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1944 : Claude Alphandéry, responsable du MLN dans la Drôme puis président du CDL (Comité départemental de Libération).

Hommage ce 22 avril sur RCF-Drôme à 10h !

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Les personnalités départementales assistent à la prise d’armes du 4 septembre 1944, à Valence, en bordure est du Champ de Mars.

« Le Mouvement de libération nationale est un organisme de la Résistance qui résulte du regroupement en 1943 des Mouvements unis de la Résistance (MUR), fusion de trois grands mouvements de la zone sud, et de plusieurs autres mouvements de la zone nord. Un comité départemental de libération (ou CDL) est une structure de la résistance intérieure française, attachée à un département de la France métropolitaine. Dans chaque département, la résistance a été unifiée en 1944 autour de deux structures : une structure de résistance militaire : les Forces françaises de l’intérieur (FFI)  et une structure de résistance civile : le comité départemental de libération (CDL), propre à ce département ». MCD

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Photo : Au premier rang, sur la droite, Claude Alphandéry, avec le grade de lieutenant-colonel, est vêtu d’une « vieille gabardine militaire » sur laquelle il avait « arboré cinq galons tout neufs ». Son père qui avait rejoint l’Angleterre en juillet 1940 avait débarqué en Provence et remontait la vallée du Rhône comme commandant. Il fut tout surpris, ce jour-là, de retrouver « son fils plus galonné que lui ».

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Immédiatement à sa droite, Mgr Pic, évêque de Valence, maréchaliste pendant toute la guerre, réapparaissait aux côtés des libérateurs. Avec son képi, c’est le préfet Pierre de Saint-Prix, nommé par la Résistance. Sur la droite, on remarque un soldat américain.

Derrière sur les marches d’escalier, plusieurs hommes portent des coiffures militaires disparates, képis, calots ou bérets. Plusieurs femmes sont là également pour applaudir le défilé des compagnies de résistants et les Alliés.

 Jean Sauvageon

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Contexte historique

Une des plus jeunes personnalités assistant à la prise d’armes, Claude Alphandéry, est président du CDL (Comité départemental de Libération). À moins de 22 ans, il occupe cette fonction depuis un an. La Drôme est libérée depuis le 1er septembre 1944. Dans les jours qui suivent, une prise d’armes est organisée dans les villes : Montélimar (3 sept.), Valence (4 sept.), Romans et Crest (5 sept.). Après la guerre, il est haut-fonctionnaire, puis président de sociétés, responsable associatif. Membre du parti communiste (1946-1956), du Club Jean Moulin, puis du parti socialiste.

Claude Alphandéry, né le 29 novembre 1922, est issu d’une famille aisée et de tradition républicaine (son père, Pierre Alphandéry est trésorier-payeur général et son grand-père Georges Lévy-Alphandéry, maire et conseiller général de Chaumont et député radical de la Haute-Marne de 1924 à 1940), Claude Alphandéry, fréquente, après des études secondaires au lycée Carnot, une hypokhâgne à Bordeaux (1939-1940) et un passage à Aix-en-Provence, la khâgne du lycée du Parc à Lyon (1941-1942).

En contact avec la Résistance, diffuseur de la presse clandestine, il abandonne ses études en 1942 et, après avoir occupé un poste de professeur auxiliaire à Roanne dans une école religieuse, l’institut Saint-Louis de Gonzague, s’immerge dans la clandestinité au début de 1943. Désigné responsable des MUR de l’Ardèche en mai-juin 1943, il noue de bonnes relations avec Raoul Galataud, chef départemental FTPF, qui facilitent la constitution, le 15 novembre, d’un Comité de libération nationale de l’Ardèche. Il rédige largement le premier numéro de son organe, L’Ardèche combattante, diffusé en janvier 1944.
Poursuivi par la Gestapo, Claude Alphandéry devient, à l’automne 1943, responsable du MLN dans la Drôme et il est désigné au même moment président du CDL. Étranger au département et non marqué politiquement, il parvient à intégrer en son sein toutes les tendances de la Résistance (PC, SFIO, Jeune République, radicaux, catholiques, protestants, etc.) ainsi que des intellectuels réfugiés à Dieulefit, comme le poète Pierre Emmanuel. Selon son témoignage (lettre de mars 2004), il entendait « mobiliser, dynamiser » toutes les composantes de la Résistance sur une « stratégie commune » : le combat de harcèlement de l’occupant dans la vallée du Rhône et la « sécurisation » d’une « large zone intérieure » dans l’arrière-pays drômois pour assurer les arrières de la guérilla. Début juillet 1944, il obtient d’Alban Vistel, responsable régional MLN, le remplacement à la tête des FFI du département de Jean Drouot (« L’Hermine ») par le lieutenant-colonel Jean-Pierre de Lassus Saint-Geniès (« Legrand »).

Démissionnaire de ses fonctions en décembre 1944, après l’échec des congrès de Vizille (5 septembre) et d’Avignon (7-8 octobre) des CDL du Sud de la France, Claude Alphandéry est remplacé à la présidence du CDL par le socialiste Fernand Bouchier. À sa demande et grâce à l’intervention du ministre de l’Information P.-H. Teitgen, il est, d’octobre 1945 à mai 1946, affecté comme attaché de presse à l’ambassade de France à Moscou, d’où il rentre pour passer le concours de l’ENA. Adhérent alors au parti communiste, il est directement rattaché au comité central et suivi pendant sa scolarité (1947-1948) par Jean Chaintron. Affecté à la direction du Trésor, puis au service des Études économiques et financières (SEEF) du ministère des Finances, il milite au Mouvement de la paix et à la rédaction d’Économie et politique. C’est à la suite de différends, notamment avec Maurice Thorez sur un dossier concernant la paupérisation absolue ou relative de la classe ouvrière devant paraître dans la revue, qu’il quitte le PCF en 1956.

Claude Alphandéry épouse Nicole Bernheim en 1950, ils ont deux enfants, Pierre et Marc. Proche du « mendésisme », affecté par l’avènement de la Ve République, il obtient en 1959 un poste d’expert auprès de l’ONU à New York, d’où il ramène un essai sur le modèle américain de la société de consommation. Membre à son retour du Club Jean Moulin, il poursuit dans les années 1960 et 1970 une activité professionnelle dans l’immobilier, à l’Immobilière Construction de Paris (ICT), à la Banque de construction et des travaux publics (BCT) dont il est PDG de 1963 à 1979. Devenu un spécialiste de la politique du logement, il préside de 1969 à 1975 la commission de l’habitat du VIe Plan. Claude Alphandéry signe en 1974, avec d’autres chefs d’entreprise, comme Antoine Riboud et Gilbert Trigano, un appel de soutien à la candidature de François Mitterrand. Il rejoint alors le « groupe des experts » du parti socialiste et le PS lui-même, où il se rapproche du courant rocardien, signant la motion Mauroy-Rocard au congrès de Metz (1979). Il préside, à partir de 1991, le Conseil national pour l’insertion par l’activité économique. En mars 2004, il participe à un colloque organisé par l’association ATTAC sur l’actualité du programme du CNR, à ses yeux le produit de « tout un peuple en ébullition ». Le 28 octobre 2010, il présidait, à Romans, les Rencontres Pôle Sud de l’Économie Solidaire.

Médaillé de la Résistance, croix de guerre 1939-1945, Claude Alphandéry est Grand officier de la Légion d’honneur.

Il a publié L’Amérique est-elle trop riche ? Paris, Calmann-Lévy, 1960 ; Pour une politique du logement, Paris, Seuil, 1965 ; Les prêts hypothéquaires, Paris, PUF, 1976 ; Vivre et résister, Descartes & Cie, 1999 ; De la galère à l’entreprise, 2002.

Gilles Vergnon, Jean Sauvageon

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Sources : Dvd-rom La Résistance dans la Drôme et le Vercors, éditions AERI-AERD, 2007. Claude Alphandéry, Vivre et résister, Éd. Descartes & Cie, 1999.

Film du défilé de la libération de Die le 14 juillet 1944

Prise d’armes, remise de décorations, défilé, prévus pour conforter l’enthousiasme, font place à une atmosphère alourdie par la crainte des Allemands bombardant sur le Vercors tout proche.

Type : Film amateur

Source : © Archives communales de Die Droits réservés

Détails techniques :

Extrait d’un film amateur muet, noir et blanc, de 2,28 mn.

Lieu : France – Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône-Alpes) – Drôme – Die

Extrait d’un film amateur muet noir et blanc tourné par des résistants de Die : Jean Veyer, Élie Brochier, A. Challabond du groupe sédentaire AS (Armée secrète) de Die.

Cet extrait de film s’ouvre par la mise en place de la cérémonie sur la place de la République à Die, sobrement pavoisée de drapeaux tricolores. Les compagnies FFI et les officiels, civils et militaires, ainsi que la population spectatrice, se rangent sous le camouflage naturel des platanes. Après quelques images du passage des troupes en revue, on voit de Lassus Saint-Geniès (« Legrand »), en gants blancs, décorer quelques combattants, dont René Ladet, blessé quelques jours avant et portant encore un bandeau autour du crâne. Diverses compagnies AS et FTP, vêtues d’uniformes peu réglementaires, passent ensuite devant la caméra, dans une marche au pas un brin maladroite, mais avec une attitude mêlant fierté, application et espérance. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », défilent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm, accrochés aux coffres des traction-avant.

Auteurs : Robert Serre

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Contexte historique

Le déroulement de la fête nationale à Die, dans un environnement d’espoirs et de craintes, résume bien les ambiguïtés des célébrations dans la Drôme. C’est à la demande du CDL, installé à la sous-préfecture, et avec l’autorisation de leur commandant de Lassus Saint-Geniès (« Legrand ») que les FFI défilent dans la ville. De nombreuses affiches appellent les Diois à célébrer la fête nationale.

Vers 9 heures, Die est survolée par des dizaines d’avions alliés qui vont parachuter des armes sur Vassieux. L’espoir d’un débarquement imminent et surtout d’une aide alliée importante renforce la perspective d’une libération proche. À midi, le commissaire régional de la République Yves Farge (« Grégoire »), le président du CDL Claude Alphandéry (« Cinq-Mars »), le futur préfet Pierre de Saint-Prix sont rejoints, dans le patio de la sous-préfecture, par le colonel Henri Zeller (« Joseph, Faisceau »), Francis Cammaerts (« major Roger ») et Christine Granville Skarbek (« Pauline ») ainsi que la mission américaine. Sont également présents le commandant Antoine Benezech (« Antoine »), le capitaine Jean Rueff, le capitaine Pierre Raynaud (« Alain »), le commandant Lucien Fraisse (« Xavier »), les capitaines Félix Germain (« Morvan »), Laurent Riausset (« Laurent »), René Gainet (« Vaillant »). La Clairette coule à flots. Le passage d’avions allemands basés à Chabeuil, en route pour empêcher la récupération des armes parachutées, provoque la crainte d’un nouveau bombardement de la ville. À la fin du repas, des bruits sourds, se répétant de quart d’heure en quart d’heure, aggravent l’inquiétude. Les autorités décident que le défilé n’aura lieu qu’après 17 heures en raison de ce qui se passe sur le Vercors voisin. Il est demandé à la population de rester sous le couvert des arbres de la place de la République. Dans ses notes, Robert Noyer remarque qu’il y a peu de monde.

Vers 18 heures, en présence de tous les officiels civils et militaires, défilent des détachements, FTP et AS, avec en tête une compagnie descendue du Vercors. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », marchent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm. Bien que ne possédant pas d’uniformes, plusieurs compagnies défilent en donnant l’impression d’une force disciplinée et parfaitement militaire. Le défilé est clos par les représentants des syndicats ouvriers arborant le drapeau rouge. De Lassus Saint-Geniès, en gants blancs, décore les FTP de Montclus, des hommes de la compagnie Maisonny qui s’est distinguée à la Rochette, du groupe franc Bernard de la compagnie Pons, le lieutenant Ladet, le capitaine Roger.

Puis Yves Farge, juché sur une marche de la fontaine, dans un vibrant discours, proclame et exalte les valeurs de la République.
Deux témoins oculaires relatent bien l’atmosphère du moment. Pour René Ladet, « Farge a déclaré : « vous êtes en terre libérée » pendant que les avions allemands bombardaient le Vercors, cela faisait une drôle d’impression. De Lassus était en gants blancs pendant que les gars défilaient débraillés ». Jean Veyer précise que « la prise d’armes est, dramatiquement, ponctuée par le bombardement lointain qui continue inexorable. Il y a eu un beau, un vibrant discours d’Yves Farge, juché sur le socle de la statue, agrippé d’un bras à la République et tendant l’autre vers la foule, proclamant sa foi dans la Libération prochaine. Ses accents de tribun, sa tête auréolée de cheveux blancs sont assez convaincants. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter. Die commencerait, semble-t-il, à avoir peur. Beaucoup de gens se terrent chez eux. Il y a eu ensuite un défilé, type 14 juillet […] Tout cela ne manque pas d’allure. Mais je suis rongé d’inquiétude. Il y a longtemps que je ne confonds plus l’esprit de combat et l’esprit de parade ».

Le survol de Die par les avions allemands, puis les bombardements du Vercors qui durent jusqu’à 18 h engendrent la crainte justifiée d’un bombardement possible de Die et une atmosphère lourde sur la ville.

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Robert Serre
Sources : Veyer, Souvenirs sur la Résistance dioise. Abbé Bossan, Yves Farge, Combats pour le Vercors et pour la liberté. Pour l’Amour de la France, Archives Paul Arthaud (notes de Robert Noyer sur la Résistance dioise). Dauphiné Libéré, 24/08/1984. Drôme terre de liberté. Entretien René Ladet, 20 août 2000.

 

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