Virginie Schwarz, présidente de Météo France : au temps pour elle
En première ligne lors des canicules, la patronne de Météo France est une haute fonctionnaire chevronnée qui doit faire avec les moyens limités d’une institution publique.
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Paris le 21 juillet 2026. Portrait de Virginie Schwartz, PDG de Météo France.
Au plus fort de l’été caniculaire, quand les jours et les nuits crevaient sous l’effet d’une chaleur inédite, Virginie Schwarz s’est muée en prophétesse des mauvaises nouvelles, de celles qu’on aimerait parfois éviter d’entendre. Sur les plateaux des chaînes d’info en continu et des matinales de radio, lors des innombrables réunions de crise avec les ministres, la présidente de Météo France assure la pédagogie et détaille les prochaines humeurs du ciel, les pics de chaleur et les records de température. Au Sénat, où elle est auditionnée le 8 juillet par la commission de l’aménagement du territoire, elle cogne plus fort : faute de progrès majeurs contre le réchauffement climatique, les vagues de chaleur de l’ampleur de celle qui a frappé le pays en juin pourraient se reproduire un été sur deux et les nuits tropicales risquent d’empirer et de se répéter, comme les sécheresses et les feux de forêt.
Les scientifiques préviennent depuis des années. «Et moi aussi», revendique Virginie Schwarz. La «PDG», comme l’appellent ses équipes, a chaud, «horriblement chaud», même, cet été, dans son bureau perché au septième étage du siège de l’établissement public à Saint-Mandé, en bordure de Paris, où elle nous reçoit par un après-midi de juillet refroidi par l’imminence de la vraie-fausse démission de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Mais elle dit ne pas avoir été particulièrement surprise par l’accumulation des catastrophes. Tout juste reconnaît-elle «une forme de sidération» à voir les incendies s’étendre à tout le territoire, de la forêt de Fontainebleau au Finistère, et maintenant la Gironde. «On avait anticipé, mais entre le savoir et le vivre, il y a une grande différence. Personnellement, le choc est important. Finalement sur ces sujets, on aimerait avoir tort», souffle-t-elle.
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Réponses laconiques, ton posé et mise consciencieuse, la présidente de Météo France déroule le CV sans aspérité apparente d’un parcours d’excellence dans la haute fonction publique : une enfance des années 70 entre deux capitales, Paris et Washington, une mère employée dans les ressources humaines et un père ingénieur parti en Amérique à la faveur d’un poste en ambassade. Puis la prépa, à Paris, l’Ecole des mines et enfin le monde du travail, avec ce «syndrome de l’imposteur» d’une jeune femme qui veut réussir dans les sciences. Un sentiment qui ne l’a jamais vraiment quittée, avoue-t-elle, et la pousse aujourd’hui à «marrainer» des collégiennes des quartiers populaires et des zones rurales.
En vingt-cinq ans de carrière, elle a bossé au ministère de l’Industrie, au Programme des Nations unies pour le développement à New York, à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’Energie (Ademe), et au ministère de l’Environnement où elle a occupé pendant cinq ans, à cheval entre la présidence de François Hollande et celle d’Emmanuel Macron, le poste de directrice de l’énergie, qui lui permettra d’assister aux premières loges, en 2015, à la signature de l’accord de Paris sur le climat («une joie extraordinaire»). Deux lignes directrices : la sensibilité écologiste, qui s’est développée sur le tas, à l’épreuve de ses expériences professionnelles, et l’attachement à la fonction publique.
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N’a-t-elle jamais été tentée par le pantouflage ? «Dans le public, j’ai toujours eu la chance d’avoir des missions passionnantes, qui me donnent l’impression d’être utile. Pourquoi aller voir ailleurs ?» C’est donc à Météo France que le chemin se poursuit en 2019, lorsque le président de la République choisit cette adepte de musique metal pas du genre à déballer sa vie ou ses opinions dans les médias pour succéder à Jean-Marc Lacave. Après validation par les parlementaires, Virginie Schwarz débarque dans une institution sous tension, secouée par les dizaines de suppressions de postes annoncées quelques mois plus tôt par le ministre d’alors, Nicolas Hulot.
De 2012 à 2022, les effectifs auront fondu de près d’un quart, et les salariés se trouvent confrontés aux tourments récurrents du service public à l’ère macroniste: exigences plus nombreuses, moyens en berne, sentiment d’abandon et difficultés à trouver un sens à son travail. «C’est la responsabilité de n’importe quel encadrant de savoir prioriser et adapter les tâches et les priorités qu’on se donne aux moyens dont on dispose», commente Virginie Schwarz, sans se départir de ses éléments de langage. A Météo France, certains lui reconnaissent d’avoir su redresser la barre et défendre les intérêts de l’institution.
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«Elle a obtenu une inflexion, une correction des effectifs avec des hausses symboliques. Et elle a réussi à nous convaincre que cette stagnation, ce n’était pas si mal», souligne Lionel Althuser, secrétaire général de la CFDT Météo France, qui décrit une présidente «habile» en négociations et «attentive» aux demandes des salariés. La défiance n’a pas disparu pour autant. En 2024, un mouvement social d’ampleur agite l’entreprise. En cause : le déploiement précipité d’une base de données automatisée qui provoque une multitude d’erreurs et éreinte les agents chargés de les corriger et de répondre aux récriminations des utilisateurs. «Ce projet a été mis en œuvre à marche forcée, et a généré de nombreux troubles psychosociaux. Le dialogue social a été méprisé», déplore un cadre d’une autre organisation syndicale, qui a souhaité rester anonyme.
La PDG, reconduite en 2023, se targue d’avoir modernisé la maison et d’avoir renforcé sa capacité à anticiper les événements climatiques extrêmes. C’est sous sa présidence qu’ont été lancés la «météo des forêts», consacrée au risque d’incendie, ainsi que divers services sur les impacts du réchauffement climatique et deux supercalculateurs pour améliorer les modèles de prévision à long terme. Et la mère de famille quinquagénaire, trois enfants nés d’un mari ingénieur, de revendiquer fièrement son bilan, enquête d’opinion interne à l’appui: en matière d’information sur le changement climatique, les Français font confiance à Météo France. «Notre rôle en tant qu’établissement scientifique et technique, c’est d’apporter des éléments d’objectivité scientifique, de fournir une information fiable et étayée, construite sur les meilleurs outils au niveau mondial», explique-t-elle.
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Mais l’écologie peine toujours à s’imposer dans le débat public et les mesures ambitieuses se font attendre. «Je n’arrive pas à me mettre à la place d’un climatosceptique», dit Virginie Schwarz. De ses opinions politiques et de sa relation avec Emmanuel Macron, on ne saura rien. Réserve de haute fonctionnaire. Virginie Schwarz n’a jamais milité («mon action, je la mène dans la vie professionnelle»), mais elle copréside un «club développement durable» informel où entreprises et établissements publics échangent idées et solutions pour réduire leur empreinte carbone. Et elle trouve qu’on en a fait quand même, du chemin, depuis ces réunions au début du siècle, quand elle travaillait à l’Ademe et «qu’il y avait des ministres qui riaient quand on parlait du changement climatique». On se console comme on peut.
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Samuel Ravier-Regnat à suivre sur Libé
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29 août 1970 Naissance à Paris.
2019 Devient présidente de Météo France.
Juin 2026 Canicule historique.