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Valchevrière : lieu d’un violent combat en juillet 1944

Commune de Villard-de-Lans (Isère).

Contrairement à l’image habituellement véhiculée, ce dernier, particulièrement dans ce secteur, n’est pas un plateau. À quelques centaines de mètres au nord, la Bourne coule à 700 mètres, au fond de profondes gorges. La Résistance a utilisé cette orographie pour établir des verrous bloquant l’accès au Vercors sud. Valchevrière en est un.

Le hameau, en ruines, est entouré d’une profonde forêt de conifères. En 1944, le site était beaucoup moins boisé. Un important boisement a été réalisé depuis la Libération. Valchevrière est desservi par la route goudronnée D 215c (Isère)-D 221 (Drôme) de Villard-de-Lans à Saint-Martin-en-Vercors. En 1944, cette route, étroite, était simplement empierrée. De Villard-de-Lans au belvédère de Valchevrière, un chemin de croix a été établi après la guerre commémorant les combats du Vercors.

Auteurs : Alain Coustaury

Contexte historique

L’attaque générale contre la Résistance dans le Vercors est lancée le 21 juillet 1944. L’épisode le plus spectaculaire de cette opération est l’atterrissage de planeurs à Vassieux-en-Vercors les 21 et 23 juillet. La mémoire a particulièrement retenu cette opération aéroportée. Mais d’autres combats acharnés ont eu lieu sur le massif. Parmi eux, celui de Valchevrière se distingue par sa violence. Le secteur de Valchevrière est le verrou qui protège le Vercors sud, « donjon du château » comme l’a défini Pierre Dalloz.

Valchevrière s’inscrit dans le dispositif mis en place par l’état-major de la Résistance et dirigé par Jean Prévost (« Goderville »). Parmi les unités qui cadenassent les gorges de la Bourne, la 2e compagnie du lieutenant Abel Chabal est établie près du hameau de Valchevrière et ce jusqu’au belvédère dominant le secteur.

Les Allemands qui ont conquis le 21 juillet pratiquement tout le canton de Villard-de-Lans, attaquent, le 22 juillet, en début d’après-midi, avec environ 300 hommes la compagnie Chabal. Les chasseurs alpins se battent à un contre cinq. Mais renforcée par la compagnie Bouchier, ils tiennent et même contre-attaquent. Vers 17 heures, Jean Prévost envoie un message au commandant Huet :
« Succès à Valchevrière, Chabal repousse l’ennemi en lui infligeant des pertes sensibles ». Mais ce n’est que provisoire.

Dès 5 heures du matin, les mortiers allemands, engins dont ne disposent pas les résistants, entrent en action des gorges de la Bourne au pas de la Sambue. Ils sont appuyés ensuite par l’aviation. Durant la nuit, les Allemands ont progressé, se sont infiltrés dans les positions des résistants. L’avant-poste de Bellecombe à 800 mètres du belvédère est investi. Les rescapés refluent vers le belvédère tenu par Abel Chabal. Les Allemands attaquent ce point fort. Jean Prévost essaie de soulager Chabal par des contre-attaques au pas de l’Àne, 6 km au sud. Mais il est lui-même attaqué au pas de la Sambue. Les réserves étant pratiquement toutes épuisées, l’état-major ne peut soutenir appuyer véritablement la position du belvédère. Les chasseurs alpins allemands qui sont arrivés par les hauts, débordent les hommes de Chabal qui ont des pertes. Le lieutenant lui-même est touché et tué. Quelques instants avant, il a envoyé un message à Jean Prévost : « Je suis presque complètement encerclé, nous nous apprêtons à faire Sidi-Brahim. Vive la France ». Les survivants se replient vers Herbouilly. Les autres compagnies subissent le même sort et se replient dans les forêts. Le Vercors sud est à la merci des Allemands. Ces derniers incendient ce qui restait du village de Valchevière inhabité.

Ailleurs, dans le Vercors, la situation de la Résistance est dramatique. Les résistants sont débordés de partout. À 13 heures, François Huet (« Hervieux ») envoie un message à Alger dans lequel il demande une aide en matériel et en troupes. Il réclame le bombardement de l’aérodrome de Valence-Chabeuil, d’où partent les avions qui attaquent le Vercors. Rien ne viendra. François Huet donne l’ordre de dispersion dans l’après-midi. Une autre phase de l’histoire de la Résistance dans le Vercors commence.

Valchevrière devient, avec Vassieux, un des combats emblématiques du Vercors. Sur l’esplanade du belvédère est érigée une croix qui porte la 12e station du chemin de croix ayant débuté à Villard-de-Lans. Une plaque adossée à la montagne témoigne de la violence du combat. Désormais, facilement accessible grâce à l’aménagement d’une route goudronnée, le site reçoit de nombreux visiteurs.

Auteurs : Alain Coustaury
Sources : Dvd-rom La Résistance dans la Drôme et la Vercors, éditions AERI-AERD, 2007.

Abel Chabal

Abel Chabal, en première ligne à la tête de sa section, dite « section Chabal », notamment lors des combats de Saint-Nizier-du-Moucherotte, les 13 et 15 juin 1944, puis de Valchevrière, le 21 juillet 1944

Au verso, cette inscription sur un arbre, pavoisé aux trois couleurs, situé sur la gauche du monument du belvédère de Valchevrière (commune de Villard-de-Lans) vient rendre hommage à Abel Chabal, charismatique leader d’hommes, notamment à Saint-Nizier-du-Moucherotte et à Valchevrière. La photographie a été prise par G. Gléran.

Philippe Huet

Contexte historique

Abel Félix Bertin Chabal est né le 24 juillet 1910 à Montjay (Hautes-Alpes) d’une famille d’agriculteurs. Quoique doué pour les études, il doit quitter l’école avec le certificat d’études pour travailler la terre.

Carrière militaire :
Appelé sous les drapeaux en 1931, il ne devait plus quitter l’uniforme jusqu’à sa mort, à l’exception d’un court intermède aux Eaux et Forêts à Digne, en 1943, prétexte pour organiser la Résistance. Affecté le 15 octobre 1931 au 2e régiment de zouaves à Oudja (Maroc), il décide de faire carrière et réussit ses pelotons. Il est nommé en 1933 sergent au 1er zouaves. Mais il veut servir dans l’armée de

s Alpes et rejoint successivement le 11e BCA, en 1934, et le 70e BAF à Bourg-Saint-Maurice en 1935. Breveté chef de section mitrailleur en 1937, il est nommé adjudant-chef le 16 juin 1940.

Sa résistance contre les Italiens (il combat toujours trois jours après l’armistice) lui vaut une citation et la Croix de guerre. Il est ensuite affecté à la 3e compagnie du 6e BCA jusqu’à la démobilisation de l’armée d’armistice.

Il rejoint le maquis du Vercors en février 1944. Il est chargé par le commandant Seguin de Reyniès de constituer et d’entraîner une section formée pour l’essentiel d’anciens du 6e BCA. Il en fait un outil de combat de premier ordre.

Le 13 juin 1944, lors des combats de Saint-Nizier-du-Moucherotte, il contre-attaque les Allemands et les repousse en dégageant la section Lescot, emmenée par R. Bechmann, dit Lescot.
L’ennemi revient en force deux jours plus tard ; il lui tient tête plusieurs heures pour permettre le repli vers Lans-en-Vercors.

Le 25 juin, il est nommé lieutenant par Descour, qui lui remet la Croix de guerre. Avec l’arrivée massive de maquisards, Chabal constitue une compagnie de chasseurs alpins qu’il engage à Valchevrière, le 21 juillet, contre les Gebirgsjäger.
Au bout de deux jours d’une résistance héroïque contre un ennemi supérieur en nombre et en matériel, il est plusieurs fois blessé. Il trouve la force de jeter dans le ravin son carnet de commandant de compagnie, sur lequel étaient inscrits les noms de tous ses hommes, avant de succomber, tué à l’ennemi le 23 juillet 1944.

Distinctions :
Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume ; Croix de guerre 1939-1945 (trois citations).

Pour en savoir plus :

Les engagements militaires majeurs de juillet 1944- Valchevrière (G. Giraud)

Auteur :  Jean-Pierre Martin

Sources :

Actes du colloque Les militaires dans la Résistance – Ain-Dauphiné-Savoie – 1940-1944, Avon-Les-Roches, Editions Anovi, 2010.

Richard Marillier, Vercors, 1943-1944, le malentendu permanent, Le Précy-sous-Thil, éditions de l’Armençon, 2003.

Pitoulard (R.), Un homme d’exception : notre lieutenant Abel Chabal, septembre 1994.

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