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Quatre ans pour « enrayer et inverser » le déclin du vivant : le monde se retrouve en Arménie pour la 17e COP biodiversité

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Réunis à partir de lundi dans la capitale Erevan, les États membres vont dresser un premier bilan des objectifs qu’ils se sont fixés en 2022 pour l’horizon 2030.

Il ne reste que quatre ans avant l’échéance fixée par le cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Par cet accord, adopté en 2022, 195 États et l’Union européenne se sont engagés à « enrayer et inverser » le déclin du vivant d’ici à 2030, en protégeant notamment 30 % de la planète et en restaurant des écosystèmes dégradés. C’est donc à mi-parcours que se réunit, à partir du 19 octobre à Erevan, en Arménie, la 17e Conférence des parties sur la diversité biologique (COP17). Selon les scientifiques, 1 million d’espèces animales et végétales sont en danger d’extinction dans les décennies à venir. Un déclin qui menace directement la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau et la capacité de l’humanité à faire face au changement climatique.

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À Erevan, les parties auront deux semaines pour examiner les progrès accomplis depuis 2022 et adopter les mesures susceptibles de corriger leur trajectoire collective.

Deux semaines pour espérer accélérer les efforts mondiaux en faveur de la biodiversité. L’enjeu de la 17e Conférence des parties (COP17) sur la biodiversité, qui s’ouvre lundi 19 octobre à Erevan, en Arménie, revêt un caractère d’urgence, alors qu’environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction au cours des prochaines décennies. Avec 30 points inscrits à l’agenda, les négociations promettent d’être intenses. D’autant que l’objectif de la présidence arménienne est de réussir à les faire aboutir dans le temps imparti pour ne pas reproduire le scénario de la dernière COP, à Cali (Colombie), en 2024, dont les négociateurs avaient été contraints à un round supplémentaire à Rome, en février 2025, faute d’accord au moment du coup de marteau final.

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L’Arménie accueille à partir de ce lundi la 17e Conférence des parties sur la diversité biologique (COP17).

L’Arménie accueille à partir de ce lundi la 17e Conférence des parties sur la diversité biologique (COP17).

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Quatre ans après la signature du cadre mondial de la biodiversité, texte fondateur adopté en 2022 à Montréal (Canada), les 196 parties sont à mi-parcours et ne disposent plus que de quatre années pour atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés pour 2030. Protéger 30 % des terres et mers, réduire de moitié le risque lié aux pesticides, restaurer 30 % des espaces dégradés, réduire les subventions préjudiciables à la biodiversité de 500 milliards de dollars (445 milliards d’euros) par an tout en augmentant celles lui bénéficiant à hauteur de 300 milliards… Les 23 « cibles » affichées pour 2030 sont ambitieuses, et l’heure est au bilan d’étape.

« Cette COP est essentielle pour la biodiversité. Il y a une petite chance d’aboutir à un signal politique pour accélérer la mise en œuvre du cadre mondial, mais il faudrait un accord politique traduit en éléments concrets. C’est cela qui va être difficile à obtenir », souligne Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). La Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations unies et la présidence arménienne ambitionnent d’adopter un document pour le moment intitulé « Yerevan Pathway ». « Il définira les besoins, les manques et les corrections de trajectoire nécessaires pour les quatre années à venir avant qu’il ne soit trop tard », révèle Hambardzum Matevosyan, le ministre de l’environnement arménien qui va présider la COP. Tour d’horizon des principaux enjeux de cette COP17.

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Comment faire pour accélérer les efforts en faveur de la biodiversité ?

C’est la première ambition de la COP17. Sur la base des rapports fournis par plus de 140 pays présentant leur stratégie nationale en faveur de la biodiversité, la CDB a publié, jeudi 15 octobre, une revue globale, sorte d’inventaire des efforts fournis. Sur les 23 cibles, une seule est au vert : la cible 8, qui vise à atténuer les impacts du changement climatique sur la biodiversité, en lien avec les engagements pris dans le cadre des COP climat. Les pays « reconnaissent toutefois dans leurs autoévaluations que les progrès ne sont pas réalisés à un rythme suffisant pour atteindre la moitié des cibles », peut-on lire dans le rapport.

« La guerre contre la nature n’est pas terminée et nous subissons la combinaison dramatique de trois crises interconnectées : climat, biodiversité et pollution », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors de la présentation du rapport.

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Des arbres souffrant d’un stress hydrique dû à une sécheresse prolongée et à une vague de chaleur, au-dessus de Concise, dans le canton de Vaud (Suisse), le 4 août 2026.

La CDB conclut ainsi à des efforts insuffisants qui, en l’état, ne permettront pas de remplir les objectifs de 2030. Les écueils sont identifiés : les pays n’ont pas des ambitions suffisantes, la mise en œuvre est trop lente et le financement des mesures inadéquat à ce stade. « Les gouvernements doivent respecter leurs engagements d’aide publique au développement (…) et intégrer la biodiversité dans chaque budget et décision », a ainsi recommandé Antonio Guterres. « Les fonds sont là, les économies continuent de croître, mais ils sont consacrés à des activités qui nuisent à l’économie plutôt qu’à celles qui respectent la nature et préservent la vie sur cette planète », a renchéri Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la CDB.

Concernant l’objectif le plus connu, la cible numéro 3, visant à protéger 30 % des terres et mers, le compte n’y est pas. Actuellement, environ 20 % des terres et des eaux intérieures de la planète, ainsi qu’environ 10 % des zones marines et côtières, sont classées comme zones protégées ou conservées. En faisant la somme des objectifs nationaux, ces niveaux de protection ne dépasseraient pas 26 % des terres et 12 % des terres d’ici à 2030.

« C’est la première fois que l’on met en place un processus formel de revue globale. Au-delà du contenu, il est important de pérenniser ce système », souligne Basile van Havre, expert en biodiversité et en négociations multilatérales qui a coprésidé la COP15 et conseille aujourd’hui la présidence arménienne. Jusque-là, aucun mécanisme de suivi formel n’avait été mis en place, certains pays publiant des rapports sans qu’il leur soit donné de suite. Ce manque de suivi a été identifié comme une des raisons ayant fait échouer le précédent cadre mondial, dit « objectifs d’Aichi », entre 2011 et 2020, dont aucun des 20 n’a été atteint.

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Qui doit payer pour sauver la nature ?

Comme dans beaucoup de négociations internationales, les finances sont un point de blocage. Le dernier round de la précédente COP s’était conclu in extremis, à Rome, sur le principe d’un mécanisme financier permanent à mettre en œuvre pour 2030. Il s’agira soit d’une nouvelle entité, soit de la pérennisation d’un ou plusieurs fonds existants. « Cette COP est une étape intermédiaire d’évaluation des critères pour savoir de quel mécanisme financier on a besoin. Cette bataille prépare celle de la prochaine COP », analyse Aleksandar Rankovic, professeur de politiques environnementales à Sciences Po.

Actuellement, c’est le fonds du cadre mondial pour la biodiversité, créé en 2023 et hébergé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), qui est censé aider les pays en développement à financer leurs objectifs. « Les pays du Sud n’aiment pas le FEM, car il fonctionne par projet et non par programme. Or, les pays ont besoin de financements à long terme pour accompagner leurs transformations sectorielles », explique Aleksandar Rankovic. Les pays du groupe africain et d’autres réclament donc la création d’un nouveau fonds, indépendant et permanent, permettant une meilleure redistribution des ressources, et qui ferait de facto disparaître le Fonds du cadre mondial pour la biodiversité. Mais l’Union européenne, le Canada, la Suisse, le Japon ou encore la Norvège s’y opposent, arguant que fragmenter les dispositifs ralentirait l’action sans pour autant augmenter l’argent disponible.

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Des déchets et des débris derrière une barrière flottante sur la Drina, près de Visegrad (Bosnie-Herzégovine), le 6 février 2026.

Autre point de désaccord entre le Nord et le Sud : l’élargissement de la base des donateurs, envisagé lors de la dernière COP. La liste des pays contribuant aux fonds pour la biodiversité n’a pas évolué depuis 2006 ; or, la situation économique de plusieurs pays a changé depuis, et les pays développés souhaitent qu’ils participent à l’effort. Un changement qui ne satisfait évidemment pas tout le monde, notamment les pays du Golfe. « L’Arabie saoudite et le Qatar ont bloqué ces négociations cet été », explique Juliette Landry, chercheuse sur la gouvernance internationale de la biodiversité à l’Iddri. « Certains pays comme la Chine sont contributeurs de facto dans des pays en développement, mais ne souhaitent pas avoir d’obligation formelle », précise-t-elle. Tant que ce blocage existera, les négociations peineront à avancer.

Les pays riches, comme la France, poussent également pour mobiliser les contributions du secteur privé. « Actuellement, jusqu’à 90 % des financements pour la biodiversité proviennent des fonds publics, il est vital d’accroître la part du secteur privé et de débloquer de nouvelles ressources », approuve le président de la COP.

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Quel avenir pour le fonds Cali ?

A Cali (Colombie), en 2022, les pays s’étaient mis d’accord pour la création du « fonds Cali », abondé par les bénéfices tirés de l’utilisation commerciale, notamment pharmaceutiques, des séquences génétiques de plantes et d’animaux, stockées dans des banques de données dématérialisées. « Les grandes entreprises sont censées donner 1 % de leurs bénéfices annuels ou 0,1 % de leurs recettes annuelles, mais aucun pays n’a demandé aux entreprises d’abonder le fonds », constate Catherine Aubertin, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. Ce système ne fonctionnant que sur le volontariat, la somme collectée est dérisoire : seuls 6 000 dollars ont pour le moment été reversés par deux entreprises, alors que des estimations antérieures laissaient miroiter la possibilité de récolter jusqu’à 1 milliard de dollars par an.

Les débats se résument donc aujourd’hui à deux questions : comment faire pour que le fonds soit abondé et comment redistribuer cet argent ? Si certains pays poussent pour qu’il soit directement redistribué aux populations autochtones et aux communautés locales, dont beaucoup de territoires recoupent des aires protégées, d’autres incitent à une redistribution au niveau national.

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Quelle place pour les communautés autochtones ?

Une agricultrice de la Coopérative des éleveuses d’éponges de Zanzibar, une organisation dirigée par des femmes, dans son exploitation au large de Jambiani (Tanzanie), le 25 octobre 2025.

Première historique, les négociateurs ont acté à Cali la création d’un nouveau groupe permanent de la CDB, ce qu’on appelle un « organe subsidiaire », pour représenter les peuples autochtones et les communautés locales. Aucune autre instance de négociations internationales ne reconnaît ainsi le rôle de ces communautés, ici vues comme des gardiens de la nature. Tout l’enjeu d’Erevan va être de trouver un moyen de leur donner une place directe, sans pour autant amoindrir le pouvoir des gouvernements. Une solution mise sur la table propose de partager la présidence du groupe avec des représentants gouvernementaux. « Si aucun accord n’était trouvé à Erevan, cela remettrait en cause l’existence même de ce groupe », avertit Basile van Havre.

« Si l’on examine l’ordre du jour, même des points qui ne suscitaient pas de controverses auparavant apparaissent désormais extrêmement litigieux, analyse Elsa Tsioumani, de l’Institut international pour le développement durable. Comme dans de nombreux processus multilatéraux, il est de plus en plus difficile de parvenir à un consensus sur chaque point. » Si la CDB reste l’un des processus internationaux les plus ouverts et transparents, la prise de décision reste intergouvernementale et par consensus, ce qui peut mener à des blocages. (…)

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