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Vendredi 6 Septembre 2024

Soirée Ciné-Débat : « Surtourisme » : quand voyage rime avec dommage !

 


A 20h00 Salle Communautaire du Palais Social (ESCDD – Place de l’évêché à Die)
Participation Libre

Film à l’affiche :

« Playa Coloniale » de Luc Renaud et Martin Bureau

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« Surtourisme » : quand voyage rime avec dommage

Notion récente, fruit de l’essor de l’individualisme et des compagnies aériennes à bas coût, elle recouvre les critiques adressées au tourisme de masse et à ses excès, entre perte de sens et détérioration des sites visités.

Histoire d’une notion. Dans le Dictionnaire des idées reçues que Gustave Flaubert (1821-1880) commence à rédiger à partir des années 1850, le mot « tourisme » ne figure pas. C’est manifestement trop tôt. L’écrivain, qui a parcouru l’Orient pendant trois ans avec son ami Maxime Du Camp (1822-1894), fut pourtant un touriste avant l’heure. Le mot « voyageur », lui, figure bien dans l’abécédaire, avec comme définition : « Toujours intrépide. » Ce qui tisse un lien avec ce que dénonce le journaliste et alpiniste François Carrel, dans son essai Himalaya Business (Paulsen-Guérin, 160 pages, 22 euros).

La dernière lubie planétaire – réservée aux plus riches – consiste en effet à ouvrir les vannes du tourisme aux quatorze sommets de 8 000 mètres du massif himalayen. A la question « Pourquoi gravir l’Everest ? », la réponse de l’alpiniste George Mallory (1886-1924) était « parce qu’il est là » ; celle des « joueurs grimpeurs » d’aujourd’hui est plutôt individualiste : « Parce que je suis là », constate François Carrel.

Ce changement de paradigme marque l’entrée dans l’ère du surtourisme, une notion qui est très récente. Apparue en 2008, elle a fait l’objet d’un dépôt légal dix ans plus tard par Skift, la plus grande plate-forme américaine spécialisée dans l’industrie du voyage. Surtout, « l’évocation du surtourisme alimente l’historique procès du tourisme de masse », alerte le géographe Rémy Knafou.

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« La mort du tourisme »

La dénonciation de l’excès de tourisme est aussi vieille que sa pratique. Pour Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, agence spécialiste du voyage sur mesure, « le surtourisme entraîne la mort du tourisme ». Il en est aussi la négation, car il ne permet plus la découverte des autres cultures, et pose également d’importants problèmes écologiques, en particulier d’érosion des sols ou d’approvisionnement en eau.

Dans le monde, des lieux uniques comme la tour Eiffel ou le Taj Mahal, ainsi que des espaces naturels, sont devenus difficiles à préserver de la surfréquentation. Et Instagram a démultiplié ces sites : la rue Crémieux, dans le 12e arrondissement de Paris, devenue un hot spot du Paris typique, et, avant cela, la place de l’Estrapade (5e), popularisée par la série Emily in Paris en 2020, ou, encore plus anciennement, l’église Saint-Sulpice (6e), qui était au cœur d’un parcours Da Vinci Code. L’essor des compagnies aériennes à bas coût a également cassé les frontières, rendant accessibles les pays plus reculés, d’où la montée des réactions de rejet de la part des populations locales et la volonté de limiter l’accès à certains lieux par des péages, comme en Suisse au lac de Brienz, ou la mise en place de quotas, comme dans les calanques marseillaises.

Attention, toutefois, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour le sociologue Jean Viard, « il n’y a pas assez de touristes. Un milliard et demi de Terriens seulement franchissent une frontière chaque année. Ils étaient 60 millions en 1968, je rêve qu’ils deviennent 3 milliards », ajoute-t-il, un brin provocateur. Depuis la fin des années 1960, la France a connu une formidable démocratisation du voyage et un essor des échanges culturels. Mais, faute de politique touristique, elle n’a pas su éviter les phénomènes de concentration. Ainsi, 80 % de l’activité touristique française se focalise toujours sur 20 % du territoire, dont Paris et la Côte d’Azur.

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Nécessaire régulation

Dans ces conditions, une des clés réside dans la régulation des flux touristiques, notamment grâce aux outils numériques. Pour atteindre l’objectif des 100 millions de touristes dans l’Hexagone voulu par les pouvoirs publics, il faudrait établir une carte numérique du pays. Le numérique permet à la fois la connexion entre les personnes, ce qui est le propre du voyage, et rend possibles la régulation et la réservation. Selon Jean Viard, « le tourisme est devenu la seconde peau du monde. C’est un accélérateur de développement ».

De fait, il convient de ne pas confondre tourisme et surtourisme, lequel est défini par trois critères précis : 1) quand l’excès de tourisme nuit à la conservation d’une œuvre – comme par exemple La Cène, de Léonard de Vinci, à Milan – ou d’un espace ; 2) lorsque le nombre de touristes vient dégrader la qualité même de la visite ; 3) quand on assiste à des manifestations de rejet par les populations locales, comme récemment aux Canaries ou dans les Cyclades.

« Il s’agit d’ailleurs de la principale différence entre Venise et Barcelone, qui est la seule ville où l’on peut parler de surtourisme », ajoute Rémy Knafou. En vingt ans, Venise est devenue une ville « touristifiée », où la majeure partie des appartements de centre-ville sont loués sur Airbnb. La municipalité ne s’y oppose pas, car elle vit de ce commerce, en prélevant des taxes. A Barcelone, en revanche, où la municipalité souhaite mener une véritable politique du logement, l’immobilier est aux mains du secteur privé qui achète des immeubles pour en faire des appartements touristiques de rapport. D’où les manifestations à répétition de la population catalane.

Le géographe nomme les deux grands enjeux du tourisme de demain : « Sa démocratisation et sa décarbonation. » Or, depuis la fin de la pandémie de Covid-19 en 2021, le trafic aérien atteint de nouveau des pics de fréquentation. On n’a pas fini de parler de surtourisme.

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Mettant à l’épreuve le paradigme tenace du tourisme salvateur, Playa Coloniale se veut un regard grinçant sur une industrie qui n’a pas l’habitude de se questionner et dont les usagers ne semblent pas se remettre en question. Le droit aux vacances, après de durs labeurs, est légitime, sans aucun doute. Par contre, que faisons-nous du droit aux vacances de nos hôtes? Notre argent dépensé chez eux est-il réellement source de progrès ou d’émancipation économique? Playa Coloniale donne la parole aux protagonistes de cette problématique : du touriste québécois au balayeur de rue cubain ou à la dissidente intellectuelle, critique du système.

Pourquoi endurer l’hiver et les durs labeurs de nos vies effrénées quand on peut se payer une semaine de rêve au soleil dans un tout inclus, à ne rien faire, à tout boire et à tout manger ? Relaxer enfin ! Cuba ! La turquoise et authentique Cuba ! Mettant à l’épreuve le paradigme tenace du tourisme salvateur, Playa Coloniale se veut un regard grinçant sur une industrie qui n’a pas l’habitude de s’interroger et dont les usagers ne semblent pas se remettre en question non plus. Le droit aux vacances est légitime sans aucun doute. Par contre, que faisons-nous du droit aux vacances de nos hôtes ? Notre argent dépensé chez eux est-il réellement source de progrès ou d’émancipation économique ? Le documentaire donne la parole aux protagonistes de cette problématique. Voyager et « tourister » deviennent ici deux manières d’envisager la dynamique géopolitique de nos déplacements. Pour le gain des uns, face au péril des autres.

Pour ceux et celles qui ont vu « Une tente sur Mars » en 2008, le souvenir reste intact : un solide documentaire où la forme et le fond s’harmonisaient parfaitement, un bel ovni dans notre cinématographie encore jeune. Bureau & Renaud quittent Schefferville pour le soleil de Cuba, où ils s’interrogent sur l’industrie du tout inclus. Toujours appuyé par une musique originale de Fred Fortin, le duo gratte la surface et ils risquent de nous montrer une autre réalité, beaucoup moins lise que celle des publicités de nos agences de voyages.

MCD

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