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Cécile Duflot : pour 2027, «je suis tiraillée entre la flemme et le sens du devoir»

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Certaine que «l’histoire est loin d’être écrite», l’ex-ministre désormais à la tête d’Oxfam France veut participer, à sa manière, à la présidentielle en créant un «lieu de rassemblement» baptisé Points communs. Elle appelle la gauche à ne pas tomber dans le piège de la personnalisation et souhaite qu’une «équipe» soit rapidement mise sur pied.

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Cécile Duflot, lors du campus du Parti socialiste à Blois, le 29 août 2025. 
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Lilian Alemagna
 18/08/2026 
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Voilà neuf ans qu’elle a quitté le monde politique mais Cécile Duflot, désormais directrice générale d’Oxfam France, n’est jamais très loin. L’ancienne ministre du Logement de François Hollande (2012-2014), qui a dirigé les Verts durant cinq ans (2006-2012), s’exprime à titre personnel pour sonner l’alerte à gauche.

«Appel» à Raphaël Glucksmann ou François Ruffin à «additionner des personnalités différentes […] qui ont une vision et le sens de l’intérêt général», critique d’un Jean-Luc Mélenchon «prisonnier de son dogmatisme» bien que «capable de comprendre plus tôt que d’autres, à gauche, la nécessité de l’écologie»… Cécile Duflot annonce une nouvelle initiative, baptisée Points communs, «pour faire émerger ce qui peut rassembler» et ne veut pas qu’on pense qu’elle pense être candidate. Mais la tentation d’être vue comme un recours n’est jamais très loin.

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Incendies en Belgique et dans le nord de la France, coupures d’électricité car des câbles se mettent à fondre, sécheresse extrême sur l’ensemble du pays… Pensiez-vous vivre une telle dystopie climatique ?

Je pensais vivre ça mais probablement plus tard… C’est ce que nous prédisaient les scientifiques. Cet été particulièrement, la France est à l’épicentre des effets du changement climatique et l’évolution est rapide. Plus rapide que prévu. En fait, je ne suis pas étonnée. Je suis désolée.

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La faute à qui ?

A l’inaction collective. Dans le tout premier rapport du Giec, en 1990, il est écrit que, probablement, l’effet majeur du changement climatique sera un déséquilibre du système hydrique, c’est-à-dire des vagues de chaleur et des pluies très importantes. C’est exactement ce que l’on vit…

Tout ceci a été documenté. Tout était aussi dit sur les limites de la résistance de toutes nos infrastructures : les ponts, les bâtiments historiques, les réseaux de transport, les réseaux électriques… Nous ne sommes plus adaptés au climat dans lequel nous allons vivre. L’urgence est absolue.

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Et pourtant on a beaucoup entendu, cet été, «c’est la faute aux écolos»…

Heureusement que personne ne me l’a dit en face. Parce que même si je suis une non-violente active et revendiquée, j’aurais pu faire fi de mes principes… Même un adolescent de 13 ans en pleine crise contre ses parents n’oserait pas dire une telle dinguerie.

On est au-delà du déni. C’est pathétique et objectivement stupide. La seule chose vraie, c’est que les Ecologistes n’ont pas réussi sur la base d’un diagnostic exact à le transformer en action politique. Ils ne sont absolument pas responsables de ce qui nous arrive.

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Dans un tel contexte, la gauche française en est toujours au même point : Jean-Luc Mélenchon en campagne, les socialistes en primaire, les Ecologistes avec leur propre candidature, comme les communistes… Est-elle encore capable de «gagner», titre de votre livre de l’an dernier ?

Il faut une mobilisation générale. Aucune formation politique, encore moins un responsable politique seul, ne réussira à faire face aux enjeux qui sont devant nous pour l’ensemble du pays. Tout le monde doit maintenant l’entendre. L’été 2026 doit être une leçon de modestie maximale pour tous ceux qui pensent que la solution provient d’un ou d’une candidate à l’élection présidentielle. Personne ne peut prétendre réussir une mobilisation collective qui permette de faire face à la fracturation de notre société.

La gauche doit se remettre en question. Tous ceux qui spéculent ou qui jouent de la fracturation politique sont à côté de l’histoire. En 2024, la gauche et les Ecologistes ont fait un très bon score aux législatives. Mais ils n’ont pas remporté la majorité. Il faut donc réussir à additionner davantage de forces.

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La situation actuelle de la gauche vous désole ?

Je suis surtout estomaquée. Je vois se rejouer un film de précampagne présidentielle que j’ai déjà vu mille fois : celui qui fait des photos dans les magazines, celui qui fait son tour de France en stop ou en van, celui qui se repose sur un transat en attendant son grand discours de rentrée… On a déjà vu cette série. On sait comment elle se termine. Sauf que cette fois-ci, le décor a changé : le monde est en flammes. Que ce soit avec ces mégafeux, une situation géopolitique extrêmement périlleuse, des risques de déstabilisation, liés notamment au changement climatique et la victoire possible de l’extrême droite.

La gauche est, encore une fois, tombée dans le piège de la personnalisation présidentielle. Regardez : le débat politique à gauche s’est polarisé entre, d’un côté, Jean-Luc Mélenchon, et, de l’autre, la gauche non mélenchoniste. A quel moment tout ceci fait un projet ? Il n’y aura aucune victoire possible derrière un Mélenchon prisonnier de son dogmatisme ou avec un projet qui fait de Mélenchon l’adversaire numéro 1. C’est un pur concentré du pire de la Ve République.

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Que faire pour en sortir ?

Je ne veux pas apparaître comme donneuse de leçons. J’ai quitté la politique partisane, il y a neuf ans, pour laisser la place à d’autres. Consciente de ce que nous n’avions pas réussi à faire, j’ai appris d’autres modes d’action et d’expériences internationales.

Je m’alarme aujourd’hui de voir des responsables politiques tenter de sauver des miettes de ce qui reste. Certains semblent se résigner d’une victoire annoncée de l’extrême droite. J’ai même entendu dire qu’il ne fallait pas l’emporter parce que, compte tenu de la situation, on ne pourrait rien faire ou que la victoire future devait passer par celle de l’extrême droite ! C’est dramatique ! Je sens une tentation morbide de la défaite.

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Vous revenez donc en politique ?

Ma personne n’est pas le sujet. Personne ne peut être, seul, porteur de solution. Je veux donc contribuer, comme citoyenne, avec d’autres, à l’initiative, baptisée Points communs, pour faire émerger ce qui peut rassembler.

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C’est un nouveau mouvement politique ? Un think tank ?

Il paraît que ça peut s’appeler un «do tank»… Il s’agira d’un lieu de rassemblement de personnes qui ont les mêmes valeurs et veulent mettre en œuvre des politiques concrètes pour la justice sociale et la transformation écologique. Beaucoup de personnes travaillent sur des politiques publiques, disent «voilà ce qu’on pourrait faire» mais n’ont pas de lieu pour l’exprimer : des fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des responsables et militants associatifs…

Il faut éviter deux pièges : celui de l’hyperfragmentation de notre camp politique et l’inaction totale justifiée par l’absence de majorité. Fidèles à nos principes, nous aurons besoin de tout le monde. Chacun devra contribuer à proportion de ses facultés respectives.

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N’est-ce pas un peu tard, à huit mois du premier tour ?

Je ne crois pas. Tout est encore possible. Depuis plusieurs années, la France souffre de l’absence de gouvernement. Oui, techniquement, nous avons un gouvernement : il y a un Premier ministre, des ministres… Mais on sait très bien que, jusqu’à il y a peu, le Président décidait seul. Emmanuel Macron aura au moins contribué à prouver qu’un homme qui gouverne seul, ça ne fait vraiment pas un bon résultat.

Si nous voulons réussir à mettre en œuvre les transformations dont nous avons besoin, il va falloir, non pas seulement un projet, non pas seulement un candidat mais une vraie équipe avec des gens solides et sérieux.

Je suis à Oxfam depuis huit ans. Je vois ces gens qui travaillent, formulent des propositions solides sans pouvoir les mettre en œuvre. Pourquoi ? Parce que nos responsables politiques manquent de courage. Cette élection présidentielle ne sera pas comme les autres et l’histoire est loin d’être écrite. Il va se passer quelque chose.

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Vous voulez faire des propositions aux candidats potentiels à gauche ?

A minima, nous voulons proposer une base de travail et de mise en œuvre. Parce que je suis convaincue que si – ô miracle – un de ces projets gagne en 2027, il faudra, très vite, qu’un certain nombre de mesures soient prises pour réconcilier une partie des Français avec la politique.

Je fais partie de ces gens qui, parfois, n’y croient plus. J’en ai, moi aussi, ras le bol qu’on m’enfume. Or, aucun discours politique n’impressionne la nature, ne fait peur à un incendie, à un océan qui monte, à des argiles qui se rétractent et font fissurer les maisons. La nature s’en contrebalance qu’untel fasse un bon 20 heures ou que l’autre ait fait une super matinale. Ça ne marche plus.

Le poids de la réalité est très puissant. Les agriculteurs se posent la question de savoir ce qu’ils vont pouvoir cultiver. Les techniciens ferroviaires voient bien qu’on ne peut plus faire rouler des Bordeaux-Marseille, l’après-midi durant l’été à cause de la chaleur. Ceux qui travaillent chez EDF savent que des questions lourdes se posent pour l’industrie nucléaire. Tout le monde doit s’y mettre, indépendamment même des affiliations politiques partisanes antérieures.

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Beaucoup de vos anciens camarades écolos se disent que Jean-Luc Mélenchon est le candidat le mieux outillé, en l’état, pour répondre à ces enjeux…

La personne la plus outillée pour réussir à gouverner ce pays sera quelqu’un qui sera capable de faire preuve d’honnêteté, d’empathie et de capacité au compromis.

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Pas du tout le portrait-robot de Jean-Luc Mélenchon donc…

Jean-Luc Mélenchon a été capable de comprendre plus tôt que d’autres, à gauche, la nécessité de l’écologie, c’est une réalité. Mais ces derniers mois, il a antagonisé le débat public sur des sujets et notamment un, l’antisémitisme, qui est douloureux et dangereux. C’est aussi une réalité. Je suis convaincue que celui ou celle qui croit que c’est lui ou elle toute seule qui a la solution se plante le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

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Et est-ce que Raphaël Glucksmann pourrait convenir à ce portrait-robot ?

Le problème est qu’ils pensent tous avoir une équation personnelle. J’ai de l’estime pour la sincérité de Raphaël Glucksmann, comme j’en ai pour celle de François Ruffin et d’autres. Ils sont dans un piège qui les oblige à ne plus mettre en avant des qualités d’écoute et de travail collectif qui pourraient être précieuses chez eux.

Je leur lance un appel : il faut réussir à additionner des personnalités différentes, imaginer rapidement une équipe où il y aurait tous ces gens talentueux, qui ont une vision et le sens de l’intérêt général.

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C’était l’idée de la primaire unitaire tombée à l’eau…

Sauf que la primaire pousse à deux choses : être candidat parce que sinon vous n’existez pas ; se différencier des autres et leur taper dessus. Je sais, j’en ai organisé plusieurs.

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Marine Tondelier doit-elle se maintenir, quoi qu’il arrive, comme candidate à la présidentielle ?

Les Ecologistes sont dans une position particulière. Oui, sans cette formation politique, il y aurait beaucoup moins d’écologie dans le débat public. Mais aujourd’hui, il faut réussir à créer ce terrain de compromis largement au-delà des frontières des partis politiques existants.

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Et vous, quel rôle voulez-vous jouer pour 2027 ?

Puisque j’ai dit qu’il fallait être honnête : je suis tiraillée entre la flemme et le sens du devoir. La France n’est pas un petit pays. Elle peut faire de grandes choses. Je crois toujours dans l’action politique. Mais dans ce contexte pré-présidentielle, je ne veux pas qu’on dise que, parce que je prends la parole sur le terrain politique : ah, ben ça y est, elle aussi est candidate.

Je veux faire partie, avec d’autres, du catalyseur. Etre dans l’action. Et surtout envoyer un message aux autres responsables de la société civile que je sens réservés de se mêler de 2027 : nous ne pouvons pas être dans la renonciation. Car nous pouvons nous retrouver, avec, à la tête de l’Etat, une responsable politique qui voudra liquider tout le monde associatif, social et écologique. La société peut en payer un prix très lourd.

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La gauche a-t-elle encore une chance pour 2027 ?

Notre pays attend-il un projet d’une société réconciliée avec beaucoup plus de justice sociale et qui fait face aux enjeux considérables que représente le changement climatique ? Oui. Profondément.

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Lilian Alemagna
 18/08/2026 

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