIT, se lève pour offrir un bouquet de fleurs à Zetkin, traductrice lors des assises. Le lendemain, pendant que les congressistes se trouvent au cimetière du Père-Lachaise pour commémorer la Commune, Zetkin dépose ces fleurs devant le Mur des Fédérés94, symbole du fait que les femmes sociales-démocrates peuvent prétendre prendre la relève des communardes. Cet effort de retrouver dans la Commune les origines historiques du mouvement social-démocrate féminin des années 1890-1900 dépasse d’ailleurs le seul cadre des commémorations des événements de 1871. Les références aux communardes et à Michel deviennent un leitmotiv récurrent pour représenter l’héroïsme féminin en général. Par exemple, en 1894, en hommage à Agnes Wabnitz, Die Gleichheit écrit :
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- 95 Die Gleichheit, 19 septembre 1894, p. 6.
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La classe ouvrière allemande a perdu sa Louise Michel, qui égalait l’héroïne de la Commune par l’idéalisme et l’honnêteté de ses convictions, par le désintéressement de ses efforts, par son enthousiasme, son sens du sacrifice et sa détermination95.
33Les décès de nombreuses communardes au début du xxe siècle révèlent d’autant plus que cette mémoire simplifiée est sélective, ce qui la rapproche davantage du mythe au vu de l’émergence d’usages idéologiques de plus en plus divergents. Hors de France, celles qui reçoivent des hommages sont peu nombreuses. On le voit particulièrement lors de la disparition, en 1921, de Nathalie Le Mel (née Duval en 1826) et de Victorine Rouchy-Brocher (née en 1839), qui passe globalement inaperçue car elles s’étaient beaucoup éloignées des avant-postes militants. Toutes deux avaient pourtant connu une relative notoriété dans les années 1870 pour avoir participé à la défense armée de Paris ; la seconde avait d’ailleurs continué de militer pendant son exil à Genève, et avait publié en 1909 ses Souvenirs d’une morte vivante.
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- 96 Labour Leader, 11 mai 1901, p. 6.
- 97 Justice, 11 mai 1901, p. 5.
- 98 Sheffield Evening Telegraph, 29 avril 1901, p. 3 ; Westminster Gazette, 29 avril 1901, p. 12 ; Hamb (…)
- 99 Freedom, 1er juin 1901, p. 5.
- 100 Avanti!, 30 avril 1901, p. 2.
- 101 Le Peuple, 30 avril 1901, p. 1.
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34En revanche, les éloges post-mortem sont plus conséquents lorsqu’il s’agit de communardes qui avaient continué de participer intensément aux mouvements socialistes et féministes depuis la fin de la proscription. Leur renommée étant demeurée intacte de leur vivant, il est donc plus aisé de les commémorer pour s’en revendiquer comme faisant partie d’une identité collective. Toutefois, peu importe ce qu’elles ont accompli après 1871, les hommages se focalisent majoritairement sur leur statut de communardes, ce qui essentialise leur mémoire. Le décès de Mink le 28 avril 1901, tout comme ses funérailles imposantes à Paris à l’occasion du 1er mai, qui conduisent d’ailleurs à des affrontements avec la police, sont largement signalés dans la presse européenne. « Remarquable femme96 » d’après le Labour Leader, « noble femme97 » selon Justice, les deux journaux socialistes britanniques la remémorent surtout au prisme de son engagement communard, alors que des journaux non-militants la confondent avec Louise Michel98. Cette dernière publie d’ailleurs elle aussi un hommage à Mink dans l’organe anarchiste Freedom, plaçant au cœur du récit sa contribution à la Commune : « Malgré de terribles difficultés, elle poursuivit la campagne en province, où, errant de place en place comme colporteur, elle expliquait le but des Communards, et vendait ses marchandises enveloppées dans des proclamations de la Commune99. » En Italie, l’Avanti! rend simplement compte de la « mort d’une communarde100 ». Seul Le Peuple, en Belgique, remarque que Mink « fut de la Commune et de toutes les autres luttes du prolétariat français101 », mais évoque des épisodes plus récents comme ses conférences, ses écrits et son passage à Bruxelles.
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- 102 Die Gleichheit, 25 janvier 1901, p. 5.
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35La mort de Louise Michel le 9 janvier 1905 est évidemment celle qui produit le plus grand engouement commémoratif à l’échelle internationale. Surtout, comme les libertaires avaient rendu hommage à Mink qui était pourtant proche des marxistes, ces derniers aussi enterrent les armes pendant un temps pour tisser l’éloge de Michel, qu’ils avaient pourtant exclue de l’Internationale ouvrière avec le reste des libertaires à son IVe congrès en 1896. Ainsi, Die Gleichheit, journal dirigé par Clara Zetkin, vante la noblesse de « l’héroïne de la Commune102 » car elle appartiendrait à l’histoire commune de la classe ouvrière :
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- 103 Ibid.
Et sur la simple couronne que nous déposons sur la tombe des précurseurs du prolétariat, nous écrivons ces mots : « Au cœur des cœurs, aussi audacieux dans la mort que doux dans la vie »103.
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- 104 Alexandra Kollontaï, Conférences sur la libération des femmes, Paris, La Brèche, 1978, p. 159.
- 105 Voir G. Haupt, L’historien…, op. cit., p. 72-73.
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36Louise Michel semble faire figure d’unité de mesure pour comparer le degré de bravoure des militantes. Une tendance qui continue même après les nouvelles scissions que connaît le mouvement socialiste à l’issue de la Première Guerre mondiale. Lorsque la dirigeante communiste Alexandra Kollontaï (1872-1952), pendant son cycle de conférences sur la libération des femmes à l’Université Sverdlov de Moscou en 1921, tente d’historiciser le mouvement ouvrier féminin, le premier nom qu’elle évoque est celui de Michel, « organisatrice et agitatrice enthousiaste et désintéressée de la lutte des classes lors de la Commune de Paris104 ». Suivent ensuite ceux de Luxemburg, Zetkin, Roland-Host et Angelica Balabanova, reliant ainsi d’un fil rouge les femmes internationalistes, alors même que leurs positions politiques se distinguaient sensiblement. Kollontaï préfère mettre en avant Michel, certes libertaire mais figure populaire par son dévouement à la cause révolutionnaire, plutôt que les communardes comme Mink qui étaient restées proches des marxistes. Elle simplifie ainsi au maximum la mémoire des communardes, afin de seconder les efforts parallèles de Lénine pour démontrer que la Commune était le point de départ du processus historique ayant conduit à la révolution russe105.
37En conclusion, la mémoire de la Commune a été un facteur clé dans la construction d’une identité collective de femmes socialistes, leur permettant de se doter d’imaginaires et de références communes pour se légitimer. Même si l’effort de mémorialisation recouvre une dimension transnationale, les motrices en sont principalement les exilées françaises et les militantes étrangères qui avaient participé à la Commune. En outre, si les pratiques de codification rituelle des commémorations sont similaires d’un pays à l’autre, chaque militante a tendance à les employer différemment afin d’appuyer ses propres combats. Ces divergences s’accentuent après la scission de l’AIT au congrès de La Haye de 1872 : tout comme les hommes, les femmes socialistes aussi cherchent à se réapproprier la mémoire communarde pour légitimer le courant idéologique auquel elles se rallient. Si la référence à l’exemplarité des communardes sert tant aux militantes sociales-démocrates qu’aux libertaires pour accréditer la revendication d’une égale participation des femmes à la lutte des classes, le discours mémoriel se focalise pour les premières autour du combat pour les droits politiques des femmes, tandis que les secondes insistent surtout sur la perspective insurrectionnelle. Ce qui est plus étonnant en revanche, c’est qu’en dépit de ces divergences, toutes rayent l’individualité des nombreuses actrices de la Commune au profit de la seule Louise Michel en tant que figure archétypale. L’ensemble de ces facteurs permettent d’expliquer comment chez les femmes aussi la mémorialisation de la Commune tend plutôt à une mythification déjà au début du xxe siècle.
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- 106 Le Populaire, 17 octobre 1939, p. 4.
- 107 Voir « Le Louise Michel, tout nouveau navire d’aide aux migrants en Méditerranée », <https://www.in (...)
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38En tant que symbole d’émancipation féminine, la Commune constitue encore de nos jours une référence historique et un outil de légitimation militante pour une majorité de mouvements de gauche à l’échelle internationale. Le concept de pétroleuses est ponctuellement exhumé lorsqu’il s’agit de contrer des tentatives de criminalisation de militantes révolutionnaires – ce que faisait déjà en 1939 la Polonaise Francisca Granier lorsqu’elle publiait en France une tribune en l’honneur de Rosa Luxemburg106. Si Michel catalyse encore le plus souvent cette mémoire – son nom a été choisi en 2020 pour baptiser le bateau d’une association britannique d’aide aux migrants107 –, d’autres militantes sont remises au goût du jour grâce à une jonction entre le renouvellement historiographique et les récentes vagues féministes. Les noms de Paule Mink, André Léo, Elisabeth Dmitrieff ressortent ainsi timidement de l’ombre, et figurent désormais dans les odonymes de rues et places publiques. Cependant, pour l’instant, cet effort d’une mémoire englobante reste cantonné surtout à la France. Il peut donc paraître paradoxal que, si la politique communarde a fait l’objet d’une authentique appropriation par les gauches transnationales, pour sa portée universelle, les résultats mémoriels les plus palpables de ce processus tendent à se restreindre géographiquement autour de Paris et prosopographiquement autour de la seule Louise Michel.
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Notes
1 Éric Fournier, « La Commune n’est pas morte » : Les usages politiques du passé, de 1871 à nos jours, Paris, Libertalia, 2013, p. 15-30.
2 Voir Édith Thomas, Les pétroleuses, nouvelle édition préfacée et enrichie par Chloé Leprince, Paris, Gallimard, 2021 ; Quentin Deluermoz, « Ambiguë criminalité : le traitement judiciaire des femmes de la Commune ou le retour à l’ordre sexuel et politique », dans Frédéric Chauvaud et Gilles Malandain (dir.), Impossibles victimes, impossibles coupables, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 133-147.
3 É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit., p. 37.
4 Voir Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Paris, Alinéa, 1988 ; Michèle Riot-Sarcey, La démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir. 1830-1848, Paris, Albin Michel, 1994.
5 Voir Jacques Rougerie, « Les femmes de 1871 », dans Christine Faure (dir.), Encyclopédie politique et historique des femmes (Europe, Amérique du Nord), Paris, Presses universitaires de France, 1997, p. 405-431 ; Carolyn J. Eichner, Franchir les barricades : les femmes dans la Commune de Paris, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2020.
6 Marion Charpenel, « Les enjeux de la mémoire chez les historiennes des femmes, 1970-2001 », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 223, 2018, p.12-24, ici 14.
7 Voir Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021 ; Xavière Gauthier, On les appelait pétroleuses, Paris, Elyzad, 2021.
8 Voir Patrick Farges et Anne-Marie Saint-Gille (dir.), Le premier féminisme allemand. Un mouvement social de dimension internationale (1848-1933), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2013 ; Jean-Jacques Marie, Les femmes dans la révolution russe, Paris, Seuil, 2017 ; Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, Paris, La Découverte, 2020.
9 Carolyne Fayolle et Isabelle Matamoros, « Introduction. Féministes et révolutionnaires : restituer la radicalité des luttes féministes au xixe siècle », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 66, 2023, p. 18.
10 Voir Adrien Ranvier, « Une féministe de 1848 : Jeanne Deroin », La Révolution de 1848. Bulletin de la Société d’histoire de la Révolution de 1848, t. IV, n° 24, 1908, p. 327.
11 Voir É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit. ; Laure Godineau, « “Elle n’est pas morte” : quand dire c’est faire. Écrire et continuer la Commune de Paris dans les années 1880 », dans Quentin Deluermoz et Anthony Glinoer (dir.), L’Insurrection entre histoire et littérature (1789-1914), Paris, Publications de la Sorbonne, 2015, p. 125-137 ; Julia Nicholls, Revolutionary Thought after the Paris Commune, 1871-1885, Cambridge, Cambridge University Press, 2019 ; Quentin Deluermoz, Commune(s) 1870-1871. Une traversée des mondes au xixe siècle, Paris, Seuil, 2020, p. 229-321.
12 Voir Micheline Zanatta, L’héritage de la Commune de Paris à Liège (1871-2021), Seraing, IHOES, 2021.
13 Voir Ginés Puente Pérez, « “La Commune ha muerto. ¡Viva la Commune!” : Mujeres Anarquistas en las Conmemoraciones y Manifestaciones Públicas tras la Comuna en España (1871-1899) », Cuadernos de Historia, à paraître en 2025.
14 Voir Alice Primi, « La “porte entrebâillée du journalisme”, une brèche vers la Cité : Femmes, presse et citoyenneté en France, 1830-1870 », Le Temps des médias, n° 12, 2009, p. 28-40 ; Claire Milon, « La lutte continue ! La presse féministe des partis de la gauche socialiste allemande après l’obtention du droit de vote des femmes en 1918 », Circé, n° 21, 2015, <http://www.revue-circe.uvsq.fr/milon-la-lutte-continue/> (consulté le 10 mars 2025).
15 Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 75.
16 Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis d’Amsterdam (désormais IISG), International working men’s association, Box 6 (265-364), 21.1-327/6, Lettre d’Henri Perret à Hermann Jung, 23 juillet 1871 ; Archives fédérales suisses (Berne), Asylgewährung und Frage betr. Auslieferung der Commune-Flüchtlinge, Lettre de la légation de France en Suisse au président de la Confédération suisse, 12 juillet 1871.
17 Michèle Audin, La Semaine sanglante : Mai 1871. Légendes et comptes, Paris, Libertalia, 2021, p. 71-74.
18 James Guillaume, L’Internationale, documents et souvenirs (1864-1878), Paris, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1905-1910, t. II, p. 171.
19 Voir Louise Michel, La Commune de Paris, Paris, La Découverte, 2015 p. 296.
20 Voir J. Guillaume, L’Internationale…, op. cit., t. II, p. 166-167.
21 Sylvie Aprile, Le siècle des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS éditions, 2010, p. 261.
22 Voir Alain Dalotel, Aux origines de la Commune : le mouvement des réunions publiques à Paris, 1868-1870, Paris, Maspero, 1980.
23 Voir Florence Loriaux, Femmes et exil durant la Première Internationale, Bruxelles, CARHOP (Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire), 2008, p. 5-6, <https://carhop.be/images/femmes_exil_premiere_internationale_f.loriaux_2008.pdf>.
24 Voir Hubert Wouters, Documenten betreffende de geschiedenis der arbeidersbeweging ten tijde van de Ie Internationale (1866-1880), Louvain/Paris, Nauwelaerts, 1970, t. I, p. 429.
25 La Meuse, 28 octobre 1871.
26 Archives de la Préfecture de police de Paris (désormais APP), Ba 431, f. 130, Rapport de Genève, 30 mars 1872.
27 APP, Ba 431, f. 313, Rapport de police, 22 juillet 1872.
28 Journal de Seine-et-Marne, 1er octobre 1871, p. 1.
29 L’Egalité, 21 octobre 1871, p. 3.
30 André Léo, La guerre sociale, Neuchâtel, Guillaume, 1871, p. 14-15.
31 Ibid.., p. 5.
32 Ibid.
33 Ibid, p. 15.
34 IISG, Descaves Papers, 311, f. 59, Notes sur la proscription, s.d.
35 L’Égalité, 21 octobre 1871, p. 3.
36 Le Français, 1er octobre 1871, p. 3.
37 L’Égalité, 21 octobre 1871, p. 3.
38 Ibid.
39 Voir J. Guillaume, L’Internationale…, op. cit., t. II, p. 218.
40 Le Français, 21 juillet 1871, p. 2.
41 L’Égalité, 6 octobre 1872, p. 1.
42 Le Figaro, 26 septembre 1872, p. 2.
43 Jenny Marx, « To the Editor », Woodhull & Claflin’s Weekly, 21 octobre 1871, p. 5-6 ; une traduction française se trouve dans Karl Marx et Friedrich Engels, Correspondances, Paris, Éditions sociales, 1985, t. XI, p. 313.
44 Voir Lola Romieux, « S’organiser entre femmes dans l’Association internationale des travailleurs : l’expérience pionnière de la section féminine de Genève (1864-1876) », Genre & Histoire, n° 32, 2023, <https://journals.openedition.org/genrehistoire/8381>.
45 L’Égalité, 7 décembre 1871, p. 2.
46 Ibid.
47 Ibid.
48 Ibid.
49 H. Wouters, Documenten…, op. cit., t. I, p. 430.
50 Jacques Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Genève, Droz, 1962, t. II, p. 168.
51 Voir Georges Haupt, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980, p. 46.
52 Voir Alceo Riosa et Rossana Vaccaro. « Madeleine Rebérioux et la mémoire de la Commune de Paris », Cahiers Jaurès, n° 183-184, 2007, p. 105-115.
53 Voir Q. Deluermoz, Commune(s)…, op. cit., p. 298.
54 La Cloche, 5 janvier 1872, p. 2.
55 La Gironde, 4 janvier 1872, p. 2.
56 G. Puente Pérez, « “La Commune ha muerto…” », art. cit.
57 Voir F. Loriaux, Femmes…, op. cit., p. 4.
58 Voir Amédée Saint-Ferréol, Les proscrits français en Belgique : ou la Belgique contemporaine vue à travers l’exil, Paris, Godet, 1875, p. 261.
59 Le Bien Public, 5 septembre 1871, p. 1.
60 Voir « Julienne Sébert », <https://maitron.fr/spip.php?article37737> (consulté le 20 août 2024).
61 Emmanuel Fureix, « Un rituel d’opposition sous la Restauration : les funérailles libérales à Paris (1820-1830) », Genèses, n° 46, 2002, p. 77-100.
62 APP, Ba 427, f. 118, Rapport de police à Bruxelles, 2 avril 1873.
63 Voir H. Wouters, Documenten…, op. cit., t. II, p. 738-814.
64 Woodhull & Claflin’s Weekly, 30 mars 1872, p. 4.
65 Ibid.
66 Ibid.
67 La Federación, 22 mars 1873, p.2.
68 Sidonie Verhaeghe, « 1871 – Louise Michel pendant la Commune de Paris », <https://ehne.fr/fr/node/22004> (consulté le 25 août 2024).
69 Marc Vuilleumier, « La Suisse », International Review of Social History, vol. 17, n° 1, 1972, p. 291.
70 APP, Ba 431, f. 108, Rapport de Genève, 20 mars 1872.
71 L’Égalité, 7 avril 1872, p. 4.
72 Voir Laure Godineau, « La pétroleuse. Le déni et l’exacerbation de la violence politique des femmes sous la Commune de Paris » dans Martial Poirson (dir.), Combattantes. Une histoire de la violence féminine en Occident, Paris, Seuil, 2020, p. 125.
73 Archivio centrale dello Stato (Rome), CPC 3920, f. 2, Pezzi Francesco, 30 septembre 1894.
74 Claudia Bassi Angelini, Amore e Anarchia. Francesco Pezzi e Luisa Minguzzi, due ravennati nella seconda metà dell’Ottocento, Ravenne, Longo, 2005, p. 38.
75 Le Petit Marseillais, 13 mars 1873, p. 1.
76 Lucien Descaves, Philémon, vieux de la vieille, Paris, Crès & Cie, 1922, p. 71.
77 Temma Kaplan, « De l’émeute à la grève de masse : conscience de classe et communauté ouvrière en Andalousie au xixe siècle », dans Michel Pigenet et Gilles Pécout (dir.), Campagnes et sociétés en Europe 1830-1930, Paris, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 2005, p. 196.
78 APP, Ba 1142, Coupure de presse, 16 février 1873.
79 Voir Sylvie Aprile et Laure Godineau, « Retours et mémoires », dans Delphine Diaz et Sylvie Aprile (dir.), Les réprouvés. Sur les routes de l’exil dans l’Europe du xixe siècle, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021, p. 305-348.
80 É. Fournier, « La Commune n’est pas morte »…, op. cit., p. 44-45.
81 La Justice, 11 novembre 1880, p. 2.
82 Voir Sidonie Verhaeghe, « “Les victimes furent sans nom et sans nombre”. Louise Michel et la mémoire des morts de la Commune de Paris », Mots. Les langages du politique, n° 100, 2012, p. 31-42.
83 Georg Adler, Peter Hudis et Annelies Laschitza (dir.), The Letters of Rosa Luxemburg, Londres, Verso, 2013, p. 15.
84 La Gazette, 20 mars 1881, p. 2.
85 APP, Ba 1178, Extrait de La Révolution sociale, 3 avril 1881.
86 Courrier de Saône-et-Loire, 21 mars 1881, p. 2.
87 Le Révolté, 2 avril 1881, p. 6.
88 « Virginie Barbet », <https://maitron.fr/spip.php?article153797> (consulté le 29 août 2024).
89 Le Peuple, 12 mars 1901, p. 2.
90 La Petite République, 23 mars 1903, p. 2.
91 Le Socialiste, 26 mars 1893, p. 2.
92 Ibid.
93 Kevin J. Callahan, Demonstration Culture: European Socialism and the Second International, 1889-1914, Leicester, Troubador, 2010.
94 La Petite République, 30 septembre 1900, p. 2.
95 Die Gleichheit, 19 septembre 1894, p. 6.
96 Labour Leader, 11 mai 1901, p. 6.
97 Justice, 11 mai 1901, p. 5.
98 Sheffield Evening Telegraph, 29 avril 1901, p. 3 ; Westminster Gazette, 29 avril 1901, p. 12 ; Hamburgischer Correspondent, 2 mai 1901, p. 3.
99 Freedom, 1er juin 1901, p. 5.
100 Avanti!, 30 avril 1901, p. 2.
101 Le Peuple, 30 avril 1901, p. 1.
102 Die Gleichheit, 25 janvier 1901, p. 5.
103 Ibid.
104 Alexandra Kollontaï, Conférences sur la libération des femmes, Paris, La Brèche, 1978, p. 159.
105 Voir G. Haupt, L’historien…, op. cit., p. 72-73.
106 Le Populaire, 17 octobre 1939, p. 4.
107 Voir « Le Louise Michel, tout nouveau navire d’aide aux migrants en Méditerranée », <https://www.infomigrants.net/fr/post/26922/le-louise-michel>(consulté le 30 août 2024).
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Pour citer cet article
Référence papier
Lola Romieux, « Mémoires féminines de la Commune de Paris. Les célébrations en tant qu’outil de militantisme internationaliste », Source(s), 23 | 2025, 75-94.
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Référence électronique
Lola Romieux, « Mémoires féminines de la Commune de Paris. Les célébrations en tant qu’outil de militantisme internationaliste », Source(s) [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 01 octobre 2025, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/sourcesarche/1032 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14vc2
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